‹ DrameChapitre 14 sur 97 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LA REINE, splendidement rêtue, coudhëe shr un lit de repos ; FABIANO FABIANI, assis sur tin pliant à côté ; magnifique costume, la farretière.

FÂBIANI , une guitare à la main , chantant.

Quand tu dors, calme et pure, Dans l'ombre sous mes .yeux , Ton haleine murmure Des mots harmonieux.

Ton beau corps se révèle Sans voile et sans atours.... —

Dormez, ma belle.

Dormez toujours!

Quand tu me dis : Je t'aime!

O ma beauté, je croi...* Je crois que le ciel même S^ouyre au-dessus de moîî Ton regard étincelle Du beau feu des amours....—

Aimez, ma belle.

Aimez toujours !

Vois-tu ? toute la vie Tient dans ces quatre mots.

Tous les biens qu'on enyie, Tous les biens sans les maux l Tout ce qui peut séduire Tout ce qui peut charmer... • —

Chanter et rire ,

Dormir, aimer !

Il pose la guitarei à terre.

Oh !.je vous aime plus que je ne peux dire, ma* dame ! mais ce Simon Renard! ce Simon Renard^ plus puissant que vous-même ici ! je le hais.

LA REINE

Vous savez bien que je n'y puis rien , mylord. Il est ici le légat du prince d'Espagne, mon futur mari.

Votre futur mari !

ÂUoBs, mylord, ne parlons plus de cela. Je vous aime, que vous faut-il de plus? Et puis, voici qu'il est temps de vous en aller.

FABIANL

Marie , encore un instant !

LA REINE

Mais c'est l'heure où le conseil étroit va s'assembler. Il n'y a eu ici jusqu'à cette heure que la femme , il faut laisser entrer la reine.

FABIANK

Je veux, moi, que la femme fasse attendre la reine à la porte.

88 MARIE TUOOR.

LA ftfilNï;.

YouB voulez, vous! vous voulez, vous! Regardes^-^ioi, mylord. Tu as une jeune et charmante tête, Fabîano!

FÂBtÀNK

C'est vous qui êtes belle , madame ! Vous n'auriez besoin que de votre beauté pour être toutepuissante. Il y a sur votre tète quelque chose qui dit que vous êtes la reiniô, itiaiè (cela est encbre btèn mîêUx éctît sur votre frotit que sur tbtre ttyn^ ronne.

LA REINE

Veus me flattez !

FABIAM,

Je t'aime.

LA REINE. '

Tu m'aimes , n'est-ce pas ? Tu n'aimes que iùoi^

Redis-le-moi encore comme cela , avec ces yeux-

là. Hélas ! nous autres pauvres femmes , nous ne sàvbtis jamais au juste ce qui se passée dans Iç co^ur d'un homme; nous sommes obligées d'en croire

JOUMÉfi il , SCÈNE I. M

VOS yeux , et les plus beaux, Fablano , f|ODt quel'-* quefoift les plus menteurs. Mais dans les tienp, my^ lord, il y a tant déloyauté, tant de candeur, tant debjjipne foi, qu'ils ne peuvent mentir ceux-là, n'est-^ce pas? Oui, ton regard est naif et sincère, nsion beau page. Oh ! prendre des yeux célestes pour tromper, ce seraijt infernal. Ou tes yeux sont les yeux d'un ange, ou ils sont ceux d'un démon.

FABIAm.

Ni démon, ni ange. Un homme qui vous aime.

LA REINE

Qui aime la reine?

Qui aime Marie.

LA REINE

Écoute, Fabiano, je t'aime aussi, moi. Tu es jeune , il y abeaucôup de belles femmes qui te regardent fort doucement, je. le sais. Enfin , on se lasse d'une reine comme d'une autre. Ne m'interromps pas. Si jamais tu deyiens amoureux d'une autre femme , je veux que tu me le dises. Je te par-

donnerai peut-être si tu me le dis. Ne m'interromps donc pas. Tu ne sais pas à quel point je t'aime^ je ne le sais pas moi-même ! Il y a des moments, cela est vrai 9 où je t'aimerais mieux mort qu'he^j^èux ayec une autre ; mais il y a aussi des moments ojk je t'aimerais mieux hem^iixi Mon Dieu ! je ne sais pas pourquoi on cherche à me faire la réputation d'une méchante femme.

FABIANI

Je né puis être heureux qu'avec toi, Marie* Je n'aime que toi.

LA REINE

Bien sûr? règarde-moi. Bien sûr? Oh! je suis jalouse par instants ! je me figure, — quelle est la* femme qui n'a pas de ces idées^là? — je me Stgure quelquefois que tu me trompes. Je voudrais être invisible, et pouvoir te suivre, et toujours savoir ce que tu fais , ce que tu dis , où tu es. Il y a dans les contes des fées une bague qui rend invisible; je donnerais ma couronne pour cette bague-lâ. Je m'imagine sans cesse quç tu vas voir lesbelles jeunes femmes qu'il y a dans )a ville. Oh ! il ne faudrait pas me tromper, vois-^tu !

FABlÂIfl.

Mais ôt6z-yous donc ces idées-là de l'esprit, madame L Moi TOUS tromper , ma dame , ma reine , ma bonne maîtresse ! Mais il faudrait que je fusse le plus ingrat et le plus misérable des hommes pour cela ! Mais je ne tous ai donné aucune raison de croire que je fusse le plus ingrat et le plus misérable des hommes ! Mais je t'aime, Marie ! mais je t'adore ! mais je ne pourrais seulement pas regarder une autre femme ! Je t'aime , te dis-je ! mais est-ce que tu ne vois pas cela dans mes yeux? Ohl mon Dieu ! il y a un accent de vérité qui devrait persuader, pourtant. Voyons, regarde-moi bien, est-ce que j'ai l'air d'un homme qui te trahit ? Quand un homme trahit une femme, cela se voit

tout de suite. Les femmes ordinairement ne se

trompent pas à cela. Et quel moment choisi^tu pour me dire des choses pareilles, Marie ? le moment de ,ma vie où je t'aime peut-être le plus l C'est vrai, il me semble que je ne t'ai jamais tant aimée qu'aujourd'hui ! Je ne parle pas ici à la reine'. Pardieu, je me moque bien de la reine. Qu'est-ce qu'elle peut me faire la reine? elle peut me faire couper la tête, qu'est-ce que cela? Toi, Marie, tu peux me briser le cœur ! ce n'est pas votre majesté

MARIE TUIK>R.

que j'aime, c'est toi. C'est ta belle main blanche et douce que je baise et c[ue j'adore, et non votre sceptre, madame!

LÀ REINE

Merci, mon Fabiano. Adieu. — Mon Dieu! my* lord, que tous êtes jeune! le» beaux cheveux no jrs et la charmante tête que voilà ! — Revenez dans une heure.

fABIANL

Ce que" vous appelez une heure, vous, je l'appelle un siècle, moi !

UsorU

Sitôt qu'il est sorti, la Reine se lève préoipitaiiunent, Ta à une porte aasqyée» rouvre et introduit Simoa ReaarcL

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