ACTE PREMIER
gens pour ce qu'ils font de bien. C'est un plaisir, après tout, qu'ils se donnent.
AUTRE
Très sensé, ce qu'il dit. La vertu et le courage sont des inutilités, des abus, une usurpation des aristocrates. Quand chacun aura son champ, il saura bien le défendre. C'est comme la bienfaisance : il y a des gens que cela amuse de l'exercer; il faudrait qu'ils paj^assent pour cela.
TITIUS, qui a tout entendu.
A part). Cela fait frémir. La société repose sur des vérités trop fines pour que le peuple puisse les voir. Quoi de plus clair en apparence que ce raisonnement du laboureur : « Ce champ, je l'ai hersé et semé, donc le blé qu'il produira doit être tout à moi. » Et pourtant, rien de plus faux. Le champ est avant tout à celui qui le défend. Or le laboureur ne peut pas défendre son champ. L'homme armé qui le défend en est le vrai propriétaire ; cai
292 LE PRÊTRE DE NEMl
sans l'homme armé, l'ennemi viendrait et prendrait le champ. Ce que le peuple comprend le moins, c'est que l'homme isolé ne peut rien contre la force militairement organisée.
CETHEGUS
Oui, l'homme de guerre, c'est notre maître, et notre maître est notre ennemi. Or la bataille, les blessures et la mort sont pour nous ; la gloire est pour lui. Pas si bêtes ! La clientèle, le patronat sont une forme de l'esclavage. L'esclave n'a pas h se battre pour une ville dont il ne fait point partie. On parle de revanche à prendre des défaites qu'Albe a subies il y a dix ans. Pour moi, je ne me suis jamais senti vaincu. Ces murs qu'on voit chaque jour s'élever à l'horizon, et qui tourmentent si fort nos aristocrates, que nous importent-ils ? Les ennemis de nos ennemis sont après tout nos amis. Certes, l'orgueil des victorieux est difficile à supporter. Mais moins dur est le