SCENE PREMIERE
HECTOR, seul, assis.
Oui, partout où mes yeux reposent ma pensée, Tout me raconte au cœur mon enfance passée, Mes rêves d'avenir, mes naïves douleurs : Quinze ans de douce joie, achevés dans les pleurs. (Il parcourt la chambre en examinant chaque objet.) Ici, rien de changé: tout est bien à sa place ; Voilà notre grand Christ qu'une guirlande enlace. Comme son souvenir m'encourageait là-bas!... Le portrait de ma mère, un tableau de combats ; L'un qui me dit : Vertu, l'autre qui dit : Victoire. Et là, sur ce buffet, mes vieux livres d'histoire, Chers livres, tant de fois feuilletés et relus : Homère et son Hector, Plutarque et Régulus, Les héros du serment, les manieurs de glaive : Vieux contes du passé, mais où l'àme s'élève. Comme eux, j'ai su combattre; aussi fier, moins fameux, J'ai donné ma parole... et la tiendrai comme eux.
Enfin, près de mon lit, sur le mur qu'il décore. Mon portrait de douze ans semble sourire encore ; L'image de la Vierge est là qui le défend, Et d'un regard de mère exhorte son enfant ; Je puis sourire encore à la Vierge qui m'aime : Mon visage a bruni, mais mon cœur est le même.
(Arrivé à la porte du fond, ou de gauche, il essaie de V ouvrir ; elle cède.)
Cette porte!... elle s'ouvre. O souvenir! c'est là,
Que ma mère partit quand Dieu la rappela.
Lieu béni par sa mort, sanctuaire fidèle!...
C'est là, sous son portrait, que je priais près d'elle...
O ma mère!... .J'entends encor sa douce voix !
Entrons ! rien qu'un instant... pour la dernière fois.
(// entre doucement et ferme la porte derrière lui. La scène reste vide pendant quelques secondes.)