‹ Drames philosophiquesChapitre 182 sur 319 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

bien. Ce que vous fûtes, nous le sommes. Sainte tradition du passé, combats avec ceux qui te contredisent. Voix secrète de la terre vaticane, parlemoi comme tu parlas aux hommes du passé.

Les dieux sont une injure à Dieu. Dieu sera, à son tour, une injure au divin. Les dieux sont capricieux, égoïstes, bornés. Le Dieu unique qui les absorbera sera trop souvent capricieux, égoïste, borné. On tue des hommes pour les dieux particuliers, nés du malentendu et du contresens. On tuera des hommes pour le Dieu unique, sorti d'une première application de la raison. L'action particulière que le vulgaire attribue aux dieux, une théologie prétendue éclairée Tattribuera plus tard à Dieu. Non, non; Dieu n'agit pas plus que les dieux par des volontés particulières. Le prier est inutile. Homme aveugle, tu te figures la Divinité comme un juge qu'on corrompt ou qu'on gagne en l'importunant. Tu t'imagines que la raison éternelle se laissera prendre à tes supplications. Mais ces supplications, si Dieu pouvait les entendre,

306 LE PRÊTRE DE NEMl.

son premier devoir serait de t'en punir, comme le premier devoir d'un juge est d'expulser de chez lui le plaideur qui vient, par des sollicitations ou des présents, le gagner à sa cause. Tais-toi, vil intéressé. Adore Tordre éternel, et tâche d'y conformer ta vie.

Toujours plus haut! toujours plus haut! Coupe sacrée de Nemi, tu auras éternellement des adorateurs. Mais maintenant on te souille par le sang; un jour, l'homme ne mêlera à tes flots sombres que ses larmes. Les larmes, voilà le sacrifice éternel, la libation sainte, l'eau du cœur. Joie infinie-' Oh! qu'il est doux de pleurer!

Ub bruit extérieur se fait CDtendr*.

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