SCÈNE X
BEAUVOIR, seul, marchant et s' arrêtant brusquement.
Oh ! ciel ! Oh ! comme mon cœur bat! Quel jour!... Est-ce bien moi, le méchant, l'infidèle, Moi, jeté par l'Anglais dans cette citadelle ; Moi, le vaincu, séduit par un songe trompeur ; Moi, naguère Français sans reproche et sans peur !
(Un temps.) Où s'en va ma raison ? dans quels obscurs dédales ! Assassin, moi !
(Il fixe ses regards sur le soi)
Son sang rougit encor ces dalles ; Et ce sang est mon sang. Ah ! comme Dieu punit ! On lavera ce sang très pur — sur ce granit ; Mais qui l'effacera de ma main, de mon âme? Que je suis malheureux et que je suis infâme !
(Il s" agenouille, en s' appuyant sur Vun des sièges en bois sculpté.) Vous, que, depuis deux ans, je n'osais plus prier, Pitié, Seigneur ! Seigneur, pardon au meurtrier.
[Un silence.)
LA REVANCHE DE JEANNE d'aRC 125