ACTE r, SCÈNE III
d'existence, calculant pour tous deux un même avenir... Quinze jours d'absence, disait-il, et une réunion éternelle... et en partant il pressait ma main sur son cœur... Vois comme il bat, disait-il; eh bien! c'est de joie, c'est d'espérance. Il part, et trois ans, minute par minute, jour par jour, s'écoulent lentement séparés... Il est là près de moi... comme il y était alors... c'est bien lui... c'est bien moi... rien n'est changé en apparence, seulement son cœur bat à peine, et notre amour est un crime, Antony !... ( Elle laisse tomber sa tête entre ses mains : Antony rouvre les yeux, voit une femme, la regarde fixement, et rassemble ses idées. )
ANTON V
Adèle!...
ADÈLE, laissant tomber ses mains.
Ah!
ANTONY
Adèle.
(// fait un mouvement pour se lever.)
ABÈLE.
Oh ! restez, restez... vous êtes blessé, et le moindre mouvement, la moindre tentative...
ANTONY
Ah ! oui, je le sens : en revenant à moi, en vous retrouvant près de moi, j'ai cru vous avoir quittée hier, et vous revoir aujourd'îmi. Qu'ai je donc fait des trois ans qui se sont passés? trois ans, et pas un souvenir !
28 A!\TonY.
ADÈLE
Oh ! ne parlez pas.
AKTONY.
Je me rappelle maintenant, je vous ai revue pâle, eflFrayée... J'ai entendu vos cris, une voiture, des chevaux... je me sais jeté au-devant... Puis tout a disparu dans un nuage de sang, et j'ai espéré être tué...
ADÈLE
Vous n'êtes que peu dangereusement blessé , monsieur, et bientôt, j'espère...
ANTONY
Monsieur... Oh! malheur à moi, car ma mémoire revient... monsieur... eh bien, moi aussi, je dirai madame ; je désapprendrai le nom d'Adèle pour celui de d'Hervey... madame d'Hervey, et que le malheur d'une vie tout entière soit dans ces deux mots...
ADÈLE
Vous avez besoin de soins, Antony , et je vais appeler.
ANTOÎSY.
Antony, c'est mon nom à moi... toujours le même... Mille souvenirs de bonheur sont dans ce nom... Mais madame d'Hervey!...
ADÈLE
Antony...
ATÏTONY.
Oh ! redis mon nom ainsi, encore... etj'oublierai tout... Oh ! ne t'éloigne pas, mon Dieu !... reviens,