CHAPITRE L
De la fabrication des tuiles, des briques ordinaires et des briques
creuses
Les machines à étirer les tuyaux de drainage ont vivement excité le zèle des mécaniciens, comme on le voit par les détails dans lesquels nous sommes entré, comme on le reconnaîtra mieux encore par les descriptions qu'il nous reste à donner. On pourrait même trouver que le but a été dépassé, si les nombreuses machines qui vont être répandues dans toutes les contrées devaient cesser de fonctionner dès que le drainage des champs aura été effectué. Mais il faut considérer que les tuiles et les briques peuvent être fabriquées avec avantage par plusieurs des machines à étirer les tuyaux; que, de plus, certains matériaux, que la main de l'homme ne façonnerait que difficilement, s'obtiennent sans peine avec ces mêmes machines.
En Angleterre, où toutes les constructions sont en bri ques, on tient en haute estime la propriété qu'ont les machines, armées de filières convenables, de fabriquer des briques et des tuiles de diverses formes. Dans les pays dépourvus de pierres et trop pauvres encore pour fabriquer des briques cuites, on fait les maisons en pisé. Ce système très économique, mais peu durable, et qui se prête difficilement à donner des habitations disposées suivant les règles d'une bonne hygiène, doit disparaître devant une agriculture plus avancée, et par conséquent plus riche, et être remplacé par des constructions en briques
cuites. La suppression des toitures en chaume et leur remplacement par des couvertures en tuiles, dans tous les pays où on ne peut pas se procurer des ardoises à un prix assez bas, doivent aussi être la conséquence du progrès agricole. La propagation des machines à étirer les tuyaux de drainage viendra puissamment en aide à ce mouvement. Elle donnera l'habitude de façonner la terre; elle apprendra à se servir des fours; elle répandra dans beaucoup de campagnes le goût de l'usage d'objets en terre cuite qui peuvent être obtenus sans beaucoup de dépenses, et qui apporteront dans les ménages ruraux des jouissances qu'on a tort de chercher à introduire seulement dans les habitations des ouvriers des villes. Là où une tuilerie ou une briqueterie s'établissent, les conditions de la vie s'améliorent.
Ces motifs s'ajoutent aux avantages directs que donne le drainage pour qu'on désire que les machines à tuyaux puissent aider à fonder d'autres fabrications d'objets en terre cuite; ils nous décident à donner sur la fabrication des briques et des tuiles quelques détails destinés à compléter ceux plus étendus que nous avons consacrés à la fabrication des tuyaux.
Voici d'abord comment Alexandre Brongniart, dans son beau Traité des Arts céramiques, définit les briques; on verra qu'elles rendent des services même dans les pays où la pierre naturelle abonde.
« Les briques, dit l'illustre ancien directeur de la manufacture de porcelaine de Sèvres , sont des espèces de pierres artificielles destinées à remplacer la pierre naturelle dans la construction des bâtiments, et notamment dans celle des fours, fourneaux et cheminées.
« Dans le premier cas, elles doivent être solides, plus ou moins poreuses et tendres, suivant leur destination spéciale, mais alors par composition appropriée et ja-