ACTE III, &CÈNE V
Il fait lentement trois pas dans la salle . et promène ses regards sur tons les portraits.
des Silva.
Morts sacrés I aïeux ! hommes de fer l Qui voyez ce qui vient du ciel et de l'enfer , Dites-moi^ messeigueurs , dites! quel est cet homme? Ce n'est pas Hernani , c est Judas qu'on le nomme ! Oh ! tâchez de parler pour me dire son nom !
Croisant les bras.
Avez-vous de vos jours vu rien de pareil? non !
. HËHNANl.
Seigneur duc...,
DON RUY GOMEZ toujours aux portraits.
Voyez-vous ? il veut parler, rinfamel Mais , mieux encor que moi , vous lisez dans son âme. Ohl ne récoutez pas! c'est un fourbe! 11 prévoit Que mon bras va sans doute ensanglanter mon toit , Que peut-être mon cœur couve dans ses tempêtes Quelque vengeancç , sœur du festin des Sept Têtes , Il vous dira qu'il est proscrit , il vous dira Qu'on va dire Silva eomme l'on dit Lara , Et puis qu^il est n^on hôte , et puis qu'il est votre hôte. . . — Me's aïeux , mes seigneurs, voyez, est-ce ma faute? Jugez entre nous deux !
iW IIERNANI.
HERNÂNI.
Ruy Gomez de Silva , Si jamais vers le ciel noble front s^éleva , Si jamais cœur fut grande ^i jamais âme haute, C'est la vôtre , seigneur ! c'eist 1» tienne , ô mon hôte ! Moi qui te parle ici, je suis cbùpab;le, et n^ai * Rien à dire, sinon que je suis bien damné. . Oui, j'ai voulu te prendre et t'enlever ta femme, Oui, j'ai voulu souiller ton lit , oui, c'est infâme ! J'ai du saiîg. Tu feras très-bien de le verser , D'essuyer ton épée et de n'y plus penser !
DONA SOL
Seigneur , ce n'est pas.lui! ne frappa cjue moi-même!
HKRNAISI.
Taisez-vous , dona Sol. Car cette heure est suprême ! '
Cette heure m^apparticnt. Je n'ai plus qu elle. Ainsi
Laissez-moi m'expliquer avec le duc ici.
Duc I — crois aux derniers mots de ma bouche , j'en jure ,
Je suis coupable , mais sois tranquille , — elle est pure !
C'est là tout. Moi coupable , elle pure; ta foi
Pour elle , — un coup d^épéè ou de poignard pour moi.
Voilà. — Puis fais jeter le cadavre à la porte
Et laver le plancher, si tu veux, il n'?mporfeI
ACTK lll, SCÈNE V. 121
Ail! nioi seule ai tout fait. Car je Taime.
Don Buy se détoilhicà ce mot en tressaHlant, et fixe sur doit Sol ntrregard terrible.
Elle 8é jette à ses genoux.
Oui, pardon!
Je I aime, monseigneur!
DON RUY GOMEZ
Vous l'aimez !
A Hemani.
Tremble donc !
Bniit de trompeLtes au-dchors. — Entre le page. Au page-
Qu'est ce bruit?
LE PAGE
C'est le roi , monseigneur , en personne , Avec un gros d'archers et son liérault qui sonne.
DONA SOL
Dieu 1 le roi ! dernier coup !
LE PAGE au duc.
11 demande pourquoi La porte est close , et veut qu^on ouvre.
HERNANI
DON RUY GOMEZ
Ouvrez au roi
Le page s'incline et tort.
DONA SOL
11 esl perdu.
Don Ruy Gomez va à l'un des tableanx , qui est son propre portrait et le dernier à gauche , il presse un ressort, le portrait s'ouvre comme une porte , et laisse voir une cachette pratiquée dans le mur. — Il se tourne vers Hemani.
DON RUY GOMEZ
Monsieur , veuez ici.
HERNANI
Ma tête Est à toi. Livre-la , seigneur. Je la tiens prête , Je suis ton prisonnier.
Il entre dans la cachette. Don Ruy presse de nouveau le ressort, tout se referme et
le portrait revient à sa place.
UONA SOL au duc.
Seigneur , pitié pour lui !
LE PAGE entrant.
Son altesse le roi !
Dona Sol baisse précipitamment son voile. — La porte s'ouvre à deux battants. Entre don Carlos , en habit de guerre , suivi d'une foule de gentilshommes également armés . de pertnisaniers , d'arquebusiers,. d'arbalétriers.