CHAPITRE XI
Drains moulés
Nous entendons par drains moulés des conduits souterrains pratiqués profondément avec l'argile seule du terrain, sans avoir recours à d'autres matériaux. Ce genre de drainage n'est absolument applicable que dans les terrains entièrement formés de terre glaise. Il exige des instruments particuliers. D'abord, avec une bêche de surface ordinaire, on enlève la première couche de terre, et on la place sur l'un des côtés de la tranchée, La seconde couche de terre est enlevée à son tour , et placée de l'autre côté de la tranchée à l'aide d'une bêche longue et étroite. Enfin, on achève la fouille en se servant d'un instrument particulier, appelé mèche de fer (fig. 31 ). Il consiste en une bêche étroite de lm.07 de longueur, ayant une largeur de 0m.038 et une épaisseur de 0m.013 à la partie inférieure, qui se termine en un biseau affilé. Du côté droit de la poignée, et perpendiculairement à la lame, se trouve une aile en acier de 0m.15 de long et 0m.064 de haut, également terminée par un biseau tranchant inférieur. Du côté gauche de la poignée et dans son plan, à une distance de Om.3G du tranchant inférieur, se trouve fixée une sorte de pédale de 0"\07G de long. On enfonce d'abord cet instru-
DRAINS MOULÉS.
ment à la profondeur voulue, et sous l'angle le plus convenable au travail, l'aile latérale étant maintenue parallèle
Fig. 31. — Louchet dit mèche de fer pour achever les tranchées des drains moulés.
Fig. 32. — Écopeou drague pour nettoyer le fond des tranchées.
à la direction du drain, en appuyant du pied sur la pédale. On retire l'instrument, et on lui fait faire un demitour sur lui-même pour l'enfoncer de nouveau de la même quantité que la première fois, en mettant le talon à l'extrémité de la tranchée faite d'abord par l'aile. Par cette double opération on détache sur ses quatre faces un prisme d'argile parfaitement régulier, qu'on enlève avec l'instrument, et qu'on dépose à côté de la seconde terre extraite. On recommence ces opérations jusqu'à ce qu'on ait formé une tranchée dont on nettoie le fond à l'aide d'une écope ou d'une drague (fig. 32).
Quand le fond de la tranchée est bien régulier sur une certaine longueur, on prend un chapelet de 4 à 6 pièces de bois, ayant chacune 0m.30 de long, 0m.18 de haut, 0m.0ol d'épaisseur à la base, et 0m.064 au sommet. Ces billes de bois sont réunies les unes aux autres par des lames de tôle posées sur les jointures, mais ne serrant pas, de telle sorte que le système forme une barre un peu flexible, à l'une des extrémités de laquelle on attache une forte chaîne (fig. 33). On arrose ce mandrin avec de l'eau,,
Fig. 33. — Exécution des drains moulés.
et on le place, la partie la plus étroite en bas, au fond de la tranchée, qu'il doit remplir complètement. On jette par-
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dessus la terre glaise ôtée , et on la pilone par couches successives, avec un pilon de 0m.08 de large , jusqu'à ce que la tranchée soit en partie remplie. A l'aide d'un levier enfilé dans le dernier anneau de la chaîne et enfoncé dans le fond de la tranchée , on tire le mandrin en avant jusqu'à ce qu'on ait retiré toutes les pièces de bois , excepté la dernière. Sur la partie retirée du mandrin on pilone de nouveau de la terre glaise , et ainsi de suite. Il est bien évident que , de cette manière , on laisse derrière le mandrin un canal en argile, moulé sur ses formes extérieures.
Pictet, de Genève, décrit en ces termes (i) les drains moulés : «Dans certains endroits, dit-il, l'économie des matériaux employés est un objet de grande importance ; cela a fait imaginer le moyen de pratiquer des coulisses vides et sans appui , et voici comment cela se fait : Lorsqu'on a ouvert le fossé à la profondeur nécessaire, on y place une pièce de bois de douze pieds (3m.66) de long, de six pouces (0m.15) de diamètre, bien unie et légèrement conique, ainsi que l'est un tronc d'arbre. On fixe un anneau de fer à l'extrémité la plus grosse, laquelle doit être placée du coté le plus bas. On jette un peu de sable sur la pièce de bois, après quoi on fait retomber dessus et on foule fortement la terre qu'on avait tirée de la coulisse. Au moyen d'une corde attachée à l'anneau qui est au gros bout, on tire la pièce de bois le long de la coulisse ouverte, mais de manière qu'une longueur d'environ deux pieds (0m.61) reste encore engagée. On dit qu'un aqueduc fait de cette manière ne donnait aucun signe de dégradation au bout de vingt ans. »
Un tel système ne saurait être pratiqué dans des terrains d'où l'eau s'écoulerait en abondance. A cause du soin qu'exige son exécution, son prix doit aussi être assez élevé.
(1) Locn cita/o, p. 346.
Maintenant que , grâce aux chemins de fer et au perfectionnement des autres voies de communication, le transport des matériaux nécessaires à la fabrication des tuyaux en poterie cuite est possible dans la plupart des cas, le nombre des circonstances où des drains ainsi moulés pourraient rendre des services est nécessairement très-restreint. Dans les fermes laitières du Gloucestershire , où ce mode de drainage a été souvent employé, on en estime le prix de revient de 6e. 2 à 7e. 3 par mètre courant pour une profondeur de Om.Gl seulement.