ACTE DEUXIÈME
récompense éternelle ; vous ne lavez pas voulu. Votre tenue d'abbesse sera correcte; ces vertus claustrales, dont vous avez vu mieux que personne la vanité, seront intactes. La vraie grandeur de la femme vous manquera. Le vrai Dieu vous en voudra, si îe dieu des moines est content. Supposez que le tribunal qui n'a jamais lâché sa proie vous rendît demain à la vie, votre vieillesse serait occupée à regretter mon amour et vos dédains. L'implacable souvenir du don refusé et qui ne reviendrait plus ferait de vous une fontaine de larmes, que j'irriterais du fond de ma morne éternité. Moi qui n'ai à sauver ni l'honneur d'un ordre, ni je ne sais quel vœu frivole, je suis plus grand que vous. A six heures de la mort, je ne pense pas à la mort, je ne pense qu'à vous, à l'amour que je vous ai juré. Je vous le redis en vérité : la conséquence de cette inflexibilité dont vous êtes si fière sera que vous pleurerez éternellement.
454 1,'AiJBESSE DE JOUARRE.
J U L I E 9 fondant en larmes.
Ami cruel, qui venez porter le trouble dans des heures que je voulais sereines, j*ai tort de vous écouter, et, s*il y avait une issue à cette prison, je m'y précipiterais. Vos reproches me vont au cœur. Je n'ai pas d'assez bonnes raisons pour refuser à celui que j'aime une chose que je blâme. Tremblez : vous brisez un chef-d'œuvre, ma vie telle que je l'avais conçue et voulue. Malheur à vous ! Si je succombe, ce sera par amour.
d'arct.
Oui, chère; c'est ce que je veux. Merci, merci! C'est l'ami qui va mourir qui est à genoux devant vous, et vous demande d'emporter dans la mort un gage de votre amour.
JULIE
Ah ! D'Arcy ! D'Arcy ! Que me faites-vous faire?