‹ Drames philosophiquesChapitre 252 sur 319 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

devant moi ! L'abbesse de Jouarre, la seule femme que j'aie aimée! Aussi belle, aussi calme que jamais !

Il se lève, et, après avoir hésité un instant, s'approche de l'abbeso^. L ABBESSE, le reconnaissant.

0 mon ami, quel jeu du sort!... Non, l'heure est trop solennelle ; ce serait une profanation. Ne me voyez pas, ne me reconnaissez pas. Faisons comme si nous étions morts tous les deux ; nous le serons dans douze heures.

D ARC Y, vivement.

Cette rencontre est Tindice d*une haute volonté pleine d'amour. Le ciel nous offre une dernière joie. Julie, la repousser serait un crime. Rappelez-vous le Christ, qui refusa d'abord le calice, mais ne repoussa pas l'ange consolateur.

L^ABBBSBB.

Non; si vous m'aimez, laissez-moi. Je vous le

428 L'ABBESSE DE JOUAHRE.

demande. Il me sera doux de penser que je meurs avec vous. Ce soir, dans ma cellule de condamnée, demain, sur les bancs de la charrette, vous serez dans ma pensée. Mais songez au respectueux amour qui a toujours empêché nos lèvres de se joindre. Songez à mon vœu, rendu mille fois plus sacré par le martyre que j*endure pour lui ; respectez ce bandeau que ie porterai demain sur l'échafaud. D'Arcy, je vous connais ; vous êtes la plus grande âme, le plus grand cœur que Dieu ait fait en nos tristes jours. Je vous aime. Au nom de notre amour, laissez-moi ; ne me reconnaissez pas.

Elle tombe lar une chaise, et fond en larmes. D'Arcy s'écarte. Au iout d'un moment de silence, l'abbesse se lève et s'approche de Jacquemet.

(AJacquemet.) Mousleur, n€ pourriez-vous pas m'indiquer sur-le-champ la cellule que je dcis occuper cette nuit ?

JACQUEMET, bas.

Tout à votre service, madame.

Il la conduit à une des portes donnant sur l'intérieur, et la loït

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