ACTE V, SCÈSE I
La mère de toute clémence, Qui ne peut oublier que tu fus notre sœur, Voyant ton esprit en démence Perdu dans la nuit de l'erreur,
Pour toi craint un trépas funeste, Et m'envoie à ton lit, messager consolant. Afin que mon souffle céleste Rafraîchisse ton front brûlant.
Et dans cette heure qui délivre, Son pouvoir, impuissant à le mieux secourir, A défaut de force pour vivre, Te rend la raison pour mourir.
Afin que ton âme choisisse, Libre comme l'esprit doit l'être au dernier jour, Ou des rigueurs de la justice.
Ou bien des trésors de l'amour.
{L'ange referme les rideaux et disparaît derrière eux.)
MARTHE , se réveillant.
Merci, bel ange, merci ! Oh ! Ion souffle m'a enlevé du front un cercle de feu... Où es-tu, que je t'adore?... Rien, rien... Allons, c'était une dernière vision de ma folie , un dernier fantôme de ma fièvre.
VRSILE.
Eh bien ! ma sœur ?
MARTHE
C'est vous, Ursule...
]66 DON JCA> DE MARAIVA.
CRSCLE.
Vous me reconnaissez?
MARTHE
Oui , j'ai eu le délire , n'est-ce pas ?
URSULE
Et vous vous êtes sauvée; vous avez quitté le couvent , vous avez erré par les plaines et par les montagnes, exposée à la chaleur du jour, au vent glacé de la nuit... Vous ne nous donnerez plus de semblables inquiétudes, n'est-ce pas?
Non , car je ne suis plus folle...
URSULE
Quel bonheur pour notre sainte communauté à qui je vais annoncer cette bonne nouvelle !
MARTHE
Ne vous pressez pas trop , ma sœur , car Dieu m'a rendue à la raison et non à la vie , il m'a repris ma folie, et non mon amour...
URSULE
Que dites-vous?
MARTHE
Rien...
URSULE
Vous avez un secret qui vous pèse, ma sœur... le révérend prieur des trappistes attendait là que vous eussiez repris votre raison...
MARTHE
Le révérend prieur des trappistes?