ACTE I, SCÈNE II
DON JCAN.
Ou'cn veux-lu faire ?
VITTORIA
Que t'importe ?
DON JEAN
Prends, ma jalouse.
( Viltoria prend le poignard à la ceinture de don Juan et le passe à la sienne. )
CAROLINA
Si tu fais de tels cadeaux à la femme que lu n'aimes plus, que donneras-tu à celle que tu coiiimences à aimer?
Je lui donnerai (.9e couchant à ses pieds.) une fois ce qu'elle me montrera du doigt, deux fois ce qu'elle me demandera des yeux, et trois fois ce qu'elle exigera des lèvres.
CAROLINA
Tu es magnifique, seigneur don Juan, mais je serai encore plus généreuse que toi... — {L'embrassant au front. ) Je ne veux pas que tu me donnes, je veux que tu me rendes.
Si j'étais roi, voilà un baiser qui me coûterait une province.
CAROLINA
Mais comme tu n'es que comte, je me contenterai d'un château. Combien en as-tu?
DON MANOEL
11 n'en sait pas le nombre.
14 DON JCAN DE 3IAR\t\.
BOy JUAN.
Oui, seulement ils sont à moi comme les Espagnes sont à l'infant.
CAROLI>'A
C'est égal, je te prête dessus ce que tu voudras. — {Lui effeuillant son bouquet de roses sur la tête.) L'infant deviendra roi.
DON JCAN, l'embrassant.
C'est chose dite, j'emprunte.
CHRISTOVAl.
Tu oublies que la moitié des biens que tu engages appartient à don Josès.
DON Ji'AN, négligemment.
Qu'est-ce que don Josès?
DON MANOEL
Mais ton frère aîné, ce me semble.
DON JLAN.
Eh bien ! si j'ai un conseil d'ami à lui donner, à ce frère, c'est de trouver un juif qui lui achète son droit d'ahiesse pour un plat de lentilles; le juif sera volé,
JCAN A.
Mais il est donc décidé à vivre toujours, le vieux comte?
Tiens, ne m'en parle pas, Juana : tu as peut-être entendu conter qu'il y a un Père Eternel au ciel?
JCANA.
Je crois qu'on m'a dit quelque chose comme cela quand j'étais enfant.