SCÈNE V
GÉRARD DE VAUCELLES, puis MICHEL D'ESTOUTEVILLE
gérard, sur les marches de la basilique.
Seigneur, quoi qu'il advienne, Que votre volonté soit faite et non la mienne; Mais que je puisse un jour vous dire pour merci : « Il est à moi, Seigneur; il est à vous aussi. » michel, entrant, à gauche, joyeux.
Enfin, c'est toi, Gérard. Dans cet instant de trêve, Tandis que le canon se tait; que, sur la grève, L'ennemi se consulte, ou recule, j'accours; En toute hâte, hélas! caries moments sont courts. Au milieu du combat j'ai su ta délivrance... Mais quand nous défendons Saint-Michel et la France, Pourquoi toi, le soldat loyal et belliqueux, Quand tes amis sont là, n'es-tu pas avec eux? Ne te souvient-il plus de Jeanne la guerrière, Sur la cohue anglaise agitant sa bannière; Jeanne, l'épéeau poing, poussant son destrier Tout droit au tourbillon du combat meurtrier!... Mais pardonne; j'ai peur que ce mot te déplaise.
gérard, tristement.
Je suis blessé.
MICHEL
Blessé?... par une épée anglaise?
gérard, embarrassé.
Quel autre qu'un Anglais?...
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MICHEL
Dans quel combat, Gérard?
GÉRARD
Je n'ai pas combattu.
MICHEL
Mais alors, quel hasard?
Gérard, lentement, avec effort.
Il s'était introduit dans notre forteresse.
MICHEL
Le scélérat! Je vais, de ma main vengeresse...
GÉRARD
Il est puni.
MICHEL
Déjà? Dis-moi tout; il le faut.
(Un temps.) Est-ce encore un secret?
GÉRARD
Tu sauras tout, bientôt.
MICHEL
Quand?
GÉRARD
Après la victoire.
MICHEL
Avant ce soir, j'espère.
GÉRARD
Chassez-les, poussez-les jusque dans leur repaire; Et...
MICHEL
Plus de secrets?
GÉRARD
Non.
Brusquement.)
Quand tu seras près d'eux,
Venge-moi, venge-toi; pourfends-les, pour nous deux.
MICHEL
Oh! je l'ai déjà fait; je m'en donne à cœur-joie. Si tu voyais comment ce fer joue et flamboie! En deux mots, le récit de mes premiers essais. Près démon père, avec Beauvoir, je m'avançais...
Gérard, vivement. Avec Beauvoir, dis-tu?
MICHEL
Quel cœur! quelle bravoure !
Quel sang-froid ! — L'ennemi s'élance et nous entoure'; Leurs longs crochets de fer mordent dans les rochers ;; Mais Beauvoir l'intrépide a tout vu: ses archers Munis de lourds leviers font face aux soldats rouges ; Mon père et moi, des Biards, Paynel, Verdun, Carrouges, La Motte, Folligny, Clinchamp, Créquy, Brécey, Nous taillons à deux mains parmi ce tas pressé. Seymour, le lieutenant du fort de Tombelaine, Se démenait, hurlait, jurait à gorge pleine, Furieux, dirigeant tous les traits sur Beauvoir, Qui fendait et hachait l'Anglais, sans s'émouvoir. Enfin Beauvoir tomba; toujours à l'avant-garde...
GÉRARD
Achève !
michel, remontant vers la porte de la tourelle. Mais c'est lui qu'on amène. Regarde ; C'est lui, Gérard.
Gérard, à V avant-scène.
O ciel !
(Il remonte vers le fond.) michel, toujours près de la porte.
Il vient, il monte ici; Le prieur le soutient; Lamoricière aussi. Le prieur nous fait signe, et du geste, il te montre. (Un temps.)
LA REVANCHE DE JEANNE d'aRC 1 3j
Je retourne au combat, mais l'heureuse rencontre!
Je revois ce héros, et là, sur mon chemin,
De mon front, en passant, je vais toucher sa main.
Adieu.
(// sort.)