ACTE IV, SCÈNE VII
pardonneront pas, voilà ce qu'à tort ou à raison il faut que la femme expie un jour... Mais que vous importe, si votre conscience vous reste?
ADÈLE
Oui, si la conscience reste.
LA VICOMTESSE
Si en rentrant chez vous, seule avec vous-même, vous pouvez en souriant vous regarder dans votre glace et dire: Calomnie!... Si vos amis continuent à vous voir!
ADÈLE
Par égard pour mon rang, pour ma position sociale.
LA VICOMTESSE
S'ils vous tendent la main, vous embrassent
voyons...
( Elle l'embrasse. )
Par pitié, peut-être... par pitié; et c'est une femme qui, en se jouant, le sourire sur les lèvres, laisse tomber sur une autre femme un mot qui déshonore, l'accompagne d'un regard doux et affectueux pour savoir s'il entrera bien au cœur, et si le sang rejaillira... infamie... Mais je ne lui ai rien fait à cette femme?
LA VICOMTESSE
Adèle !
ADÈLE
Elle va aller répéter cela partout... elle dira que je n'a.' point osé la regarder en face, et qu'elle m'a
112 AMONY.
fait rougir et pleurer Oh! cette fois, elle dira
vrai, car je rougis et je pleure.
LA VICOMTESSE
Oh! mon Dieu! calmez-vous; et moi qui suis obligée de vous quitter.
ADÈIE.
Oui, votre absence attristerait le bal; allez, Marie, allez.
IK VICOMTESSE
J'avais promis à Eugène de danser avec lui la
première contredanse mais avec lui je ne me
gène pas, la seconde commence. J^.coutez, chère Adèle, mon amie, vous ne pouvez entrer maintenant; remettez-vous, et je reviendrai tout à l'heure vous chercher. Puis, après tout, songez que , tout le monde vous abandonnàt-il, il vous restera toujours une bonne amie, un peu folle, mais au cœur franc, qui sait qu'elle vaut cent fois moins que vous, mais qui ne vous en aime que cent fois davantage. Allons, embrassez-moi, essuyez vos beaux yeux gonQés de larmes, et revenez vite faire mourir toutes ces femmes de jalousie.... Au revoir
Je vais veiller à ce qu'on ne vienne pas vous troubler.
( Elle sort, Antoiiy est entré, pendant ces derniers mots de la vicomtesse, 2>(ii' lo porte de côté, et s'est tenu au fond. )