ACTE DEUXIÈME
N'être plus est la pire chose qu'il y ait. La victoire n'est pas une récompense pour le mort ; celui qui est tué est le vrai vaincu ; l'essentiel dans une bataille est donc de ne pas être tué. Voilà les raisonnements de la conscience claire, réfléchie, égoïste. Il faut conserver un vaste réservoir d'ignorance et de sottise, une masse de gens assez simples pour qu'on puisse leur faire croire que, s'ils sont tués, ils iront au ciel, ou que leur sort est digne d'envie. On fait un troupeau avec des bêtes ; on n'en fait pas avec des gens d'esprit. Si tous les gens avaient de l'esprit, personne ne se sacrifierait, car chacun dirait : « Ma vie vaut celle d'un autre. » On n'est héroïque que par le fait de ne pas réfléchir. Il faut donc entretenir une masse de sots. Si les bêtes s'entendaient, les hommes seraient perdus. L'homme règne en employant une moitié des animaux à mater les autres. De même, l'art politique consiste à couper le peuple en deux et à dompter une des moitiés avec l'autre. Pour cela, il faut abrutir une des moitiés, la bien
séquestrer çt séparer du reste; car, si le peuple arriîé et le peuple non armé s'entendaient, la situât Jpp serait perdue.
BqGGIERO.
Bien dit. Il y a une chose qui me fait toujours rirp, quand les Turcs et les Chrétiens se font la Ç]i^,erre. Tous se bgiltent S3,i)s être nourris ni payés; ilg ^e tjçpnent pour assurés que, s'ils sont tués, ils Yp^i; ^Tï paradis. Or Ips uns ou les autres se trompenj; c?ir, si le paradis des Chrétiens existe, çplui des Turcs n'existe pas, et cela me fait craindre que ni l'un ni l'autre n'existe ! Il est impossible que cps çombatjtants acharnés aient raison à la fois ; mais il se peut qu'ils aient tort à la fois. En tout cas, les uns ou les autres soiîi; payés et menés au combat 9,vec de faux biliets sur la vie future. Il faudrait qUi^ çe)9. fût défendu; car cela crée une infériorité aux nations civilisées qui ne croient pas à la v^eur d'un pareil papier. C'est comme si une nation fabriquait de faux billets, de la fausse monnaie awf dépens dçs autres États. Nos soudards veulent