‹ Drames philosophiquesChapitre 13 sur 319 · ACTE PREMIER. S · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. S

même ; mais je suis sur d'être l'instrument d'une volonté qui cherche. La nature ne se connaît pas. Toi, par exemple, petit oiseau bleu, te sentais-tu, avant que je t'eusse recueilli de la grande mixture universelle où tu étais perdu, en appelant, concentrant, massant en noyau diaphane ce qui auparavant était épars ? Le sel est dans la mer ; il s'agit de l'en extraire. La vie est dans l'air, la feuille d'arbre sait l'en tirer; faisons comme elle. Analyse et synthèse, voilà la science. Être maître des esprits de la nature et leur donner une personnalité distincte, voilà ce que je veux.

ARIEL

Les esprits sont alors des forces perdues dans la nature, des êtres qu'on ne voit à l'état pur que si la science les extrait.

PROSPERO

Parfaitement bien. Tout cela veut exister, mais n'existe pas encore. C'est ce que certains de mes

ît CALIBAN.

confrères appellent gaz. Chacun des récipients que tu vois est la prison d*un gaz. Comme presque tous cherchent à monter, la petite coupole de ces récipients est pour eux une prison. Celui-ci vient de Teau, et pourtant un jour il donnera la lumière. Cet autre est Tessence de la vie et du feu.

Harmonie provenant de la vibration des gas.

0 sons célestes, frères des miens ! Qu'on est heureux de servir à des créations si sublimes ! Sans doute, tu as des entretiens avec quelqu'un, qui est ton dieu, comme toi tu es le mien ?

PROSPERO

Non, Ariel. Le Dieu éternel ne se révèle pas face à face. Il ne se montre pas dans des apparitions matérielles, et ce qu'on a dit de ses incarnations est douteux. C'est lui qui est le génie de l'homme de génie, la vertu de l'homme vertueux, la bonté

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