‹ DramesChapitre 256 sur 308 · DON JUAN, MARTHE · texte numérisé non relu

DON JUAN, MARTHE

Allons, la chose est en bon train, me voilà dans le bercail... et Hussein m'attend au bas de cette fenêtre... — (S'approchant du lit.) Diable! il me semble que la pénitente de dom Sanchez n'est point malade de vieillesse... Ma sœur... elle ne me répond pas, ma sœur... évanouie, sans doute... — (Lui touchant la main.) Glacée, morte... Pauvre enfant, si jeune, morte dans un cioitre,sans avoir goûté la vie, sans avoir connu l'amour!... Trésor enfoui, diamant perdu!., pourquoi net'ai-je pas rencontrée joyeuse et florissante au milieu du monde, au lieu de te trouver pâle et froide sur ton lit mortuaire?... je t'aurais aimée, car tu devais être jolie : de si beaux cheveux ne peuvent cacher qu'un beau visage... — (Écartant les cheveux.) Mon Dieu! oh! non... ce n'est pas possible... ce sont ses traits, c'est elle... c'est Marthe!... Marthe, froide... inanimée, morte!... Ah! don Juan!... quel mauvais esprit as-tu donc irrité, que depuis quelques jours rien ne le réussisse et que tout aille au pire? à qui t'a- (Iresser, maintenant que les péchés t'ont brouillé avec Dieu, cl les remords avec Satan ?... Oh! il y a cependant eu pour moi un temps de bonheur où mes désirs s'accomplissaient avant d'être formés,

OÙ ma volonté avait la baguette d'une fée, où un palais enchanté se fût élevé sur ma route pour me donner riiospitalité pendant une nuit!... Ai-jedonc perdu sans le savoir quelque amulette précieux , quelque talisraam souverain? ou plutôt n'est-ce pas que depuis que mon père a recormu don Josès, il y a une malédiction sur moi?... Autrefois, t'eussé-je perdue vivante, et t'eussé-je retrouvée morte, prête pour la tombe, je crois que je n'aurais eu qu'à dire : Je veux qu'elle vive, et l'âme, à moitié chemin du ciel, serait redescendue sur la terre... 3Iarîhe! îlarthe!... ma bien-aimée !... — (// se penche sur elle, et reculant fout à coup.) Ah! il m'a semblé sentir un mouvement... Elle se lève... — (La regardant se lever et s'asseoir sur son lit.) Marthe!...— (Saisissant Tive)nent sa main.) Toujours froide, toujours morte... Marthe, parle-moi, je t'en supplie, ou je ne pourrai pas croire que tu vis ! Oh ! un mot, une parole!

MARTHE, lentement.

lîon Juan.

Ah ! ma fortune ne m'a pas abandonné, je suis toujours moi, je suis toujours l'heureux cl le puissant ! 0 Marthe! celte fois tu es à moi, et ni l'enfer ni le ciel ne t'arracheront plus de mes mains. — (Courant à la fenêtre et l'ouvrant.) Hussein . Hussein !

HlSSEI?r.

Monseigneur!

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