CHAPITRE LI
Moulage à la main des tuiles courbes .
La terre étant préparée est apportée en mottes sur une table où des enfants la façonnent en galettes rectangulaires ayant une grandeur proportionnée aux tuiles à obtenir. Un enfant pose ces galettes sur un petit banc placé à côté de la table de moulage (fig. 119). Le mouleur prend les galettes une à une et successivement les met dans le moule, consistant en un cadre en bois ou en fer dont la surface intérieure est égale à celle de la tuile développée, et dont les bords ont l'épaisseur même de cette tuile avant le retrait. Ce cadre est posé sur une pièce de bois ou sur une pierre bien dressée.
Le mouleur saupoudre de sable sec l'intérieur du moule et la pierre qui lui sert de fond, afin d'éviter les adhé-
renées; il y applique ensuite une des galettes en la prenant avec ses mains de manière à régulariser la surface. Alors, avec un' rouleau mouillé, dont les extrémités s'appuient sur le cadre, il achève la compression de la tuile et en polit la surface supérieure ; pour enlever les parties en saillies il se sert d'un fil de fer tendu entre deux poignées (fig. 120). Lorsque la surface est bien unie, le mou-
Fig. lia. — Roulage d'une tuile dans son moule.
leur enlève le cadre , et soulève avec précaution la tuile avec ses mains pour aller l'appliquer (fig. 121) sur le chevalet où elle prendra la courbure voulue.
Ce chevalet (fig. 122J est en bois; il a été à l'avance saupoudré de sable. Il consiste en deux parties, en une semelle B ayant deux entailles, et en un mandrin courbe A muni d'une poignée C, qui repose sur la première entaille de la semelle. Le mouleur pose la tuile et l'applique en D sur le mandrin. On voit deux chevalets, l'un garni de sa tuile, l'autre prêt à la recevoir, dans la ligure 131.
MOl'LAGK A LA MAIN DBS TUILES COURBES.
Fig. 120. — Ébarbage des tuiles dans le moule.
Fig. 121. — Application des tuiles sur les chevalets.
Un enfant saisit la poignée du mandrin et l'emporte garni de la tuile sur le séchoir. A cause de la double en-
258 LIVRE IV. — FABRICATION DES Tl'YAl'X DE DRAINAGE.
taille de la semelle dont nous venons de parler, la tuile est un peu plus grande que le mandrin, et par conséquent il y a un jeu suffisant, lorsque la tuile est placée, pour qu'on puisse retirer le mandrin et le rapporter pour le poser de nouveau sur la semelle et le saupoudrer de manière à ce qu'il soit prêt à recevoir une nouvelle tuile. Il ne faut qu'une ou deux semelles pour chaque mouleur, mais il doit y avoir un nombre de mandrins suffisant pour que le transport n'apporte jamais d'interruption dans le travail.
Les tuiles ont généralement 0m.30 de longueur. On les désigne par la grandeur de leurs ouvertures. M. Mangon rapporte (1) qu'un bon ouvrier mouleur, activement servi, peut fabriquer par jour :
1,000 tuiles de 0m 076 d'ouverture.
Cette fabrication est à peu près la même que celle des tuiles faîtières. Quant aux soles plates sur lesquelles les tuiles doivent être posées au fond des tranchées, elles s'obtiennent par le simple moulage dans un cadre de grandeur appropriée. C'est aussi ce que l'on fait pour la tuile ordinaire employée pour couvrir les toits; seulement, dans ce dernier cas, le cadre présente une éebancrure carrée dans l'une des quatre règles qui le constituent. La tuile, après le moulage, est glissée sur une palette de bois que présente un apprenti. La saillie produite à l'un des bouts par Féchancrure du moule est relevée avec le doigt par l'apprenti, et elle devient le crochet qui sert à attacher les tuiles aux lattes des toitures. « La porosité des tuiles ordinaires, dit Brongniart, en les rendant faci-
(1) Instructions pratiques sur le Drainage, p. 194.
.MOLl.AGK A LA MAIN DES TLILKS COI U15KS.
lement pénétrables à Peau, et en permettant aux mousses d'y croître facilement , accélère leur altération et leur destruction.» Parmi les moyens employés pour éviter ce grave inconvénient, nous conseillons surtout la compression, qui donne une grande dureté à la tuile. <t J'en ai remarqué, dit encore Brongniart, un des plus simples dans la tuilerie du prince Glary, à Tœplitz. Lorsque la masse a été préparée et bien battue à la main, on en forme de gros parallélipipèdes qu'on divise, avec le fil de
Fig. 12-2. — Chevalet pour la courbure des tuiles.
laiton, en tranches de l'épaisseur qu'on veut donner aux tuiles. On place ces lames presque carrées dans un moule de fer placé au fond d'une fosse évasée, sur le fond de laquelle se tient un ouvrier, les jambes écartées. Elles y sont fortement comprimées et moulées par un volumineux et puissant balancier semblable à celui avec lequel on frappe la monnaie. Un ouvrier fait mouvoir ce balancier, celui qui est dans la fosse place la lame d'argile dans le moule et la retire comprimée et moulée en tuile. Deux ouvriers açonnent ainsi 5,(J00 tuiles en un jour. »