‹ DramesChapitre 281 sur 308 · I.ÉOK · texte numérisé non relu

I.ÉOK

El ce n'est pas encore assez souvent, madame.

MADAME DE VERTPRÉ

Vous avez dû vous apercevoir que vous étiez reçu avec plaisir?

lÉON.

Je l'ai espéré quelquefois, madame.

MADAME DE VERTPRÉ

Le titre auquel vous vous présentiez m'en faisait un devoir ; mais ne vous semble-t-il pas à vousmême que le temps est aujourd'hui venu de parler plus formellement de vos projets?

LÉON

Oh ! madame, je tremble.

MADAME DE VERTPRÉ

Vous ! jeune, possédant un état distingué, d'une famille honorable et riche , vous ne pouvez pas craindre un refus?

LÉON

Oh ! madame, dites-vous ce que vous pensez?

MADAME DE VERTPRÉ

Il y a plus, c'est que je crois dire ce que pense Pauline.

LÉON

11 ne s'agit malheureusement pas de Pauline, madame.

MADAME DE VERTPRÉ

Comment, monsieur!

Ouand je suis venu chez vous et que vous avez

SCÈKE X. 45

!)ion voulu m'y recevoir, je connaissais mademoiselle Pauline et je ne vous connaissais pas; je no croyais pas qu'il pùl exister une femme qui l'emportât sur elle en grâces, en esprit, en beauté. Je vous ai vue, madame, j'ai eu le bonheur de passer deux mois près de vous, et j'ai été détrompé.

MADAME DE VERTPRÉ

Oh! que me dites-vous?

LÉOIV.

C'est vous qui m'y forcez, madame ; mais le premier je n'aurais osé vous parler de mon amour... non, je l'aurais enfermé dans mon cœur, et si vous ne l'aviez pas lu dans mes yeux, deviné dans le tremblement de ma voix, je vous l'aurais laissé ignorer; mais je me serais du moins enivré du plaisir de vous voir, du bonheur de vous entendre : j'aurais.,,

{M, de r^-tpré entr'ouvre la parle pour mieux entendre, et la referme presque aussitôt de crainte d'être aperçu. Ce jeu se répète durant toute la scène.)

MADAME DE VEUTPRÉ.

Taisez-vous, monsieur, taisez-vous.

LÉorj.

Maintenant il est trop tard : cet aveu serait une offense, sans ce que j'ai à vous dire encore. Vous parliez de mon état, de ma famille, de ma fortune; vous les regardiez comme des titre s à l'amour d'une femme, eh bien! nom, état, fortune,' partagez tou!,

madame, je vous le demande à genoux... ah! vous m'avez dit que je ne devais pas craindre un refus.

MADAME DE VERTPRÉ

Mais moi, monsieur, je ne puis...

i.Éo:v.

N'êles-vous pas veuve, n'étes-vous pas libre? Oh! votre main, votre main chérie!

MADAME DE VERTPRÉ

Monsieur, comment ai-je pu mériter que vous oubhiez à ce point...

LÉO?î.

Je n'oubhe pas, madame, je me souviens, au contraire...

MADAME DE VERTPRÉ

Et de quoi"^

LÉON

C'est de la fatuité , peut-être... mais j'avais cru que ces légers services que vous demandiez plutôt à moi qu'à un autre... j'avais espéré que des heures entières passées ensemble s'étaient écoulées pour tous deux avec une rapidité presque égale... quelques mots affectueux...

MADAME DE A^ERIPRÉ.

Oh ! mais, monsieur, ces légers services, ces conversations, ces mots affectueux, tout cela! oh! tout cela s'adressait à l'ami.

Il y a cruauté à une femme de votre âge de choisir des amis du mien. L'ami d'une femme jeune et jolie doit avoir au moins soixante ans.

StÈTJE X. 47

MADAME DE VERTPRÉ

Vous raillez, monsieur ?

LÉoiv, tombant à genoux.

Non, madame, j'implore.

MADAME DE VERTPRÉ

Ah! c'est trop fort, laissez-moi, sortez, sortez!

LÉON

Je ne me retirerai pas que...

MADAME DE VERTPRÉ

Faudra-t-il que je vous cède la place?

LÉON

J'obéis, madame, mais j'espère que plus taixl..,

MADAME DE VERTPRÉ

Jamais!

LÉON

Oh ! madame, jamais!

MADAME DE VERTPRÉ

Encore une fois, laissez-moi, monsieur.

V LÉON

Je me retire. [A part, en sortant.) Le diable m'emporte si j'y comprends quelque chose!

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