‹ Drainage des terres arables (volume 2)Chapitre 46 sur 308 · LOT-ET-GARONNE · texte numérisé non relu

LOT-ET-GARONNE

Nous avons reçu de M. le baron Eschasseriaux, député au Corps législatif, l'intéressante communication suivante, sur la situation du drainage dans le département de Lotet-Garonne.

« Les premiers essais , dit M. Eschasseriaux, ont été faits, en 1851, par mon beau-père, M. Rotch-Barsalou, ancien député, sur sa propriété du Saumont, située dans le canton de Nérac, à l'aide de tuyaux provenant du département de Tarn-et-Garonne. La substitution du drainage par tuyaux au système dos tranchées remplies de pierres, appelées fossés couverts, lui a permis d'entre-

prendre immédiatement celte amélioration sur une vaste ccliellc.

« Aucune terre, en effet, n'est de nature à subir une révolution plus complète dans sa production que celle des coteaux de ce déparlement, composée d'éléments argilo-siliceux, dont le mélange avec des bancs de sable donne naissance à une infinité de sources qui se répandent à la surface du sol.

« Les travaux do drainage appliqués par M. Barsalou aux vignes et aux terres labourables ont produit des effets merveilleux. Des courants d'eau souterrains s'échappent actuellement en toute saison , et d'une manière presque constante, par les nouveaux conduits. Les terres des vignes, desséchées plus rapidement, ont permis de donner plus tôt, et d'une façon plus régulière, les labours que les pluies du printemps rendaient toujours très-incertains. Il est inutile d'ajouter que la végétation de la vigne a pris dans les parties drainées un développement plus vigoureux, attesté par une verdure inconnue jusqu'alors.

« J'ai commencé en 1852 le drainage sur six métairies contiguës à la ferme de M- Barsalou ; chaque année nous consacrons, pendant les mois d'hiver, le travail de nos métayers au drainage d'une partie des terres qui leur sont confiées, de telle sorte qu'au bout d'un certain laps de temps l'amélioration aura été apportée à l'ensemble de la propriété.

« Les métayers ont accueilli, dès le début, avec le plus grand empressement une méthode qui leur évitait les rudes labeurs du drainage par fossés couverts. Ils ont renoncé sans regrets aux ouvertures de larges tranchées , à l'extraction et aux transports d'immenses matériaux, dont les attelages et les labours n'avaient qu'à soufîrir. Depuis l'année dernière ils se servent d'outils spéciaux, fabriqués dans le pays sur des modèles.de Paris, et dont ils ont reconnu les avantages. Nous leur livrons gratuitement les tuyaux, et nous leur adjoignons pour plus de célérité un manœuvre par métairie pendant la durée des travaut. Us se chargent du reste de l'opération, qui s'accomplit ainsi à peu près à frais communs, pendant la mauvaise saison, avec les seuls bras disponibles du pays et dans des conditions aussi économiques que possible. Chaque année près de 20,000 mètres de tuyaux sont ainsi enfouis dans ces deux propriétés.

«En 1855 les plus beaux blés de la propriété du Saumont ont été coupés sur des terres drainées l'année précédente, et que l'abondance des eaux souterraines avait rendues jusqu'alors pour ainsi dire improductives.

« Il est regrettable que le drainage ait trouvé, dès le début, de incrédules au sein même des Sociétés d'Agriculture du départe-

ment. La dcfiance dont il a été l'objet a empêché qu'on n'alfachàt à cette découverte toute l'attention qu'elle mérite. On n'a commencé il en apprécier réellement l'importance qu'après la réussite des travaux de M. Rolch-Barsalou. Aussi la propagation s'en estclle faite par son voisinage. Depuis deux ou trois années MiM. de Saint-Loup, maire de Montagnac; de Larroquc, à Port Sainte-Marie; G. Dumon, maire d'Aubiac ; Laffitte, député ; Martinelli, conseiller à la cour d'Agen ; Aunac, banquier à Agcn, etc., donnent avec zèle et intelligence des exemplesqui trouvcrontdesimitaleurs. « La première machine à fabriquer les tuyaux de drainage a été livrée à la lin de 1852 à M. Dupuy, tuilier à Agen, qui a su donner à ses produits des qualités très-satisfaisantes. Trois autres machines viennent d'être installées à Ncrac, à Marmande et à Villeneuve, pour répondre aux besoins de ces arrondissements. »

Aux noms des agriculteurs nommés dans la note précédente nous ajouterons ceux de M. Lodois-Martineau, à Monbalius, près Gamon, et de M. Alphonse de Calbiac, à Arligoles, près Gastel-Jaloux.

Les essais déjà effectués embrassent -iO hectares, et on doit espérer que, malgré le morcellement de la propriété, malgré l'ardeur irréiléchie que l'on met à acheter chèrement de nouveaux lots de terre, plutôt que de consacrer ses capitaux à des améliorations foncières productives, les exemples donnés trouveront des imitateurs.

M. de Calbiac a introduit dans le département une madiine à étirer les tuyaux de M. Bertin-Godot, et il a établi une fabrique.

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