ACTE III, SCÈ^E IV
Laisse donc, Francesca, crois-moi, cela vaut mieux, Celte nuit de plaisir suivre son cours joyeux. Sans plus t'inquiéter si, parmi cette foule, Fleuve capricieux qui sous nos yeux s'écoule, Battu des passions, il est un flot obscur Qui du ciel a cessé de rétléchir l'azur. FRANCESCA, à part.
Elle est ici !
Messieurs, excusez, je vous prie.
LE PODESTAT, entrant.
Bonjour, maître!
FASIO.
Salut à votre seigneurie, .le lui reprocherai de venir un peu tard.
LE PODESTAT
C'est vrai, ma seigneurie est d'une heure en relard.
FASIO.
C'est ce dont je me plains.
LE PODESTAT
Ah! je n'ai pu mieux faire.
Le duc m'a retenu pour une sotte affaire. Il paraît qu'à propos de ce vieux Grimaldi... On s'inquièle...
FASIO.
Vrai?... Serait-ce trop hardi Que de vous demander d'où vient l'inquiétude?
LE PODESTAT
Voilà... Depuis longtemps il avait l'habitude D'aller tous les matins chez un de ses amis.
FASIO.
Je ne lui connaissais, moi, que des ennemis.
L ALCHIMISTE
Eh bien! voilà huit jours que notre vieil avar.' Chez l'autre n'a paru.
FASIO.
Tiens ! la chose est bizarre !
LE PODESTAT
Si bien que tu comprends, cher ami, que le duc, Sachant que le bonhomme était vieux et caduc, A peur qu'en sa maison, qu'il habitait sans suite, Il ne soit dans un coin mort d'une mort subite !... Voilà le seul motif de mon retard, d'honneur. Eh bien! suis-je excusé?...
FASIO.
Vous l'êtes, monseigneur.
{Lélio et la Maddelena entrent masqués.)
LE PODESTAT
Mais sais-tu que vraiment cette fêle est divine?
{Regardant Lélio et la Maddelena.) Quel est ce Raphaël avec sa Fornarine?
FASIO.
Je n'en sais rien.
LE PODESTAT
Vraiment?
FASIO.
Non.
LE PODESTAT
Est-ce Aurélio, Le conseiller du duc?... Eh mais, c'est Lélio.
LÉLIO, ati Podestat, en lui tendant la main. Pardieu ! vous me tirez d'un embarras extrême ! Qui diable irait chercher un magistrat suprême Sous l'habit d'un sorcier, lorsque c'est son état De les brûler?