‹ Drames françaisChapitre 2 sur 137 · RUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

RUE BONAPARTE

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Toutes les pièces de ce recueil sont empruntées à l'histoire de France ; de là, le titre.

Nous avons range' ces pièces par ordre des temps. Nous y rappelons les origines de la France chrétienne, dans le Baptistère; la Providence miséricordieuse de Dieu sur notre patrie, dans la Revanche de Jeanne d'Arc ; l'heure la plus douloureuse de nos annales, dans Loc'h Maria. Les Trente sous de Vincent de Paul mettent en scène un de nos saints les plus français, les plus aimés ; la Page d'histoire raconte l'héroïsme de nos soldats, martyrs de leur foi, même au dix-neuvième siècle, quatre cents ans après les Croisades.

Le recueil est destiné à la jeunesse croyante et studieuse. Nous lui dédions ces drames d'histoire, parce que nous savons, mieux que par ouï-dire, qu'elle y trouve plaisir et profit. Il n'y a point de poésie plus noble, plus vivante, plus émouvante, que

l'histoire vraie de notre pays ; il n'y en a point de plus utile aux jeunes gens ; il n'y en a point qu'ils goûtent et comprennent comme celle-là.

Des he'ros, tout notre passé en est plein. Nous n'avons guère besoin d'en aller chercher par delà les frontières ; la mode est use'e d'en aller toujours qué rir, comme au siècle dernier, sous les murs de Troie, dans la foule des Agamemnon, des Œdipe et autres infortune's fils des dieux, qui secouent les chaînes rouillées de la pitié et de la terreur, en des hémistiches monotones et des alexandrins plats, du genre Voltaire. Ceux de notre histoire nous touchent parce qu'ils sont de notre race, qu'ils ont notre foi, notre caractère à nous ; parce qu'ils sont désintéressés, travaillant pour Jésus-Christ, pour son Eglise et pour « doulce France ».

Quel dommage que nos incomparables créateurs d'âmes tragiques, Corneille et Racine, n'aient pas osé choisir leurs héros dans ce passé qui est le nôtre, et parmi des Français, dont ils étaient les frères par l'âme, les héritiers par leurs hautes pensées !

Au surplus, du temps de Corneille et de Racine, on avait compris (Boileau tout le premier) que -la terreur et la pitié' antiques laissaient un peu froids les jeunes gens : ils préféraient aux vieux éléments tragiques selon Aristote, l'élément plus généreux de Y admiration. « Plusieurs, écrivait Boileau.

en 1700 (1), et les jeunes gens surtout s'accommodent souvent beaucoup mieux (de Y admiration), que des ve'ritables passions tragiques. »

Il en va toujours de la sorte. Les jeunes gens n'ont point fait encore l'expe'rience d'un monde où l'égoïsme e'touffe l'estime d'autrui, étrangle les fières aspirations, décolore les beaux rêves, dessèche le cœur, tue le dévouement et l'enthousiasme sans calcul pour les saintes causes. Ils croient, ils aiment, ils ont le bonheur très enviable de pouvoir admirer, et ils admirent.

Ce n'est certes pas nous, maîtres chrétiens, qui voudrions comprimer cette floraison naturelle des âmes jeunes et françaises. Ce n'est pas nous qui, de ces adolescents, heureux de vivre et de sentir battre quelque chose en leur poitrine, songerions à faire, par insouciance ou faiblesse, des sceptiques, des dégoûtés, des blasés — autant de maladies du siècle, qui foisonnent là où ne luit point le soleil de la foi.

Or, après.la foi, rien ne remédie mieux à ces maladies que M admiration sincère, raisonnée, fondée sur l'étude, même poétique et dramatique, de nos quinze siècles chrétiens, d'où la poésie éclate et déborde. Le théâtre fait vivre et agir les personnages admirés dans le livre ; il fait voir, toucher, sentir, les œuvres très chrétiennes et les « emprises » très fran-

(1) Lettre à Charles Perrault.

çaises des aïeux. Aujourd'hui, comme aux jours d'Horace, ce qui remue l'âme, ce qui, dans le bon sens du mot, la passionne, c'est moins le récit que le spectacle :

Segnius irritant animos demissa per aurem Qiiam quœ sunt oculis subjectafidelibus...

Le spectacle est donc un moyen puissant d'e'ducation ; à la condition toutefois qu'on n'y défigure point nos héros, qu'on n'amoindrisse point nos vrais grands hommes, qu'on ne les mette point dans un faux jour, qu'on ne déchristianise point nos Gestes de Dieu.

Un Anglais écrivait, en 1698, que les victoires et les conquêtes de la France, pendant le Grand Siècle, étaient dues aux nobles et chevaleresques sentiments développés dans les âmes par les poèmes de Corneille et de Racine. Quoi qu'il en soit de cette affirmation, glorieuse pour nous, le but où vise ce recueil dramatique est beaucoup plus modeste. Puisse-t-il du moins entretenir dans les jeunes âmes l'admiration pour notre passé, et le dévouement pour ces deux mères immortelles; Église et France.

Paris, Pâques, 1894.

LE

BAPTISTERE

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