I.ÉOK
El ce n'est pas encore assez souvent, madame.
MADAME DE VERTPRÉ
Vous avez dû vous apercevoir que vous étiez reçu avec plaisir?
lÉON.
Je l'ai espéré quelquefois, madame.
MADAME DE VERTPRÉ
Le titre auquel vous vous présentiez m'en faisait un devoir ; mais ne vous semble-t-il pas à vousmême que le temps est aujourd'hui venu de parler plus formellement de vos projets?
LÉON
Oh ! madame, je tremble.
MADAME DE VERTPRÉ
Vous ! jeune, possédant un état distingué, d'une famille honorable et riche , vous ne pouvez pas craindre un refus?
LÉON
Oh ! madame, dites-vous ce que vous pensez?
MADAME DE VERTPRÉ
Il y a plus, c'est que je crois dire ce que pense Pauline.
LÉON
11 ne s'agit malheureusement pas de Pauline, madame.
MADAME DE VERTPRÉ
Comment, monsieur!
Ouand je suis venu chez vous et que vous avez
SCÈKE X. 45
!)ion voulu m'y recevoir, je connaissais mademoiselle Pauline et je ne vous connaissais pas; je no croyais pas qu'il pùl exister une femme qui l'emportât sur elle en grâces, en esprit, en beauté. Je vous ai vue, madame, j'ai eu le bonheur de passer deux mois près de vous, et j'ai été détrompé.
MADAME DE VERTPRÉ
Oh! que me dites-vous?
LÉOIV.
C'est vous qui m'y forcez, madame ; mais le premier je n'aurais osé vous parler de mon amour... non, je l'aurais enfermé dans mon cœur, et si vous ne l'aviez pas lu dans mes yeux, deviné dans le tremblement de ma voix, je vous l'aurais laissé ignorer; mais je me serais du moins enivré du plaisir de vous voir, du bonheur de vous entendre : j'aurais.,,
{M, de r^-tpré entr'ouvre la parle pour mieux entendre, et la referme presque aussitôt de crainte d'être aperçu. Ce jeu se répète durant toute la scène.)
MADAME DE VEUTPRÉ.
Taisez-vous, monsieur, taisez-vous.
LÉorj.
Maintenant il est trop tard : cet aveu serait une offense, sans ce que j'ai à vous dire encore. Vous parliez de mon état, de ma famille, de ma fortune; vous les regardiez comme des titre s à l'amour d'une femme, eh bien! nom, état, fortune,' partagez tou!,
madame, je vous le demande à genoux... ah! vous m'avez dit que je ne devais pas craindre un refus.
MADAME DE VERTPRÉ
Mais moi, monsieur, je ne puis...
i.Éo:v.
N'êles-vous pas veuve, n'étes-vous pas libre? Oh! votre main, votre main chérie!
MADAME DE VERTPRÉ
Monsieur, comment ai-je pu mériter que vous oubhiez à ce point...
LÉO?î.
Je n'oubhe pas, madame, je me souviens, au contraire...
MADAME DE VERTPRÉ
Et de quoi"^
LÉON
C'est de la fatuité , peut-être... mais j'avais cru que ces légers services que vous demandiez plutôt à moi qu'à un autre... j'avais espéré que des heures entières passées ensemble s'étaient écoulées pour tous deux avec une rapidité presque égale... quelques mots affectueux...
MADAME DE A^ERIPRÉ.
Oh ! mais, monsieur, ces légers services, ces conversations, ces mots affectueux, tout cela! oh! tout cela s'adressait à l'ami.
Il y a cruauté à une femme de votre âge de choisir des amis du mien. L'ami d'une femme jeune et jolie doit avoir au moins soixante ans.
StÈTJE X. 47
MADAME DE VERTPRÉ
Vous raillez, monsieur ?
LÉoiv, tombant à genoux.
Non, madame, j'implore.
MADAME DE VERTPRÉ
Ah! c'est trop fort, laissez-moi, sortez, sortez!
LÉON
Je ne me retirerai pas que...
MADAME DE VERTPRÉ
Faudra-t-il que je vous cède la place?
LÉON
J'obéis, madame, mais j'espère que plus taixl..,
MADAME DE VERTPRÉ
Jamais!
LÉON
Oh ! madame, jamais!
MADAME DE VERTPRÉ
Encore une fois, laissez-moi, monsieur.
V LÉON
Je me retire. [A part, en sortant.) Le diable m'emporte si j'y comprends quelque chose!