‹ Drames philosophiquesChapitre 143 sur 319 · LE CARDINAL · texte numérisé non relu

LE CARDINAL

Justement; c'est bien moins grave. Il importe peu d'être hérétique quant à l'esprit, si on ne Test pas quant à la lettre. Et puis vous enseignez en langue vulgaire. Il n'y a d'hérésies qu'en latin. En langue romane, on peut tout dire. Il y a pour tout des palliatifs. Cédez-nous une palme, nous lâcherons des coudées.

PROSPERO

Non, cardinal Phihppe. La vie est pour moi comme bloquée de toutes parts. C'est le signe de la fin. Je ne suis pas de ceux qui se font inviter deux fois à quitter la salle du festin. La vie n'est chose digne que quand on peut la finir à volonté.

Pourquoi voulez-vous qu'il y ait quelque chose qui vaille la peine de mentir à Thumanité? J'ai tout vu, tout essayé. Qu'est-ce que la vie? Un court rayon de lumière dans une nuit profonde, un moment qu'on passe à la table d'un banquet sans qu'on sache qui vous y a invité, une lueur de clairvoyance dans une longue cécité. Je n'ai pas besoin de mourir pour mes découvertes ; car elles sont certaines, et on ne meurt que pour ce qui est douteux. Celui qui a trouvé un théorème ou créé une expérience n'a pas à se faire martyriser pour ce théorème ou cette expérience. Gela n'ajouterait rien à la force des preuves. Il écrit sa découverte sur un morceau de parchemin ; l'essentiel est que le bout de parchemin ne se perde pas. Quiconque sera capable de comprendre ce dont il s'agit verra que c'est vrai. Mon théorème, c'est l'alcool et réther. Quiconque voudra les refaire le pourra. J'ai trop rêvé peut-être ; mais c'est en rêvant que j*ai trouvé. Quand j'étais duc de Milan, j'aurais voulu que le monde fût à moi pour l'explorer, pour

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