SCÈNE PREMIÈRE
GUILLAUME DE LAMORIC1ÈRE, MICHEL D'ESTOUTE- VILLE, GÉRARD DE VAUCELLES, puis le PRIEUR
Gérard, à Lamoricière qui est assis, à droite. La France !... ah! parlez-nous de ses gloires passées; Mon cœur d'enfant grandit, à ces hautes pensées. michel, quittant la fenêtre où il était accoudé. Dites-nous ses combats et ses nobles desseins.
le prieur, qui vient de descendre par l'escalier de droite. Racontez-leur nos rois, nos héros et nos saints.
LAMORICIÈRE
Leur tâche fut sublime et leurs œuvres sont belles.
le prieur, s'avançant.
Qu'importent les vainqueurs d'Actium ou cTArbelles, Rome avec ses Césars, Sparte et Léonidas, A ces fils de la France, à ces futurs soldats? Que ces morts trop vantés dorment dans leur poussière!
GÉRARD
N'avons-nous pas nos preux, à nous ?
LE PRIEUR
Lamoricière, Vous dont le bras, depuis trente ans, n'a point failli ; Soldat de saint Michel...
LAMORICIÈRE
Hélas ! soldat vieilli !
Mais, avant que pour moi l'heure suprême sonne, Je veux, aux jouvenceaux que votre âme façonne, Dire ces jours fameux d'autrefois et d'hier, Jours où Dieu fit de nous son peuple, un peuple fier.
(Se levant.) Car notre histoire, enfants, a des pages divines : Tolbiac, Taillebourg, les Croisades, Bouvines, Quels noms! Quel livre d'or écrit par nos aïeux !
LE PRIEUR
Et, pour eux, par Celui qui règne dans les cieux, Qui seul donne la gloire et qui seul la réclame.
LAMORICIÈRE
Pour la gloire du Christ, levons-nous l'oriflamme,
Portons-nous, sans rougir, le signe de sa croix,
Le Christ combat pour nous et ses droits sont nos droits.
Mais lorsque, par orgueil, vassale émancipée,
La France insulte Dieu, Dieu brise son épée;
Il en jette au hasard les glorieux tronçons ;
Dieu n'est plus bon Français, quand nous le trahissons.
le prieur, à Gérard et Michel.
Vous n'avez pas lutté, ni souffert ; votre enfance
LA REVANCHE DE JEANNE d'aRC 43
Près de l'Ange vainqueur trouve asile et défense. Sur son rocher, battu par l'orage impuissant, Vous vivez, à l'abri, loin du crime et du sang.
LAMORICIÈRE
Loin de ces temps honteux, où, souvent, des mains viles Livraient à l'ennemi notre honneur et nos villes; Où nous gardions à peine, en notre désarroi, Un lambeau de patrie, un fantôme de roi ; Où l'intrigue, la peur, la discorde, la haine...
gérard, vivement.
Mais, baron, c est alors que la vierge lorraine Prodiguant le miracle, arborant le succès, Rendit au roi son trône et la France aux Français.
lamoricière, avec enthousiasme.
Jeanne d'Arc, Jeanne d'Arc, héroïne immortelle! Soldats de l'avenir, saluez-la! — C'est elle Qui, sur nos fronts courbés posant sa chaste main, Vient d'y graver encor ces mois : Espoir! Demain! Dans l'honneur et la foi, si vous suivez sa trace, En vous un cœur vaillant battra sous la cuirasse; Quand pour un noble but il faut un noble effort, Enfants, s'il reste pur, votre cœur sera fort.
le prieur, allant vers l'escalier, à droite. Quel bruit!
MICHEL
Quoi! l'ennemi qui vient?... ou la tempête? gérard, à la fenêtre.
Non ; c'est un son joyeux de cor et de trompette ; Un air de chasse.
(Sonnerie de cors.)
MICHEL
A quand le signal des combats ?
(Tous deux vont s'accouder à la fenêtre.)