‹ Drames philosophiquesChapitre 96 sur 319 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

c'est leur affaire ; ils y ont intérêt. Mais vous, qui êtes le chef, y a-t-il le moindre sens commun à ce que vous vous tourmentiez pour vous réformer vous-même ? Restez donc tranquille ici ou dans votre château de Malaucène. Goûtez les biens que Dieu vous a faits, et tâchez que ce soit pour le plus longtemps possible.

LE PAPE

Mais tout va au plus mal dans la chrétienté. Le vol, l'assassinat, les sept péchés capitaux ronflent comme les trombones d'un concert infernal. Les iiommes commencent à croire qu'il faut jouir autant qu on peut en cette vie.

BftUNISSENDE.

C'est vrai. Ils n'ont plus peur de l'enfer. Il faut en faire des descriptions plus terribles. Il faut donner ordre aux peintres de dessiner Satan encore plus laid qu'ils ne le font et de représenter dans les diverses bolgie des supplices épouvantables, afin que ceux qui y croient aient bien peur. Don-

nez ordre aussi aux prédicateurs d'inventer des détails nouveaux très affreux sur l'enfer,

LE PAPE

Le revenu de Saint-Pierre diminue sensiblement.

BRUNISSENDE.

Oui, mais le capital est inépuisable. C'est le besoin que les hommes ont d'indulgences. Faites payer de belles sommes aux maris et aux femmes qui font tout à coup la découverte agréable que leur mariage a été nul et qu'ils ont vécu des années en concubinage. Émettez un nouveau paquet d'indulgences, vous verrez avec quel empressement on se précipitera dessus.

LE PAPE

Mais on dit des choses si affreuses des supplices des simoniaques.

BRUNISSENDE.

Vous savez bien que rien de tout cela n'est certain, Voilèi de ces choses que l'on dit sans en être

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