‹ Drames polonais d'Adam MickiewiczChapitre 24 sur 35 · SCÈNE III PULAWSKÏ; ZBROY · texte numérisé non relu

SCÈNE III PULAWSKÏ; ZBROY

PULAWSKI.

Je suis curieux de voir si vos montagnards me reconnaîtront. Il y a longtemps que j'ai quitté le pays.

ZBROV,

S'il vous reconnaîtront? Allez, on vous connaît bien ici. De quoi parle-t-^n ici depuis six ans, de quoi, je vous prie, si ce n'est de vous ? On chante des mazurkas sur vous, allez, des mazurkas sur vous, de votre vivant.— Quelle gloire ! Mais c'est une gloire à nous : vous êtes montagnard.

PULAWSKI.

Je dois avoir beaucoup c4iangé. Et ici tout est dans le même

état. Ah! ce chêne. . . C'est ici qu'en partant pour la guerre j'ai fait mes adieux à. . . à tout ce que j'ai aimé.

ZBnOY.

Madame la Comtesse^ toutes les fois qu'elle vient^ s'arrête

PULAWSKI.

Elle vient ici?

ZBROT.

Souvent. Elle a beaucoup changé. L'avez- vous vue? Comme elle a maigri ! — Comme elle regrette le temps qne nous avons passé ensemble ! Elle ne fait que parler de vous.

PULAWSKI.

De moi? Qu*a-t-elle à dire?

ZBROY.

Comme c'était gai alors! Vous en souvient-il? Lorsqu'elle courait ici^ avec sa longue chevelure blonde que vous appeliez la cascade d'or. Et maintenant le Palatin est devenu sombre^ triste. Plus de fêtes î

PULAWSKI.

Que disait-elle de moi?j

ZBROT.

Depuis quelque temps elle craignait pour vous quelque malheur. « Zbroy, me disait-elle, le Gouverneur en veut à notre pauvre Casimir. Il lui en veut tant qu'il cherche à le tuer. » — Je le crois bien; il craint que vous n'épousiez madame Caroline dont il est amoureux.

PULAWSKI.

Mei? — L*épouser...

«k^V— r-Jtc^

ZBROY.

Autrefois c'était difficile. Fille d'un Palatin ! — Mais maintenant vous êtes un homme si célèbre. Ah ! si vous vous établissiez ici avec madame. On vous y aimerait tant^ vous auriez le meilleur équipage de chasse de la Pologne et du Grand- Duché. Il n'y a pas de chasseur qui ne vous fit cadeau de son meilleur faucon, de son meilleur lévrier.

PCLAWSKI.

Vous rêvez, mon vieux. C'était gai ici, oui . . . (A part.) Quelquefois je voudrais qu'il n'y eût ni guerre, ni gloire, ni Russie, ni Pologne.— Mais c'est passé, passé.

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