‹ Drames de la vie réelle [microforme]Chapitre 25 sur 34 · GRANDE INONDATION A STE ANNE ET AUXILES DE SOREL, EN · texte numérisé non relu

GRANDE INONDATION A STE ANNE ET AUXILES DE SOREL, EN

Sorel, 21 avril 1896.

Depuis samedi, la surexcitation est grande à Sorel, ainsi qu’à Sainte- Anne et aux îles de Sorel. :

L'eau a dépassé de vingt pouces le niveau atteint lors de la grande inondation de 1865, et, depuis bientôt huit jours, les habitants, de Sainte- Anne et des îles de Sorel, sont exposés aux plus grands dangers.

Hélas ! que disons-nous ?

Les plus grands dangers...... si l'on en excepte les pertes de vie humaines, est-ce que de ces grands dangers, l’on a pu y échapper ?

= Et que de biens meubles, que d'articles de ménage, que d'animaux même ont été perdus!

‘Le chiffre en est incalculable. Quant aux maisons, aux autres bâtiments et constructions, ils ont eubi des dommages considérables :—un grand nombre même ont été démolis.

‘D'abord, dès samedi, le 18 du courant, un certain nombre de personnes de Sorel ont accompagné, jusqu’à Ste-Anne de Sorel, M. J. A. Chênevert, le gérant du Sorelois, et ont été constater, avec lui, l’imminent dan-

er où se trouvaient les cultivateurs du bas de la paroisse de Ste-Anne et

eux des îles du voisinage, qui étaient déjà submergés et dont les habitations semblaient vouées à une destruction aussi certaine que prochaine.

Alors M. Chénevert et ses compagnons de voyage ont cru qu'il serait prudent de venir en aide aux pauvres inondés, et immédiatement on décida d'orgniser un service de sauvetage.

Aussi, de retour à Sorel, M. Chénevert rencontra M. le maire C. O. Paradis, qui téléphona aussitôt au curé de Ste-Anne, M. le chanoine Jean-

motte, et lui dit qu’il était à sa disposition, en sa qualité de maire de Sorel, et que si l'on avait besoin de secours, il s’empresserait, sur avis à cet effet, de réunir ses concitoyens en assemblée, afin de répondre à l'appel fait et d’être le plus utile passible.

M. le curé répondit qu'il n'oublierait pas de crier au sevours si besoin en était.

Hélas ! le bon curé de Ste-Anne était loin de supposer qu’à quelques heures de là, cet appel, il aurait à le faire, et que, malgré le temps, malgré le danger imminent du départ des glaces où saurait y répondre

En effet, dès le soir même, samedi, l'eau ayant atteint une hauteur extraordinaire, on vit qu’il fallait absolument aller au secours des gens du bas de Ste-Anne et des îles, et M. Chênevert, n'ayant pu obtenir de bateaux, vu le danger auquel ils auraient été exposés, crut devoir téléç:raphier à l’honorablé ministre des Travaux Publics, M. J. À, Ouimet, à Ottawa, lui disant dans quel état se trouvaient les cultivateurs de cette. paroisse, ainsi que ceux de îles, et lui demandant de mettre à sa disposii'on

l’un des bateaux de son département, si la chose était possible.

âcles,

lainte-

rrande jainte-

viehuimaux

s bâti- 8 :—un

person- Chêneat dan- Anne et habitachaine.

il serait on déci-

re CO. O.

be Jeane Sorel, et effet, b1 fait et

si besoin

quelques , malgré

hauteur des gens btenir de télégiraet, à Otcette pasposison

VE LA VIE RÉELLE di Le même sir, M. Ohônevert recevait d'Ottawa la dépêche que voici :

“Ottawa, 18 avril 1846.

“{J. À. Chênetert, Sord,

vs Afligé par mauvaises nouvelles de Ste-Anne. M. Howden autorisé

à employer bateaux pour sauver personnes, bestiaux et.autres propriétés. Montrez-lui dépêche.

(Signé), J. AzD. OUIMET.”

Dans le même teinps, M. Howden, surintendant du hâvre, recevait aussi une dépêche d'Ottawa, lui disant de préparer un bateau, et d’aller À Rd secours à tous ceux que l’inondation ou les glaces menaçaient d’un

anger plus ou moins grand, ce qu’il s'empressa de faire.

{1 mit à la disposition de M. Chênevert et de quelques autres citoyens, le John Pratt, et, à 2 heures de l'après-midi, dimanche : ce bateau conduit par M. Howden, prit, à toute vapeur, sa course vers Ste-Anne et les îles.

Il faisait un temps superbe et, n’eût été la hauteur extraordinaire de l'eau, n’eût été aussi le danger dans lequel se trouvaient les habitants de cette partie si belle de notre province, le voyage aurait été aussi agréable qu'un voyage de plaisir.

ais qui aurait pu sourire à la vue de ces maisons à demi recouvertes par le torrent, de ces habitations inondées, de ces atimaux, chevaux, bêtes à pe etc., qu'il était devenu presque impossible de sauver, de secourir

Hélas ! ici, notre plume semble hésiter à continuer. Tant de pertes ont, sois nos yeux, été consommées, tant de familles ont été éprouvées !!

Le John Pratt arriva sur l’île de Grâce, où les habitants étaient le plus éxposés. 11 y avait là de 6 à 10 pieds d’eau, partout sur l’île, et plusieurs familles se trouvaient dans l’impossibilité de se sauver, incapables qu'elles étaient de se procurer dés embarcations. ie

C'est donc avec une joie impossible à décrite que ces pauvres inondés virent arriver ce bateau sauveteur et les gens dévoués qu'il contenait, parmi lesquels on nous 5ermettra de mentionner, outre MM. Howden et Chénevert, MM. Ls Lacouture, M. P. P., Nap. Latraverse, James Hunter, Albert et Réné Beauchemin, John Hayden, l'équipage du Pratt : MM. Nap. Beaudoin, Horm. Houle, J. B. Houde, Art. Dhrétien, La Laforêt, F. X. Joubert, et quelques autres. hs ;

Tous se mirent aussitôt à l'œuvre et l'on s’empressa de sauver les personnes d'abord, les animaux, articles de ménage, grains et provisions énsuite. Et tout ce monde, ces animaux, ces articles étaient à l’eau et menacés d'une ruine certaine. ES

Le premier sauvetage opéré par MM. Chênevert et Hunter fut celui de Mmes Ghilbert Bérard, Louis Lavallée, Louis Letendre, Paul Lavallée et Pierre Lavallée, avec leurs douze enfants en bas âge, dix-sept personnes en tout ; quelques-uns pouvaient encore s’escalader un peu, d'autres, la plupart, ne le pouvaient plus et étaient dans l’eau.

Les souffrances, les douleurs de ces gens, de ces femmes et de ces jeunes enfants, obligés de rester plongés ainsi dans l'eau, sont choses plus faciles à imaginer qu’à décrir:. à De à

Mettre tout ce monde-là dans les chaloupes et les amener à bord du John Pratt furent l'affaire d'une heure seulement.

ne CI TIR 12 pv-rE A cé ! AMC TA di Son dr M * PT PO TP PE € Et ni VE MR TÉRAEAT Et 33 À PRE a

PA PET WT UT PE UE ee CE TOP ne Th 4 PERS. NAT À 8 Wings NO TI D RON AT FU APRES EN EE

4 MIS th AE ait de LC ve de FN À on PATES S 5 Ÿ ic fa LA, [nier ee L'IEEEE de D Lu FERME RME + Age Dès AT NS de ALL a * ? ; ÿ + TE,

Pa

# 47 DEAMES

Plasieurs bacs furent en même temps remplis d'animaux, de graïre

| et de provisions, et le tout fut, par ce même bateau, transporté du côté sud pi / du St-Laurent, en la paroisse de Ste-Anne, à un mille à peine de la ville- . de Sorel, c’est-à-dire au seul endroit de cette paroisse où l'on pouvait trou- pi

ver, le long du fleuve, un endroit où accoster. Dans ce sauvetage, outre les personnes ci-desstis mentionnées, l’on æ

compté 22 superbes chevaux, plus decent bêtes à cornes de choix, grand g: nombre de moutons, cochons, et quantité de grain et de foin. Ce travail de sauvetage s’est continué toute l’après-midi de dimanche, ét je et jusqu'à une heure avancée de la soirée, alors que l'obscurité le fit ajour- J’1 EE ner au lendemain. me LUNDI Le travail de sauvetage a été repris luudi mnatin. 7 À 6 heures le Pratt est reparti de Sorel et a sauvé, à l’île de Grâce, ét: encore un grand nombre de bêtes à cornes, de chevaux, de moutons et ét: quantité de grains, Rien de triste comme le spectacle offert hier. re!

De partout l’on n’entendait que des plaintes, des cris, des lamentations.

De partout l’on demandait du secours, mais, malheureusement, le Pratt ne pouvait être partout à la fois ; il ne pouvait non plus s’aventurer trop loin sur la côte, vu son fort tirant d'eau, et il lui fut impossible d’aller Mi partout où on le demandait. A 10 heures la glace se mit en mouvement et MM. James Howden et Chênevert, les organisateurs de ce service de sauvetage, virent que la simple prudence leur commandait de revenir à Sorel, ce qu’ils s’empressèrent de faire.

Et certes, ils firent bien. A peine entraient-ils dans le port que la débâcle s'opérait et d'immenses banquises couvraient le chenal où quelques minutes auparavant le Pratt faisait son œuvre de sauvetage.

La débâcle s'opérait ; d'immenses bancs d'une glace épaisse et verte descendaient et, à un moment donné, ces bauquises atteignirent la côte, en haut de l’église de Ste-Anne, et renversèrent, en un: clin d'œil, douze maisons habitées une minute auparavant, ainsi que nombre de granges, écuries, remises, hangars et autres petits bâtiments.

Ces maisons étaient, depuis la veille, remplies de femmeset d'enfants du bas de la paroisse, qui étaient venus s'y réfugier, se croyant là plus sûrs que chez eux, où l'i

inondation avait rendu leurs maisons inhabitables. s maris de ces femmes étaient, les uns restés chez eux pour essayer , de protéger leurs biens contre l’inondation et les glaces, les autres occupés à porter secours ailleurs. Elles étaient donc seules quand la débâcle commença, et elles durent se jeter dans trois ou quatre pieds d'une eau glacée, afin de n'être pas écrasées sous les débris des maisons que la glace culbutait. | Fe

À ce moment la scène était des plus lamentables, g

Les femmes criaient, les enfants pleuraient, tous appelaient au secours, et de tous côtés l’on voyait des femmes portant de jeunes enfants daus les bras, fuir vers le bois, plongées dans l’eau jusqu’à la ceinture.

Le hasard avait voulu qu’un nombre de citoyens de Sorel fussent attirés à Ste-Anne de Sorel par la curiosité; et c’est alors que nos concitoyens, MM. .G. Hardy, Arthur Langlois, P. Paul, Adélard Magnan, W. Archambault, Frs Magnan. René Beauchemin, G. Lord et quelques autres, purent porter secours à ces femmes et à ces enfants.

TaÏTrS é sud ;, ville trou-

l’on æ grand

auche, ajour-

Grâce,

tonus et

ationsle Pratt rer trop d'aller vement vice de venir à

que la ù quel-

aisse et irent la n d'œil, 11e bre de

'enufants là plus.

bitables.

essayer es oCCUdébâcle ’ane eau la glace

secours, daus les

assent atos concignan, W.

es autres,

CR US DORE RP NL EE): A RUE Ep PA

Voici la liste des maisons renversées, démolies par la glace :

Maison de J. B. Bérard, voisine de la magnifique maison de M. le capitaine Morasse, défoncée ;

Maison de Bamase Latraverse, redversée et reculée à plus de soixante pieds, hangars et remises écroulés ;

Maison de Ad. Lavallée, renversée ;

. Maison de Pierre Ethier, renversée, ainsi que bâtiments, granges, haugars et remises ;

Maison de Michel Péloquin, complètement écrasée. Cete maison était depuis quelques temps habitée par M. J. H. Houde, propriétaire de d'hôtel Ste-Anne, qui y avait transporté une partie de ses meubles, les y croyant plus en sûreté qu’à l'hôtel même, menacée d’une destruction com" plète.

: M. Houde, voyant la glace monter la côte, s'était empressé de jeter sa femme et ses enfants dans une chaloupe, et, à peine était-il sorti de la maison, poussant devant lui cette embarcation, que sa maison s'écrouiait, était aplatie par une immense banquise. Une minute plus tard et ç'en £tait fait de lui-même et de sa famille. ù

Maison de John Hayden, servant de maison d'école de la paroisse, renversée sens dessus dessous et emportée à plus de cent pieds ;

Maison Napoléon Salvail, renversée ;

Maison Maurice Salvail, écroulée ;

Les maisons de MM. Maurice Latraverse, Josenh Millette, Dolphis Millette, écroulées et reculées de plusieurs pieds, ainsi que hangars, remises, etc ;

La fromagerie de Ste-Anne a aussi été ren versée.

Quant à l'hôtel Ste-Anne que l’on croyait perdu irrémédiablement, il est resté solide sur ses bâses, et il n’a subi aucuns dommages sérieux.

La glace s’est amoncelée tout autour, à une hauteur de trente à quarante pieds, et il semble maintenant défier les énormes banquises qui

montent la côte et viennent se heurter sur ce puissant rampart que lui ont fait les glaces, :

La grange, l'écurie et les remises de l'hôtel ont cependant été démo-

Flag, Une grande partie de la population de Ste-Anne, femmes et enfants,

s'esl réfugiée à l’église et à la sacristie, ainsi qu'au. presbytère et dans les maisons épargnées par les glaces ou l’eau. :

Tous sont l'objet des plus grands soins de la part de ceux chez qui ils logent, et notamment du vénérable curé de la paroisse, M. lé chanoine F!. X. Jeannotte, que cette scène nâvrante affecte on ne-peut plus.

Un bon nombre de familles qui ont des parents à Sorel scnt arrivées hier et ce matin, et il en arrive encore.

Hier MM. J. À. Chénevert, À. P. Vanasse, M. le Dr J. F. R. Latravere,

Charles Lord et quelques autres citoyens se tont rendus sur le théâtre du

sinistre et ont prodigué dés consolations aux victimes de l’inondation et de la débâcle.

A leur retour M. Chénevett a eu nne entrevue avec M. le maire C. O.

Paradis, à la suite de laquelle M. le maire a fait voter, par le conseil de ville, une certaine somme pour acheter des vivres à ces infortuhés, qui, malgré le bon vouloir et le dévouement de ceux chez qui ils se sont réfu: giés, manquent probablement de provisions. Hors

a —— Te

RS

Page 1