‹ Drames philosophiquesChapitre 125 sur 319 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

rêveur ; maintenant, je vois le ridicule de la générosité; sois tranquille, je suis un homme positif, un homme sérieux. Les diplomates mes confrères sont tous des bêtes. Chacun d'eux est l'homme le plus sot de l'Europe, (u nt.) J'ai de l'esprit, n'est-ce pas?

Prospero le prend à part ; ils s'assoient.

Arnaud, les hommes de ta sorte ne peuvent appartenir qu'aux papes, aux empereurs ou aux plus puissants rois de la chrétienté. Le pape Clément te couvre maintenant de sa protection ; mais tu sais qu'Avignon est une mer trompeuse. Ce n'est pas toi qui peux céder au ridicule d'être sentimental. Sache qu'au delà des monts, on sait aussi ce que tu peux. Nos nécromanciens ont avoué qu'ils ne sauraient faire ce qu'on dit de toi. Ce qu'on nous a raconté du seigneur Faustin, en particulier, dépasse tout ce qui s'est vu jusqu'ici. Pourrais-tu le refaire ? Écoute ce dont il s'agit.

Sa Majesté l'empereur, roi des Germains, mon maître, n'agit jamais que par les principes de la

plus pure légitimité. Mais les nécessités d'État ont leurs exigences. Le château de Kniphausen lui est nécessaire pour exercer sa souveraineté. Tu comprends bien que nous ne nous arrêtons pas aux petitesses où s'embrouille l'homme sentimental. Pour déposséder le châtelain actuel, qui est du reste son ami, le roi mon maître a besoin d'un titre. Un testament, par exemple, ou un traité, ou un acte de mariage serait nécessaire. Les légistes de Sa Majesté le roi mon maître en déduiraient tout de suite les droits de l'Empire sur ledit château. Mais les pièces manquent. Le vieux Gunibert, décédé récemment, devait tester pour l'Empire : il n'a pas accompli son intention. Si tu pouvais faire ce que tu as fait pour Faustin, Gunibert signerait le testament qu'il aurait dû rédiger de son vivant, et Sa Majesté lé roi mon maître serait en règle II est vrai que le propriétaire est un de ses alliés les plus loyaux; l'empereur mon maître pleurera beaucoup d'être obligé de le déposséder. Mais il se fera violence, il connaît ses devoirs.

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