DE L ÉPOQUE DE LA FABRICATION DES TUYAUX
du printemps. Ces influences diverses, mais surtout les gelées et les dégels successifs, la bonifieront en amenant peu à peu la division des parties les plus compactes , réunies par la plus grande force adhésive. Ce n'est qu'au bout d'une exposition à l'air de trois à quatre mois, de décembre à mars ou avril, que les argiles plastiques ou fîgulines, les marnes argileuses ou limoneuses , les terres franches, seront en état d'être triturées, malaxées avec succès. Quant au mélange de toutes ces matières, s'il y a lieu de l'effectuer et même d'employer du sable, il vaut mieux l'opérer avant l'hiver. Nous avons donné précédemment tous les détails nécessaires pour que ces opérations s'effectuent dans de bonnes conditions, et selon des règles qui mènent à de bons résultats.
Lorsque les terres seront prêtes , on pourra procéder à la fabrication des tuyaux à l'aide de l'une des machines que nous allons décrire, et dont on aura fait choix d'après les considérations dans lesquelles nous entrerons plus loin. La machine, en commençant à fabriquer en mars ou avril, fournira des tuyaux qu'on devra laisser sécher durant deux mois environ, avant de songer à les faire cuire dans un four convenable. Les premiers tuyaux qu'on obtiendra ne seront ainsi terminés que vers le mois de juillet. En septembre ou octobre , on en aura assez pour exécuter alors seulement les travaux d'ouverture des tranchées et de pose des drains dans les champs dépouillés de leurs récoltes, et qu'on mettra en état de recevoir les semailles de l'arrièresaison ou du commencement du printemps suivant. Ainsi, fabrication des tuyaux durant l'été, pose durant l'hiver, telle est la marche à suivre dans l'exécution des travaux de drainage. La fabrication des tuyaux ne peut ni être entreprise ni se poursuivre en hiver avec quelque chance de succès, à moins de temps bien exceptionnels, comme un hiver
sans gelée. En effet, la gelée, saisissant les tuyaux sortant de la machine, les fait éclater, et cause un dommage irrémédiable. Cela est arrivé à l'Association de Drainage du département de l'Oise, à Béarnais, vers la tin de 1854. Un pareil accident n'a pas rebuté M. Yitard, qui met tant de zèle à faire adopter le drainage dans son département; mais il eût été de nature à nuire considérablement ailleurs à la vulgarisation du nouveau système d'assainissement.
Mais on a soulevé une objection dont il est nécessaire de dire quelques mots. Pourquoi, a-t-on écrit récemment, se servir de tuyaux pour lesquels il faut monter une fabrication toute spéciale ? Pourquoi ne pas employer simplement des pierres, comme faisaient nos ancêtres dans leurs travaux d'assainissement des sols humides, à l'aide de fossés couverts dont le fond était rempli de pierres? Souvent celles-ci sont en très-grande quantité à la surface du champ ou dans le sous-sol; on est obligé de les enlever à grands frais. Pourquoi ne pas les employer, au lieu de tuyaux? Pourquoi aussi ne pas se servir de matériaux qu'on trouve en certains pays presque pour rien, de laitiers des hauts fournaux, par exemple?
Un des principaux avantages du drainage, tel qu'on l'exécute à l'aide des tuyaux, consiste surtout dans la diminution du prix de revient de cette opération. Ce prix est descendu en moyenne à 200 ou 250 francs l'hectare , au lieu de 700 ou 800 francs que coûtaient les travaux d'assainissement opérés selon les anciens errements. Un pareil résultat est dû surtout à l'emploi de tuyaux qui n'exigent que des tranchées très-étroites, exécutées avec un déblai minimum. On se sert, dans ce but, d'instruments spéciaux, dus aux draineurs anglais, et qui abaissent considérablement le prix de revient de la fouille du sol. Nous ne croyons pas qu'avec d'autres matériaux que les tuyaux
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on pourrait se contenter de tranchées aussi étroites que celles qui suffisent dans le système que nous défendons.
Certainement les instruments nouveaux pourraient aussi servir à creuser les drains destinés à être empierrés ; mais il ne nous paraît pas démontré que les pierres mises à la place des tuyaux au fond des tranchées dussent produire un effet aussi durable et surtout aussi général. Dans la méthode actuelle de drainage, on a en vue un assainissement uniforme de tout un terrain, et on obtient ce résultat par la dépendance que l'on établit entre toutes les lignes de tuyaux parallèles et les lignes de tuyaux collecteurs qui ramassent les eaux partielles.
Les tuyaux bien établis ne se bouchent jamais; et, pour obtenir un ensemble aussi parfait avec des drains empierrés, dont l'obstruction fût impossible , il serait nécessaire de faire des frais de pose bien plus élevés que ceux d'achat et ensuite de placement des tuyaux. Les pierres, en effet, devraient être placées de manière à laisser un canal toujours bien ouvert; et la pratique démontre que, dans ce cas, le prix minimum d'un drainage avec des pierres est encore le prix maximum d'un drainage avec tuyaux dans les circonstances les plus difficiles. Dans tous les cas , on ne devrait employer les pierres qu'après les avoir laissées durant plusieurs mois exposées aux intempéries et à l'action de l'air; sans cette précaution, elles conservent à leur surface une couche de glaise qui fait que les drains empierrés construits avec des pierres fraîches s'obstruent avec une grande facilité.