ACTE n, SCÈ!1E I
aimait! Je le retrouve partout au milieu du
monde... Je le vois là, triste, pâle, regardant le bal. Je fuis cette vision, et j'entends à mon oreille une voix qui bourdonne... c'est la sienne. Je rentre, et, jusqu'auprès du berceau de ma fille
mon cœur bondit et se serre... et je tremble de me retourner et de le voir... Cependant, oui, en face de Dieu, je n'ai à nie reprocher que ce souvenir... Eh bien ! il y a quelques jours encore, voilà ce qu'était ma vie... je le redoutais absent : maintenant qu'il est là, que ce ne sera plus une vision, que ce sera bien lui que je verrai.., que ce sera sa voix que j'entendrai... oh ! Clara, sauve-moi; dans les bras, il n'osera pas me prendre... S'il est permis à notre mauvais ange de se rendre visible, Antony est le mien.
CLARA
Ecoute, et toutes tes craintes cesseront bientôt. Il quitte Paris; seulement, je te le répète , il veut te revoir auparavant, te confier un secret duquel dépend son repos, son honneur... puis il s'éloignera pour toujours... il l'a juré sur sa parole...
ADÈLE
Eh bien ! non ! non ! ce n'est pas lui qui doit partir, c'est moi... Ma place, à moi. est près de mon mari... c'est lui qui est mon défenseur et mon maitre... il me protégera, même contre moi ; j'irai me jeter à ses pieds, dans ses bras... Je lui dirai: Un homme m'a aimée avant que je fusse à toi... Il me poursuit... je ne m'appartiens plus, je suis ton
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bien ; je ne suis qu'une femme ; peut-être seule n'aurais-jepaseude force contre la séduction... me voilà, ami, défends-moi ! défends-moi !
CLARA
Adèle, réQéchis. Que dira ton mari? comprendra-t-il ces craintes exagérées? Que risques-tu de rester encore quelque temps?.,. Eh bien! alors...
ADÈLE
Et si alors le courage de partir me manque ; si, quand j'appellerai la force à mon aide, je ne trouve plus dans mon cœur que de l'amour... la passion et ses sophismes éteindront un reste de raison, et puis... Oh ! non, ma résolution est prise... c'est la seule qui puisse me sauver... Clara, prépare tout pour ce départ.
Eh bien! alors laisse-moi t'accompagner, je ne veux pas que tu partes seule.
ADÈLE
Non, non, je te laisse ma fllle; la route estlongue et fatigante : je ne dois pas exposer cette enfant; reste près d'elle. Il est neuf heures et demie... qu'à onze ma voiture soit prèle : surtout le plus grand secret... Oui, je le recevrai... maintenant je ne le crains plus... Ma sœur, mon amie, je me confie à loi ; tu auras aidé à me sauver... Oh! dis-moi donc que j'ai raison.
CLARA
Je ferai ce que tu voudras.