‹ DramesChapitre 47 sur 308 · ACTE IV, SCÈJiE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈJiE

LA VICOMTESSE, ttvec impatience.

Chez madame Amédée de Vais... il n'y a que les femmes pour avoir ce genre de mémoire... ce devrait être le beau jour, le grand jour de votre existence... Vous rappelez-vous cette dame qui ne nous a pas quittés des yeux?

EUGÈNE

Oui, madame de Camps... cette prude... dont on heurte toujours le pied, et qui, lorsqu'on lui fait des excuses, fait semblant de ne pas comprendre, et répond : Oui, monsieur, pour la première contredanse.

LA VICOMTESSE

A propos, je l'ai vue depuis que vous m'avez quittée , et je me suis disputée avec elle, oh ! mais disputée à m'enrouer.

EUGÈNE

Ah! bon Dieu! et sur quoi donc?

LA VICOMTESSE

Sur la littérature.... Vous savez que je ne parle plus que littérature c'est vraiment à me compromettre... C'est votre faute cependant... Si vous me rendiez en amour ce que je risque pour vous, au moins...

EUGÈNE

Comment? est-ce que je ne vous aimerais pas comme vous voulez être aimée ?

LA VICOMTESSE

Il le demande!... Quand j'ai vu un poëte s'occuper de moi, j'ai été enchantée ; je me suis dit : Oh !

92 ANTONY

je vais trouver une âme ardente, une tête passionnée, des émotions nouvelles et profondes; pas du tout, vous m'avez aimée comme aurait fait un agent de change... Voulez-vous me dire où vous prenez ces scènes de feu qui vous ont fait réussir au théâtre? car, vous avez beau dire, c'est là qu'est le succès de vos pièces, et non dans l'historique, les mœurs, la couleur locale... que sais-je, moi? Oh! je vous en veux mortellement de m'avoir trompée... et de rire encore.

EUGÈ>E.

Écoutez... moi aussi, madame, j'ai cherché partout cet amour délirant dont vous parlez moi

aussi je l'ai demandé à toutes les femmes Dix

fois j'ai été sur le point de l'obtenir d'elles... mais pour les unes je ne faisais pas assez bien le nœud de ma cravate ; pour les autres, je sautais trop en dansant et pas assez en valsant... une dernière allait m'aimer à l'adoration, lorsqu'elle s'est aperçue que je ne dansais pas le galop... bref, il m'a toujours échappé au moment où je croyais être sûr de l'avoir inspiré.... C'est le rêve de l'àme tant qu'elle est jeune et naïve... Tout le monde a fait ce rêve pour le voir s'évanouir lentement ; j'ai commencé ainsi que les autres, et fini comme eux; j'ai accepté de la vie ce quelle donne , et l'ai tenue quitte de ce qu'elle promet; j'ai usé cinq ou six ans à chercher cet amour idéal au milieu de notre société élégante et rieuse, et j'ai terminé ma recherche par le mot impossible.

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