‹ Drames philosophiquesChapitre 77 sur 319 · ACTE PREMIER m · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER m

récompense mal ses défenseurs ! Je l'avoue, j'arrive à me fatiguer de si peu d'égards. Toute vanité mise à part, tenez, je suis humilié. Voilà cinq ans, six ans, mes plus belles années, que je sacrifie à une cause qui ne fait rien pour nous, disons mieux, rien pour elle-même. A Milan, un prince oublieux de ses devoirs, qui est de connivence avec ses ennemis, et décourage ses amis... A Avignon, quel scandale, madame !...

LA BARONNE

Oui, contez-moi donc cela.

LE BARON

La comtesse Brunissende gouverne l'Église universelle. L'empire qu'elle exerce sur Clément est quelque chose de surhumain. Elle le tient par les sens et par l'âme. Pas une faveur spirituelle et temporelle qui ne passe par sa main.

LA BARONNE

L'éhontée ! se prostituer à un vieillard incapable

d'aimer. Oh ! que je la reconnais bien là, cette misérable. Tenez, baron, je ne suis pas jalouse d'elle, j'ai eu mieux, moi. Elle a le vieillard, pour extorquer de lui des bénéfices. Me permettez- vous de tout dire, ici, entre nous, mon ami? me jurezyous que cp que je vous dis est pour vous seul ?

(Signes d'assentiment du baron. La baronne continua. Ses yeux pétillent.)

Eh bien, je l'ai eu jeune, moi ; je l'ai aimé; il m'a aimée. J'ai eu le vrai amour, non le honteux caprice du vieillard. La voyez-vous, à son âge, sacrifiant l'amour à l'ambition, à l'avarice ! Vile catin !

LE BARON

Ne croyez pas que ses complaisances pour le pape la privent de quelque chose. Toute la cour sait que Waltherus est son amant.

LA BARONNE, arec rage.

C'est trop fort. Ah ! prêtres, cardinaux, papes, vous me le payerez ! Ma foi, vivent les patarins ! Pauvres gens ! étais-je assez folle de tant me don-

Page 1