ACTE V, SCÈNE V
LE MASQUE
Que prends-tu ?
HERNANI
Le poison.
LE MASQUE
Bien! donne-moi ta main.
Il présente une fiole à Hernani qui la reçoit en pâlissant.
Bois , pour que je finisse.
Hernani approche la fiole de ses lèvres , puis recule.
HERNANI
Ob ! par pitié ! demain ! — * Oh ! s^il te reste un cœur , duc, ou du moins une âme ; Si tu n^es pas un spectre échappé de la flamme ; Un mort damné , fantôme ou démon désormais ; Si Dieu n'a point encor mis sur ton front : « Jamais ! » Si tu sais ce que c'est que ce bonheur suprême D'aimer , d'avoir vingt ans y d'épouser quand on aime ; Si jamais femme aimée a tremblé dans tes bras , Attends jusqu^à demain. — Demain tu reviendras!
236 HERNANI
L£ MASQUE
Simple qui parle ainsi! demain 1 demain! — tu railles! Ta elocbe a ce matin sonné tes funérailles !
£t que ferais-je^ moi , cette nuit? J'en mourrais. £t qui viendrait te prendre et Remporter après? Seuldescendreau tombeau ! Jeune homme, ilfautmesuivre!
HERNANI
Eh bien , non ! et de toi y démon ^ je me délivre ! Je n^ obéirai pas.
LE MASQUE
Je m'en doutais. — Fort bien.
Sur quoi donc m'as-tu fait ce serment? Ah! sur rien. Peu de chose après tout! La tête de ton père. Cela peut s'oublier. La jeunesse est légère.
HERNANI
Mon père I-*^Mon père I . . .— Âh ! j'en perdrai la raison 1 . . .
LE MASQUE
Non y ce n'est qu'un parjure et qu'une trahison.