INDRE
M. Damourette, ancien élève de Grignon, nous a adressé, sur la statistique du drainage dans le département de rindre, une note très-complète; nous ne pouvons mieux faire que de la mettre sous les yeux de nos lecteurs. Il est peu de départements dans lesquels l'utilité du drainage soit plus grande que dans l'Indre. Dans près d'un tiers de son étendup, dans toute la lircnne et une partie du Boichot, c'est-à-dire dans les arrondissements de Châteauroux ot du Blanc, le sous-sol est formé d'une argile imperméable, de telle sorte que les récoltes sont fort chanceuses dans les années humides. Procurer l'écoulement des eaux qui séjournent dans les terres sans pouvoir être absorbées par le sol, et qui ne disparaissent que par suite de l'évaporation , ce serait rendre le bien-être et la santé aux habitants du pays. La vérité de ces considérations, que nous émettions en 4833, alors que le drainage était dans l'enfance, qu'il n'y avait pas 15 hectares drainés dans l'Indre, est admise par tout le monde, comme le démontre le travail de M. Damourette, que nous laissons maintenant parler.
« Le drainage n'est pas connu dans le département de l'Indre depuis assez longtemps pour qu'on puisse des aujourd'hui constater des fjits acquis; on ne peut qu'indiquer une certaine tendance vers lamélioration la plus puissante qu'il soit possible de faire subir au sol.
« Dans la majeure partie dos arrondissements deChàteauroux et d'issoudun, le sous-sol est, en général, composé d'un calcaire essentiellement perméable ; le drainage est donc rarement nécessaire. Toutefois il y a encore do nombreuses exceptions, et l'on peut, dans ces contrées, signaler des travaux qui offrent qucliiue intérêt.
CO LIVRE VI. ^ gïATISTIQUK DU DBAIÎCAGfi.
i. DaiisViUToïKlisscmcntd'Issoiidun.M. Adolphe Grenouillot, piopriolaire dans la comnuinedc l'runiers, a, vers la fin de raiilomno de 18j5, fait draiiur quclciucs iicctarcs. Ces travaux, exécutés par la Compagnie générale du Drainage, ont jusqu'ici parl'altimenl réussi.
« M. Sautereau, maire de Chabris et membre du conseil générai de l'Indre, vient d'entreprendre de vastes travaux d'assainissement sur sa terre de Glutigny, commune de Chabris, canton de Sa'nl- Christopheeu BazcUe.
" M. Sautereau a jusquà présent drainé une étendue d'environ 57 hectares, et d'ici à quelques années il a l'iulenlion de drainer le reste de sa propriété, d'une contenance totale de ICO hectare^.
« Le prix de revient m;i\imum a été de ri 18 fr. dans les premiers temps, alors que ses ouvriers n'étaient pas au courant de leur besogne.
« Aujourd'hui ce maximum a été réduit à 20') fr., et M- Sautereau csp-'re bien ne plus le dépassi'r.
« M. Sautereau prend les tuyaux dans une tuilerie qui lui appartient, et dans laquelle il a placé une machine de M. Calla, de Paris; mais la fabiication étant insuflisante, même pour ses travaux, il a du se procurer d'antres tuyaux au moyen d'un marché avec un tuilier de Romorantin (l,oir-et--Cher).
« Dans l'arrondissement de Chàteauroux, M. Muret de Dort, ancien député et président de la Société d'Agriculture de Châteauroux, fit, dès 18'i8, des essais de drainage sur plusieurs hectares de terrain situé dans les environs de Chàteauroux.
« Quelques années après, M. Boûault , directeur de la ferme-école de l'Indre, fit, quoique fermier, un drainage d'une certaine importance, en employant sur une partie des fascines, sur une autre des tuyaux en terre cuite.
« Les résultats obtenus par M. Boiiault ont été ceux que l'on devait attendre d'une semblable opération. Tout le terrain est aujourd'hui enscmencj en luzerne qui réussit fort bien. Avant le drainage, la culture de cette plante eut été impossible, comme elle l'est encore dans le reste de la propriété.
« Vers la même époque, sur l'initiative de la Société d'Agriculture de Ciiàtcauroux , une souscription permit l'acquisition d'une machine à fabriquer les tuyaux. Cette machine fonctionne aujourd'hui chez un tuilier des environs, sous la surveillance de la Société.
« Depuis lors, M. Éniilc Besnar.l, vice-secrétaire de la Société d'Agriculture de Chàteauroux, a placé quelques milliers de tuyaux dans les parties les p!us humides d'une vaste propriété qu'il possède dans le canton de Buzancais.
etlTUATIOM OU DaAI.MAGK KN FRANCK EM 1850. Al
.. Je crois devoir vous faire connaître également les résultais obtenus au moyen des puits absorbants sur une propriété voisine de Cbaltauroux.
n Plusieurs pièces de cette propriété présentaient, en certains endroits, de fortes dépressions dans lesquelles les eaux ne tardaient pas à s'accumuler dés que les pluies étaient un peu abondantvs, et ces eaux ne pouvaient pas s'écouler par suite de l'imperméabilité du sous-sol.
« A titre d'essai , trois puits furent entrepris ; à une certaine profondeur, qui varia entre 2"'. 50 et 4 mètres, les ouvriers rencontrèrent un lit marneux essentiellement perméable.
« Les puits furent alors comblés avec des pierres cassées, jusqu'à 0'».40 environ de la surface du sol. Le surplus du remblai fut opéré avec de la terre, et ainsi la couche arable se trouva rétablie.
n La dépense fut , en moyenne, d'environ 2.') fr. par puits.
" Ces travaux ont été terminés en 18,"i4 ; pendant les deux années qui viennent de s'écouler ils ont donné des résultats assez salisfaisiints pour que le propriétaire se dispose à entreprendre de nouveaux puits, ne doutant pas d'un succt's plus grand encore, grâce à l'expérience acquise.
'< Je ne puis passer sous silence les travaux exécutés par M. Meyrouse, riiabile intendant de M. Crombez, dans la terre de Lancosmc, commune de Vanda'uvrcs, canton de Buzançais.
" La terre de Lancosme est traversée sur une longueur de plusieurs kilomètres par la Glaise, petite rivière dont le lit, entièrement comblé, ne fournissait aux eaux qu'un écoulement tout à fait insuffisant.
« M. Meyrousea fait opérer le curage de la Glaise ; puis il a drainé avec des fascines les prairies qui se trouvaient sur les deux rives.
« Depuis cette époque l'administration a fait opérer le curage des principaux cours d'eau de la Brenne. Les travaux sont à peine terminés, et déjà se produit, comme on avait pu aisément le remarquer à Lancosme, une amélioration très-sensible.
« Vous me permettrez de ne pas quitter la terre de Lancosme sans vous signaler le magnilique travail entrepris sur l'étang de Gliàteau-Robert, d'une étendue de 150 hectares environ. Apris avoir entièrement desséché cet étang, M. Meyrousc s'est occupé de le transformer en de belles prairies irriguées.
« Getic opération n'est pas du drainage ; mais drainage et irrigation sont deux opérations qui doivent toujours, autant que faire se peut, marcher de front.
" G'est bien ce qu'a compris M. le comte de Bryas, député de l'Indre au Gorps législatif.
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<i M. le comte de Bryas possède dans la commiine de Vicqexemplet, canton et arrondissement de La Châtre, la terre de Boulaize, d'une étendue de 750 hectares, dont environ 150 en bois.
«Depuis un an ou deux, M.de Bryas afait commencer les études nécessaires pour une vaste opération de drainage (jui comprendrait les GOO hectares de terres et prés, qui sont continuellement humides par suite de l'imperméabilité du sous-sol.
« Si, comme il y a tout lieu de le croire, les essais réussissent, M. de Bryas a l'intention de drainer la totalité, et de combiner ses travaux de manière que les eaux qui sortiront des drains puissent être employées pour transformer en prairies irriguées toutes les terres arables qui en seront susceptibles.
« Jusqu'ici 4 à 5 hectares seulement ont été drainés; ces travaux , opérés au commencement de l'hiver dernier, n'ont été exécutés qu'à litre d'essai ; ils ont parfaitement réussi.
« Ces travaux d'essai continueront cette année, et à la fin de 18 j6 on espère avoir drainé environ 26 hectares. En même temps on compte établir le système général d'écoulement des eaux, au moyen de canaux ou rigoles qui sont à faire ou à curer sur une longueur de 10,000 mètres.
« A l'exemple des fermiers anglais, M. de Bryas a l'intention de faire disparaître entièrement des haies très-épaisses qui divisent ;i l'infini sa belle propriété.
«11 espère ensuite échanger contre des tuyaux les bois qu'il retirera de cette exploitation, à un tuilier qui habite près de là , dans le département du Cher.
« Enfin il faut citer, dans ce même arrondissement, les travaux que M. Pommeroux , secrétaire du Comice agricole de La Châtre, a fait exécuter sur 2 à 3 hectares dépendant de sa propriété, sise commune de Montgivray, près La Châtre.
« L'arrondissement du Blanc est la contrée du département dans laquelle les travaux entrepris jusqu'à cejour sont les plus nombreux , et dans laquelle ils ont la plus grande importance.
"MM. Maurencq, propriétaire à Bon-Azile, commune deDouadic; Navers, maire d'Obterre ; de Villeneuve, à Boches, commune d'Ingrande ; le vicomte de Poix , à Bienaven , commune de Pouligny ; le comte de Bondy, à la Barre (Ciron) ; Cornali d'Alméno, ancien élève de Grignon, propriétaire à la Choltière , près du Blanc, ont exécuté ou sont en voie d'opérer des drainages qui seront fort curieux à étudier.
« Je dirai seulement aujourd'hui que ces travaux présentent quelquefois desdiflicultés d'exécution très-sérieuses.
ti Ainsi M. Favret, ancien élève de Grignon et régisseur de M. le
3ITDATI0N DD DRAINAGR KN FRANCE EN 1850. 03
pointe {le Bondy, a olô obligé, à l.i Barre, de faire suivre les ouvriers draiiiours par des miuours ciiargés de faire sauter les l)loes de calcaire ou de grès que l'on rencontre en creusant les tranchées.
«M. Bastide de Yillemusault , propriétaire à Douadic, a, depuis plusieurs années déjà, acheté une machine à étirer les tuyaux, et il l'a placée dans une tuilerie qui lui appartient. « Déjà il a drainé 4 hectares, ti tin dé 18 j4, "). à l'automne dernier. u La dépense a été de 220 à 240 fr. par hectare. « M. Albans-Rahault, propriétaire au Blanc, a fait drainer 2''. 00 dépendant d'une propriété sise dans la commune de Pouligny Saint- Pierre.
« Ces travaux se sont opérés dans des conditions très-difficiles et tout à fait exceptionnelles.
« Aussi la dépense a-t-elle atteint 322 fr. par hectare, non compris
le transport des tuyaux, qui a été opéré par les colons partiaires.
'< M. Bethmont, ancien ministre et propriétaire d'une magnifique
terre à RufTec, près du Blanc, a, de son côté, entrepris, en 1854,
des travaux de drainage d'une grande importance.
" Depuis cette époque 34 hectares ont été drainés, moitié en 1854, moitié eu 1855.
« Le prix de revient a été en 1854 de 252 fr.; en 1855 il a été réduit à 197 fr., et on a l'espoir de le réduire encore et d'atteindre seulement 180 fr.
« Ces résultats sont dus principalement à une diminution sur les frais de main-d'œuvre.
« M. Bethmont avait acheté une machine à étirer, de Calla, et l'avait placée dans une tuilerie dépendant de sa propriété,
» 11 a récemment fait en Angleterre l'acquisition d'une seconde machine. Ce fait prouve d'une manière surabondante que M. Bethmont n'a pas l'intention de s'arrêter.
« M. Bernard, inspecteur général honoraire des ponts et chaussées, a commencé, il y a plusieurs années déjà, des travaux de drainage sur une propriété qu'il possède dans la commune deSaint-Benoist du Sault.
« Ces travaux ont été entrepris, à titre d'essai, sur une superficie d'environ 4 hectares. Les conduits d'écoulement n'ont pas été établis avec des tuyaux de terre cuite, parce qu'on n'en fabrique pas encore dans les tuileries du voisinage; on y a suppléé par des pierres schisteuses assez dures, qu'on trouve à proximité. Chaque conduit est formé de deux rangées de pierres plates appuyées de champ contre les talus de la tranchée; d'une troisième rangée de petites pierres formant pavé et posées jointivement entre les deux
Ci LIVRE VI. — STATISTIOCR DU DRAIHAGR.
autres pour empocher leur rapprochement et pour préserver le sol des affouiilomeuts; enfin, d'une quatrième rangée reposant sur les pierres latérales, de manière ;i en former le recouvrement. Ce recouvrement est complété par une couche de pierres cassées en petits fragments.
« On a obtenu ainsi un aqueduc rectangulaire, de forme invariable, de 5 à G centimètres de largeur moyenne et de 8 à 10 centimètres de hauteur.
« On a ensuite établi sur l'empierrement un lit de jonc ou un gazon retourné, puis une couche de terre argileuse qu'on a soigneusement pilonéc avec une dame en bois; le surplus du remblai a été fait à jet de pelle et sans damage. Ainsi a été terminée l'opération du drainage, dont la dépense moyenne a été de 230 fr. par hectare.
" M. Bernard a pensé que ces essais, bien que fort incomplets, ont été assez encourageants pour l'engager à les continuer sur une plus vaste échelle et à les perfectionner par l'emploi des tuyaux en terre cuite.
« Tous SCS efforts tendent à en propager la fabrication dans son voisinage, et à répandre la pratique du drainage dans sa localité, où l'on peut en espérer des résultais immenses.
» D'après cet exposé, il est facile de reconnaître qu'un certain élan se produit, dans l'Indre, vers les améliorations foncières par le drainage.
« L'administration, désireuse d'encourager cet élan, a, vers la fin de 1855, envoyé des machines à tuyaux au Blanc et h La Chàtro.
« D'un autre côté, il appartenait aux institutions qui, dans notre pays, représentent l'agriculture de seconder l'administration dans les efforts qu'elle fait pour propager ce puissant moyen d'assèchement et d'amélioration des terres.
« Tons les programmes des Comices ou Sociétés d'Agriculture de l'Indre font, depuis plusieurs années, mention de prix importants proposés aux propriétaires qui entreront dans cette voie. »
En résumé, on peut porter à 300 hectares rétendue drainée. Six machines à étirer les tuyaux fonctionnent dans le département.