‹ Drames françaisChapitre 135 sur 137 · LE CAPITAINE, L'ÉMIR · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE, L'ÉMIR

l'émir, aux deux soldais qui s'en vont. Lâches et fous !

{Au capilaine.) Nous sommes seuls. Tu vois ce que je puis; sois sage. J'ai des égards pour toi; ce n'est point notre usage. J'abhorre les chrétiens, j'exècre les Français; Ce sable tout fumant te l'a dit.

LE CAPITAINE

Je le sais !

Abrège.

l'émir Veux-tu vivre?

LE CAPITAINE

Oui; mais libre et fidèle. On ne prend point ma foi; c'est une citadelle. Par menace ou promesse on a beau l'assiéger, On ne l'ébranlé pas comme vos forts d'Alger.

l'émir Tu m'insultes!... Captif imprudent, qui nous railles.

le capitaine Captif; mais mon drapeau flotte sur tes murailles. Depuis tantôt douze ans que ton Alger tomba, Nous avons en bazar transformé ta Kasbah.

l'émir, avec colère conlenue.

Nous vous en balaierons, sauterelles maudites.

le capitaine Et le vent balaiera les plans que tu médites.

Bientôt, dans ces désert que notre sang rougit,

Où l'Arabe maraude, où l'hyène rugit,

Nous sèmerons nos blés, nous ferons la vendange.

l'émir Oseras-tu longtemps me braver?

LE CAPITAINE

Je me venge.

Tantôt, d'autres vengeurs vont poindre à l'horizon. Et, par delà les flots, Émir, dans ta prison, Tu seras notre ami, dompté par la défaite.

l'émir, agité.

Moi, vaincu, prisonnier, en France !... Es-tu prophète? Où lis-tu les malheurs que ta voix me promet?

LE CAPITAINE

Prophète, je le suis plus que ton Mahomet. l'émir, furieux et menaçant.

Prends garde! assez d'orgueil! chien, voici ton salaire. le capitaine, très calme, et du geste montrant à gauche

riiori^on.

Émir, aux pieds des monts que ton soleil éclaire, Là-bas, daus les ravins, regarde...

(L'Émir regarde, surpris, immobile.)

Page 1