‹ DramesChapitre 24 sur 308 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les précédents; LA VICOMTESSE, OLIVIER.

LA VICOMTESSE

IJonjour, chèreamie... j'apprends par M. Olivier qu'à compter d'aujourd'hui vous recevez.^ et j'accours... Mais savez-vous que j'en frémis encore... vous avez couru un véritable danger...

ADÈIE.

Oh ! oui, et sans le courage de M. Antony...

LA VICOMTESSE

Ah ! voilà votre sauveur... Vous vous rappelez, monsieur, que nous sommes d'anciennes connaissances... J'ai eu le plaisir de vous voir chez Adèle avant son mariage; ainsi, à ce double titre, recevez l'expression de ma reconnaissance bien sincère. — (Elle tend la main à Atitony. ) Voyez donc, docleur, monsieur est tout à fait bien, un peu pâle encore; mais le mouvement du pouls est bon. Savezvous que vous avez fait là une cure dont je suis presque jalouse ?

ADÈLE

Aussi monsieur me faisait-il sa visite d'adieu.

LA VICOMTESSE

Vous continuez vos voyages?

AHTOÎiY.

Oui, madame.

LA VICOMTESSE

Kl OÙ allez-vous?...

AÎSTO>Y.

Oh! je n'en sais encore rien nioi-mcnie... Dieu nie garde d'avoir une idée arrêtée ! J'aime trop, quand cela m'est possible, charger le hasard du soin de penser pour moi; une futilité me décide, un caprice me conduit, et pourvu que je change de lieu, que je voie de nouveaux visages, que la rapidité de ma course me débarrasse de la fatigue d'aimer ou de haïr, qu'aucun cœur ne se réjouisse quand j'arrive, qu'aucun lien ne se brise quand je pars, il est probable que j'arriverai comme les autres, après un certain nombre de pas, au terme d'un voyage dont j'ignore le but, sans avoir deviné si la vie est une plaisanterie bouffonne ou une création sublime...

OLIVIER

Mais que dit votre famille de ces courses continuelles?

ANTONY

Ma famille... Ah! c'est vrai... elle s'y est habituée. — (^ Adèle.) N'est-ce pas, madame? vous qui connaissez ma famille...

LA VICOMTESSE, il lleVli VOIX.

Mais vraiment, Adèle j'espère bien que. ce

n'est pas vous qui exigez qu'il parte; les traitements pathologiques laissent toujours une grande faiblesse, et ce serait l'exposer beaucoup. Oh ! c'est qu'il m'est revenu des choses prodigieuses... on m'a dit que vous n'aviez pas voulu le recevoir

pcrulaiit toul le temps de sa convalescence, parce qu'il vous avait aimée autrefois.

ADÈLE

Oh! silence.

LA VICOMTESSE

Ne craignez rien, ils sont à cent lieues de la conversation, ils parlent littérature : moi je déteste la littérature.

ADÈLE , essayant de parler avec gaieté.

Mais que je vous gronde aussi... je vous ai vue passer aujourd'hui sous mes fenêtres, et vous n'êtes pas entrée.

LA VICOMTESSE

J'étais trop pressée; en ma qualité de dame de charité, j'allais visiter l'hospice des Enfants-Trouvés... Oh ! mais au fait . j'aurais du vous prendre; cela vous aurait distraite un instant...

A?ÎTO:^T.

Et moi j'aurais demandé la permission de vous accompagner; j'aurais été bien aise d'étudier l'effet que produit sur des étrangers la vue de ces malheureux.

LA VICOMTESSE

Oh! cela fait bien peine!... mais ensuite on a le plus grand soin d'eux; ils sont traités comme d'autres enfants....

A?iTONY.

Oh ! c'est bien généreux à ceux qui en prennent soin.

Comment y a-t-il des mères qui peuvent...

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