ACTE II, SCÈ!VE V. C
DON JCAS.
Et quand je les aurai remportés, croyez-vous qu'ils seront moins dangereux absents que présents? Non, vous les chercherez des yeux; non, vous porterez la main à votre front et à votre cou, croyant les y trouver ; non, vous les reverrez dans tous vous rêves. Vous vous êtes assise sous l'arbre de l'orgueil, Térésina, vous vous êtes endormie sous son ombre : c'est celle du manceniilier.
TÉRÉSINA, mettant ses mains sur ses oreilles.
Taisez- vous , taisez-vous! vos paroles vibrent dans ma poitrine , comme si elles étaient celles du mauvais esprit...
DON JCAN , jouant avec le collier et le faisant étinceler à ses yeux.
Vous ne les avez portés qu'un instant ; eh bien ! avouez, n'est-ce pas qu'ils ont bouleversé tout votre être? n'est-ce pas qu'ils vous ont, comme une parole magique , ouvert la porte de ces jardins enchantés, aux fleurs d'émeraude et aux fruits d'or?... n'est-ce pas que vous avez entrevu Madrid, la ville royale, avec ses sérénades, ses fêtes, ses bals, ses spectacles , ses courses au Prado?...
TÉRÉSINA
Oh! ce fut un instant de folie enivrante, monseigneur , laissez - moi l'oublier : silence ! silence !
DON JCAN.
Vous étiez la plus belle de ses femmes , et toutes les femmes étaient jalouses.
64 DON JUAIV CE MARAIV/V.
TÉRÉSIISA.
Songe, songe... que tout cela.
Réalité, réalité... Aime-moi seulement , Térésina , et je te bâtis , sur le mot je t'aime , un palais à rendre une fée jalouse.
TÉRÉSINA
Don Juan , je vous demande grâce ! Laissez-moi , laissez-moi...
Térésina , je vous aime , je vous aime, comme jamais je n'aimai aucune femme , comme jamais vous ne fûtes aimée d'aucun homme. Térésina, je suis riche et puissant... je peux faire de vous quelque chose de pareil à une reine... Térésina, vous aurez chaque jour de la semaine une parure différente de celle-ci; vous aurez des valets, des pages,
des vassaux, des carrosses armoriés Térésina,
je vous ferai heureuse, faites-moi heureux!...
TÉRÉSINA , tombant à genoux.
Mon Dieu ! ayez pitié de moi; envoyez quelqu'un de vos anges à mon secours, ou sans cela, oh! mon Dieu! je le sens , je ne pourrai pas supporter cette lutte. {Do7i Juan la relève et la tient renversée dans ses bras , fixant ses yeux sur les siens, approchant peu à peu sa bouche du front de Térésina, et enfin y posant ses lèvres. Térésina presque évanotiie. ) Ah !...