ACTE I, SCÈSE V
tandis que le mauvais Jnge s'enfonce dans la terre, en riant; lorsque tous deux sont disparus , don Juan reparaît, pâle , soulevant la tapisserie d'une main et tenant le parchemin de l'autre. ) H élait temps! la signature manque seule, car ils avaient eu la précaution d'appliquer le sceau d'avance. Personne n'a vu entrer le vieillard... — ( Allant à une fenêtre qui domine un précipice.) Personne ne l'a vu sortir; mon père s'est évanoui... et quand il reviendra à lui, il prendra tout cela pour quelque songe de la flèvre... pour quelque vision iiifernale! Allons. — { Mettant le
parchemin dans sa poitrine.) Je suis toujours don Juan, seigneur de Marana, fils àiné du comte! — ( // cherche à s'appuyer contre le piédestal, et s'aperçoit que le groupe du bon et du mauvais Ange n'est plus là.) Ah!... disparu! Cette vieille tradition de la famille serait -elle vraie? Le mauvais ange des Marana derait reprendre, disait-on, sa liberté, lorsqu'un crime serait commis par un Marana. Eh bien! le crime est commis, le mauvais ange est libre. — ( Croisant les bras et regardant le ciel. ) Après !
LE COMTE, appelant dans la chambre à côté. Don Juan !...
J'attendais une réponse du ciel et la voilà qui me vient de la tombe : c'est la voix de mon père. Pourquoi cette voix me fait-elle tressaillir jusqu'au fond des entrailles? pourquoi me sens-je malgré moi tout
-.s DON JfAN DE BIARA^A.
prêt à lui obéir? ah! ah! ah! c'est qu'on m'a dit quand j'étais enfant : Cet homme est ton père, et tu dois obéir à ton père. — [Il s'approche comme malgré /?/i.) Préjugés de l'enfance, qui s'enracinent au cœur de l'homme!... chaînes qui sortent de la bouche des nourrices, et qui garrottent les générations aux générations, ceux qui s'élèvent à ceux qui tombent, la vie à la mort!... Pourquoi le dernier cri du prêtre m'a-t-il moins ému que cette voix? Don Juan, don Juan! Poitrine de lion où bat un cœur de femme... obéis!