COTES-DU-NORD
Selon M. Boulard-Moreau, 320 hectares sont draines dans ce département; ce sont principalement des prairies marécageuses qui ont reçu cette amélioration , dont les résultais sont hautement appréciés par les agriculteurs du pays.
Trois fabriques de tuyaux existent : àPabu, près Gningamp, chez M. Le Glanaër; à Yffiniac, près Saint-Brienc, chez M. de Saint-Meloir; à Dinan, chez M. Guéguen.
CREISE.
Le nouveau drainage a été appliqué à la fin de 1 85i dans le déparlement de la Creuse. Voici d'abord sur les anciennes méthodes d'assainissement une note que nous a adressée M. Cancalon, de Rozère.
« La Creuse est un pays tris-accidonlé , à vallées nombreuses et ^ sillonnées de sources cl de ruisseaux multipliés. Une grande étendue de terrains trcs-lmmides est remplie do mouillércs et de mouvants. L'humidité surabondante a donc été un obstacle que le cultivateur a été obli|i;c de coaibattrc depuis une époque lorl reculée ; aussi il s'y est pratiqué de grands travaux de dessèchement , mais qui sont peu importants si l'on considère l'étendue des terrains qui ont besoin d'être as-^ainis. L'extension du drainage et de l'irrigation serait pour notre pays une source abondante de richesses. Là est le principal avenir de notre agriculture.
SITUATION DL' DRAIKAGn ïN FRANCE EN 1650. 41
t. Vous savez que le procédé de dessèchement en usage dans l'antiquité, et employé par les Romains, consistait à creuser (!es tranchées à un mètre de profondeur, aies remplir à moitié de pierres ou de fagols, et à les recouvrir de terre. Celte méthode est mise eu pratique, dans notre déparlement, depuis un temps immémorial, soit qu'elle ait été transmise par la tradition, soit qu'un grand nombre de personnes aient eu la même idée et fait successivement cette découverte. J'ai desséché de cette manière plusieurs hectares de prairies et pâtures marécageuses, et j'ai obtenu de très-bons résultats. Cetle méthode est coûteuse ; mais, quand on a des terrains qui ont besoin d'être épierrés, la dépense se divise, et l'on fait deu.\ améliorations à la fois.
«Dans d'autres lieux, les propriétaires, au lieu démettre des pierres brutes dans les tranchées, y ont construit des canaux en pierres. Quelques personnes ont substitué les tuiles creuses aux pierres et ont fait fabriquer des tuiles avec des semelles. On a commencé d'essayer les tuyaux. En résumé le drainage remonte à une époque fort reculée dans notre département, et a été mis en pratique sans interruption sur une certaine étendue de terrain. Il y a de vieux baux dans lesquels l'obligation de faire des con duils de dessèchement est stipulée. Les deux communes de Saint- Loup et de Saint-Julien, très-pauvres et très- malsaines autrefois, ont été assainies depuis trente ans par des tranchées en pierres, et ont subi une transformation complète, au point de vue de la richesse et de la salubrité. »
M. de Saincthorent nous a adressé, de son côté, la note suivante^ sur Tintroduction des nouveaux procédés do drainage :
« L'assainissement des terres labourables se pratique depuis longtemps, dans certaines parties de la Creuse, au moyen de conduits en pierres; depuis une dixaine d'années, cette méthode s'y est étendue, sans avoir été, que je sache, appliquée à des prairies.
« L'erreur des agriculteurs a été de croire le drainage superficiel suffisant, et de le répuler même supérieur au drainage profond. Je crois être le premier, dans ce pays, qui ait fait usage des tuyaux en terre cuite, et qui ait employé la nouvelle méthode de drainage.
« Je commençai mes essais au mois de décembre 185'i, et les exécutai successivement dans deux parcelles de terres labourables comprises dans ma propriété de Lavaufranehc, à G kilomètres de la ville de lîoussae. L'étendue drainée est, d'une part, l''.50; de
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l'aulrc, Oi'.70; soit 2''. 20. A défaut de tuyaux, que je ne pouvais me procurer dans la Creuse, où il ne s'en fabriquait pas, j'en aelietai à Saulzayu-le-Polier (Cher).
« Le préfet qui administrait alors le département de la Creuse, M. Devillesaison , m'ayant demandé des renseignements sur mon travail, je lui adressai à ce sujet un mémoire le 2o août 1865.
« J'expliquais dans cet écrit les deux systèmes de drainage qu'il me parait utile d'employer, suivant les ditîérentesnaturesdeterrcs. Dans la contrée schisteuse du déparlement, ainsi que dans quelques plaines ou vallées formées par des dépots aqueux, un soussol argileux entretient dans la couciie arable un excès d'humidité qui s'y trouve réparti d'une manière assez égale. Le drainage complet, régulier, et tracé suivant la pente, me parait indispensable dans ces sortes de terre; car, l'eau se rencontrant partout, il faut l'évacuer par un réseau complet do rigoles, et l'expérience prouve, aussi bien que la théorie, rcxcellence du tracé suivant la plus grande pente.
<i Dans les parties granitiques, qui occupent la plus grande étendue du département et où les pentes sont fortes, on trouve bien quelques terres semblables à celle de la partie schisteuse ; mais le cas qui se présente le plus fréquemment est celui des terrains dont une portion est saine et le reste mouillé. Ici lexcès d'humidité tient à des cours d'eau qui coulent sous terre, le long des rochers ou dans leurs fissures, et s'écartent en éventail près de la surface.
« .le crois que, dans ce dernier cas, il est plus convenable et plus économique d'adopter le système transversal, qui consiste à ouvrir, au-dessus de la partie humide et suivant la ligne de démarcation entre le terrain humide et le terrain resté sec, à ouvrir une tranchée transversale au cours présumé de l'eau (ce qui exige un peu d'expérience), et, après avoir trouvé l'eau, de la recueillir dans les tuyaux qui l'évacuent à droite et à gauche.
«Cetteméthode transversale n'est pas nouvelle dans le pays ;ellc y est, au contraire, fort ancienne et presque la seule employée, mais sans discernement. .Te ne sais si je me trompe, mais elle me semble se rapprocher de celle de Keythorpe, signalée dans votre journal. J'ai fait usage du drainage régulier et suivant la pente dans le premier des essais que j'ai cités plus haut , du drainage irrégulier et transversal dans le second , et j'ai réussi dans les deux cas. Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, qui m'éloignerail de roi)jet de ma lettre.
>( Pendant que je travaillais à mes essais, le préfet se procura quelques milliers de tuyaux dans la Nièvre, et appela auprès de lui M. Dubost, ingénieur-draineur du département de l'Ain. M. Du-
l)ost séjourna parmi nous environ cinq semaines ; il nous donna de l)ons conseils, (il exécuter, avec les tuyaux achetés par l'admi nislration, des drainages chez MM. Poujaud, Cressant et de Lacelle, et remit, à son départ, au préfet un rapport utile sur l'avenir du drainage dans la Creuse, rapport où il constate l'efficacité des tranchées transversales dans certaines natures de terres.
» Je ne connais pas l'étendue des travaux accomplis par M. Dubost chez les trois propriétaires qucje viens de nommer, mais je l'évalue, en totalité, à 3 hectares environ, d'après le nombre des tuyaux, (|ui était de 7,000 à 7,500.
0 Je n!ai pas appris que, depuis ces travaux et ceux que j'ai faits chez moi , il en ait été entrepris d'autres, La nécessité d'aller au loin chercher des tuyaux, dont le transport augmentait considérablement le prix, a forcé tout le monde à y renoncer.
«Le conseil général du département, dans sa session de 1855, vota un crédit de 2,000 fr. dcstinéà acheter des machines à tuyaux. Le préfet, en proposant ce crédit, avait demandé que moitié de la somme fut employée à indemniser les acheteurs de machines qui fourniraient des produits de bonne qualité et à un prix modéré, et que l'autre moitié fût distribuée en primes aux meilleurs travaux de drainage.
« En attendant les machines départementales, le défaut detuyaux se faisant vivement sentir, je m'associai avec un tuilier qui dirige deux usines situées à Landre, près de Gouzon, et nous entreprimes l'établissement d'une fabrique de tuyaux dans ce lieu. J'ai acheté chez M. Calla une machine à simple décharge, armée de tous ses accessoires. Nous sommes ii l'œuvre. »
Nous parlerons plus loin des travaux de drainage exécutés dans les prairies du parc de Crocq par M. Alfred
Cornudet.