SCÈNE VIII Les Mêmes, LE PRIEUR, GÉRARD DE VAUCELLES
le prieur, entrant, avec Gérard; porte de la basilique, du haut des degrés.
Soins superflus !
Des traîtres, sous le toit de l'Ange, il n'en est plus.
d'estouteville, au prieur.
Vous nous en répondez?
le prieur J'en réponds sur ma tête.
CRÉQUY
Plus tard, justice aura son cours.
le prieur
Justice est faite,
CRÉQUY
Cet enfant prisonnier?
le prieur Le voici.
CRÉQUY
Le voici ?
Il est libre ?
LE PRIEUR
Il est libre. Et j'en réponds aussi, Messeigneurs ; cet enfant, malgré ma vigilance, De son sang généreux a payé son silence.
CRÉQUY
Quel mystère nouveau ?
LE PRIEUR
Je jure devant Dieu
Qu'aucune trahison n'est à craindre en ce lieu.
(A cTEstouteville, montrant Gérard.) Capitaine, daignez accueillir sa prière (i).
Gérard, élevant un étendard blanc.
Messire, accordez-moi...
d'estouteville
Quelle est cette bannière, Avec ces mots brodés sur cet or ondoyant ?
GÉRARD
Celle que Jeanne d'Arc tenait en guerroyant. Du fanion, dressé par la sainte Pucelle, En rayons lumineux l'espérance étincelle ; Elle éclate, aux deux noms de Jésus, Maria.
Messire, l'ennemi qui vous injuria, Celui qui nous outrage en ce péril extrême, C'est lord Scales, l'ami de Bedfort. — C'est le même Que Jeanne d'Arc, levant son glaive de Fierbois Et sa bannière blanche, a réduit aux abois. Il faut lui rafraîchir aujourd'hui la mémoire; Que sur la mer normande ainsi que sur la Loire Cet étendard, chassant l'Anglais épouvanté, Flotte pour la vengeance et pour la liberté.
C'est bien, Gérard. Mais qui dans l'ardente mêlée Déploiera devant nous l'étoffe immaculée?
GÉRARD
Moi, messire. Soldat inutile, impuissant, C'est moi qui la tiendrai, si mon chef y consent. On ne la prendra pas de ma main qui la serre. Sans prendre aussi la main.
d'estouteville
Noble enfant.
(i) Le milieu de la scène n'est occupé que par les acteurs qui ont à parler; les autres forment divers groupes au fond et sur les marches de réélise.
LA REVANCHE DE JEANNE d'aRC I45
CRÉQUY
Cœur sincère.
(A Gérard.) Je t'accusais, Gérard; mon devoir m'y forçait. A présent, je t'admire; et combien ! Dieu le sait.
michel, à Gérard, montrant la bannière.
Près de toi, sous ses plis je veux avoir ma place. Si l'ennemi l'attaque, ou si ton bras se lasse, Fais un signe, Gérard, et de tous les affronts, Quel que soit le danger, nous la garantirons.
d'estouteville, à Paynel.
Va, Paynel, fais hisser là-haut notre bannière.
{Montrant le soldat anglais.) Et reconduis cet homme.
(Paynel sort avec l'Anglais.)
A cette heure dernière, Appelons au secours de ses preux combattants L/Ange que nous gardons depuis plus de vingt ans. A Roncevaux, blessé, mourant sur la montagne, Roland, le paladin des Marches de Bretagne, Roland, le doux vainqueur du payen arrogant, Appela saint Michel et lui tendit son gant. Or, l'Archange accepta l'hommage et la prière; Il vint ; du guerrier mort il ferma la paupière, Reçut l'âme en ses bras et le gant dans sa main, Ouvrit son aile, et prit vers le ciel son chemin.
Implorons, nous aussi, par un cri de détresse, L'Ange de cette église et de la forteresse: « Saint Michel au secours! » et sus à l'ennemi !
le prieur et plusieurs voix Au secours!
(Le prieur rentre dans la basilique.)
io
chœur de moines dans l'église (1).
« Au secours! — Auprès du Dieu de clémence, Saint Michel, espoir du désespéré, Sous nos murs bénis la lutte commence : Vois de nos vainqueurs ton temple entouré; Leur fureur est grande et leur foule immense. Combats, avec nous, l'enfer conjuré.
Miserere! »
d'estouteville
Au secours, Vierge de Donremy; Nous disons comme toi, Jeanne, en tes jours de gloire « A nous de batailler; Dieu donne la victoire! »
« Au secours! — Ecoute, ô Vierge Lorraine, Et sur nous étends ton bras assuré. Tes bourreaux sont là ; tu connais leur haine : Mais sous ton drapeau, par nous arboré, Nos rangs vont s'unir; ton nom les entraîne; Ecrase avec nous l'Anglais abhorré.
Miserere ! »