‹ Drames philosophiquesChapitre 51 sur 319 · PROSPERO, GONZALO · texte numérisé non relu

PROSPERO, GONZALO

Dans la chambre de Prospero.

PROSPERO

Eh bien, Gonzalo, c'est aujourd'hui que je vais être pour la troisième fois duc de Milan.

GONZALO

Monseigneur, je n'ai jamais dit que la vérité à Votre Altesse. Je ne sais pourquoi je crains. Chaque procédé a son heure de succès, chaque remède guérit pendant quelque temps. Jamais les choses ne se passent deux fois de suite de la même manière. Ce qui réussissait en commençant, dans le désordre de la première création, échoue quand on revient à la charge avec des moyens mieux combinés. Ce que vos esprits ont pu contre les princes, ils ne le pourront peut-être pas contre le peuple. Il est difficile de triompher du peuple.

72 GALIBAN.

PROSPERO

Tu ne vois donc pas la supériorité de mes moyens ? Mes vapeurs, mes gaz, mes esprits, mes poudres assurent à moi ou aux héritiers de mes secrets la domination sur une foule désarmée, conduite par une brute.

GONZALO

Pas tant que vous pensez. Vos poudres, ces gens les fabriqueront et s'en serviront. Plusieurs d'entre eux ont été vos soldats et savent le maniement des armes.

PROSPERO

J'inventerai des engins dont ils ne pourront se servir.

GONZALO

A la bonne heure ! Mais ces engins, vous ne les avez pas encore.

PROSPERO

Où donc puiser le principe d'une force qui puisse soutenir les droits de la raison sur le peuple? -

GONZALO

Votre force, c'est que vous êtes plus intelligent que le peuple. Le peuple ne peut rien fonder. Avec le temps, il reviendra soit à vous, soit aux héritiers de vos droits. (Après un moment de silence.) H Y 3

aussi l'imposture, qui est un succédané de la force.

PROSPERO

J'ai besoin de quelque temps pour m'habituer à cette idée. Il faut encore plusieurs générations pour que moi et mes pareils devenions des charlatans.

GONZALO

Rien n'accélère le temps.

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