‹ DrameChapitre 21 sur 97 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ËEs MÉMBS, FABUNI:

LA REINE

Ah! le \oici!...

EUe le remet à parler bas- à simon Renard.

KABI AMI, à part, salué par tout le monde et r^ardant autour de loi.

Qu*est-ce que cela veut dire? îl n'y a que de mes ennemis ici, ce matin. La reine parle bas à. Simon Renard., Diable! elle rit ! mauvais signe T

LA REINE, gradeusement à FablaBi*

Dieu vous garde, mylord !:

FABIANI, saisissant sa main qu'il baise..

Madame. . .

A part.

— Elle m^a souri. Le péril n'est pas pour moF.

LA REINE, toujours gracieuse^

J ai à vous parler.

Elle vient avec lui sur le devant du Ihéùtre^ . FABIANI.

Et moi aus^i j'ai à vous parler, madame. J"ai dea^ reproches à vous faire. M'éloîgner, m exiler pen-. dant si long-temps! Ah ! il n'en serait pas ainsi, si dans les heures d*absence vous songiez à moi comme je songe à vous.

LA REINE

Vous êtes injuste; depuis que vous m'avez quît-^ tée je ne m'occupe que de vous.

FABIANI

Est-il bien vrai ? ai-je tant de bonheur ? répétez^ le-moi.

LA REINE, toujours souriant.

Je vous le jure.

FABIANI

You» m'aimez donc comme je vous aime?

LA REINE

Oui, mylord. — Certainement, je n'ai pensé qu'à vous. Tellement que j'ai songé à tous ménager une surprise agréable à votre retour.

FABIANI

Comnient! quelle surprise?

LA REINE

Une rencontre qui vous fera plaisir.

FABIANL

La rencontre de qui ?

LA REINE

Devinez. — Vous ne devine» pas ?

FABIÀNL

Non, madame.

LA REINE

Tournez-vous.

Il se retourne et apei^oit Jane sur )e seuil de la petite porte

enti^ouYerte.

i2/i MARIE TUDOR.

FABIAm,àpart.

Jane !

JANEr à part

C'est lui !

LA REINE , toujoiifs avec on sourire.

Mylord^ connaissez-YOus cette jeune fîile?

FABIAJNL

Non, madame.

LA HEIHE.

Jeune fille, connaissez-vous mylord ?

JANE

Layérité avant la vie. Oui, madame.

LA REINE

Ainsi, mylord, vous ne connaissez pas cette femme?

FABIANI

Madame ! on veut me perdre. Je suis entouré d'ennemis. Cette femme est liguée avec eux san^

doute. Je ne la connais pas , madame ! je ne sais pas qui elle est, madame !

LA REINE, te leyast et lui frappant le Tûage de aoo ganL

Ah ! tu es un lâche ! — Ah ! tu trahis Tune et tu renies Tautre! Ah! tu ne sais pas qui elle estlYeuxtu que je te le dise, moi? Cette femme est Jane Talbot , fille de Jean Talbot, le bon seigneur catholique mort sur Téchafaud pour ma mère. Cette femme est Jane Talbot, ma cousine ; Jane Talbot, comtesse de Shrewsbury , comtesse de Wexford , comtesse de Waterford , pairesse d'Angleterre ! Voilà ce que c'est que cette femme ! — Lord Paget, vous êtes commissaire du sceau privé , tous tiendrez compte de nos paroles. La reine d'Angleterre reconnaît solennellement la jeune femme ici présente pour Jane, fille et unique héritière du dernier comte de Waterford.

Montrant les papiers.

— Voici les titres et les preuves que vous ferez sceller du grand sceau. C'est notre plaisir.

A Fabianj.

— Oui, comtesse de Waterford l et cela est prouvé ! et tu rendras les biens , misérable ! — Ah ! tu ne connais pas cette femme ! Ah ! tu ne sais pas qui est

1Î6 MARI£ TIJDOR.

cette femme ! eh bien ! je te l'apprends, moi ! c'est Jane Talbot! et faut-il t'en dire plus encore?...

Le re^rdant en face, à voix basse, entre les dents.

— Lâche! c'est ta maltresse!

FABIANI

Madame...

Voilà ce qu'elle est ; maintenant voici ce que tu es , toi. — Tu es un homme sans âme , un homme sans cœur ^ un homme sajis esprit ! tu es un fourbe et un misérable! tues.... — Pardîeu, messieurs , vous n'avez pas besoin de vous éloigner. Cela m'est bien égal que vous entendiez ce que je vais dire à cet homme ! je ne baisse pas Ja voix , il me semble. — Fabiano 1 tu es un misérable , un traître envers moi , un lâche envers elle , un valet menteur , le plus vil des hommes, le dernier des hommes ! cela est pourtant vrai , je t'ai fait comte de €lanbrassil, baron de Dinasmonddy, quoi encore? baron de Darmouth enDevonshire. Eh bien ! c'est que j'étais folle! Je vous demande pardon de vous avoir fait coudoyer par cet homme-là, mylords. Toi, chevalier 1 toi, gentilhomme I toi, seigneur! m^is com-

pare-toi doue un peu à ceux qui sont cela , misérable ! mais regarde, en voîlS autour de toi, des gentilshommes ! voilà Bridges , baron Chandos. Voilà Seymour, duc de Somerset. Voilà les Stanley, qui sont comtes de Derby depuis Tan quatorze-cent quatre-vingt-cinq! Voilà les Clinton , qui sont barons Clinton depuis douze-cent quatre-ving-dixhuit! Est-ce que tu t'imagines que tu ressembles à ces gens-là, toi ! tu te dis allié à la famille espagnole de Peîialver, mais ce n'est pas vrai, tu n'es qu'un mauvais italien, rien! moins que rien! fils d'un chausselier ^\x village de Larino ! — Oui, messieurs, fils d'un cbaussetier ! Je le savais et je ne le disais pas et je le cachais, et je faisais semblant de croire cet homme quand il parlait de sa noblesse. Car voilà comme nous sommes, nous autres femmes. mon Dieu ! je voudrais qu'il y eût desfemmes ici, ce serait uneleçon pour toutes. Ce misérable ! ce misérable ! il trompe une femme, et renie l'autre! infâme ! certainement, tu es bien infâme! comment! depuis que je parle il n'est pas encore à genoux ! à genoux, Fabiani! mylords, mettez cet homme de force à genoux !

Votre* majesté...

LA «EINE

Ce misérable , que j ai comblé de bienfaits ! ce laquais napolitain, que j'ai fait chevalier doré et comte libre d'Angleterre! Ah! je devais m'attendre à ce qui arrive ! on m*avait bien dit que cela finirait ainsi. Mais je suis toujours comme cela^ je m'obstine , et je vois ensuite que j'ai eu tort. C'est ma faute. Italien , cela veut dire fourbe ! Napolitain, cela veut dire lâche! toutes les fois que mon père s'est servi d'un italien, il s'en est repenti. Ce Fabiani ! tu vois, lady Jane, à quel homme tu

t'es livrée, malheureuse enfant!— Je te vengerai, va ! — Oh! je devais le savoir d'avance, on ne peut tirer autre chose de la poche d'un italien qu'un stylet, et de l'ame d'un italien que la trahison l

FABIANI

Madame, je vous jure. . .

LA REINE

Il va se parjurer à présent ! il sera vil jusqu'à la fin ; il nous fera rougir jusqu'au bout devant ces hommes, nous autres faibles femmes qui l'avons aimé ! il ne relèvera seulement pas la tête t

Si, madame ! je la relèverai. Je suis perdu, je le vois bien. Ma mort et décidée. Vous emploierez tous les moyens, le poig&ard, le poison...

LA BEINE» lui prenant les mains, et Tattirant vivement sur le devant

du théâtre.

— Le poison ! Le poignard ! que dis-tu là, Italien? la vengeance traître , la vengeance honteuse , la vengeance par-derrière, lavengeatice comme dans ton pays! Non, signer Fabiani, ni poignard, ni poison. Est-ce <ïue j'ai à me cacher, riioi, à chercher le coin des rues la nuit, et à me faire petite quand je me venge? non pardieu, je veux le grand jour, entends*-tu, mylord? le plein midi, le beau soleil, la place publique, la hache et le billot, la foule dans la rue , la foule aux fenêtres , la foule sur les toits, cent mille témoins! je veux qu'on ait peur, entends-tu, mylord ? qu'on ti»ouve cela splendide , effroyable et magnifique , et qu'on dise : c'est une femme qui a été* outragée, mais c'est une reine qui se venge ! Ce favori si envié, ce beau jeune homme insolent que j'ai couvert de velours et de satin , je veux le voir plié en deux , effaré et tremblant , à genoux sur un drap noir.

pieds nus, mains liées, hué par le peuple, manié par le bourreau. Ce cou blanc où j'avais mis un collier d'or, j'y veux mettre une corde. J'ai vu quel effet ce Fabiarii faisait sur un trône, je veux voir quoi effet il fera suf un échafaud !

' FABIANI

Madame. . .

Plus un mot. Ah ! plus un mot. Tu es bien véritablement perdu, vois-tu. Tu monteras sur Técha^ faud comme SuffolketNorthumberland. C'est une fête comme une autre que je donnerai à ma bonne ville de Londres ! Tu sais comme elle te hait, ma bonne ville ! Pardîeu, c'est une belle chose quand on a besoin de se venger d'être Marie, dame et reine d'Angleterre , fille de Henri VIII, et maltresse des cpiatre mers ! Et quand tu seras sur l'échafaud, Fabiani, tu pourras, à ton gré, faire une longue harangue au peuple comme Northumberland, ou une longue prière à Dieu comme Suffolk pour donner à la grâce le temps de venir; le ciel m'est témoin que tu es un traître et que la grâce ne viendra pas ! Ce misérable fourbe qui me parlait d'amour et me disait tu ce matin ! — Hé mon Dieu, messieurs, cela paraît vous étonner

que je parle ainsi deyant tous; mais, je tous le répète, que m'importe ? <

À lord Somerset

— Mylord duc, vous êtes constable de la Tour , demandez son épée à cet homme.. ^

FABIANI

La voici ; mais je proteste. En admettant qu'il soit prouvé que j'ai trompé ou séduit une femme. . .

LA REINE

Ëh ! que m'importe que tu aies séduit une femme! est-ce que je m'occupe de cela? ces messieurs sont témoins que cela m'est bien égal !

FABIANI

Séduire une femme, ce n'est pas un crime capital, madame. Votre majesté n'a pu faire condamner Trogmorton sur une accusation pareille.

Il nous brave maintenant, je crois ! le ver devient serpent. Et qui te dit que c'est de cela qu'on t'accuse?

FABIANL

Alors de quoi m'accuse-t-on? je ne suis pas an-

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glais, moi, je ne suis pas sujet de votre majesté. Je suis sujet du roi de Naples et vassal du saintpère. Je sommerai son légat, Téminentissime cardinal Polus, de me réclamer. Je me défendrai , madame. Je suis étranger. Je ne puis être mis en cause que si j'ai commis un crime, un vrai crime.

— Quel est mon crime?

LA REINE

Tu demandes quel est ton crime ?

FABIANI

Oui, madame.

LA REINE

Vous entendez tous' la question qui m est faite, mylords, vous allez entendre la réponse. Faites attention , et prenez garde à vous tous tant que vous êtes, car vous allez voir que je n'ai qu'à frapper du pied pour faire sortir de terre un échafaud.

— Chandos ! Ghandos ! ouvrez cette porte à deux battants ! toute la cour ! tout le monde ! faites entrer tout le monde.

La porte dufoods^ouvre. Entre toute la pour.

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