LES MONTAGNARDS
Vive Pulawski, le fils aîné des montagnes !
LE PALATIN
Montagnards ! tout le droit que j'ai à votre obéissance comme votre seigneur, je le reporte sur sa tête. (Il lui pose la main
itir la tète,) Je l'adopte pour mon fils en République. Chasseurs, Toici ce cor d'argent qu'ont porté treize générations de grandsteneurs de la Couronne, mes ancôtres. Cet insigne de ma dignité, je Tabdique entre ses mains.
PULAWSKI.
Noble seigneur! Je suis fier de pouvoir m'appeler votre fils. Ce cor, qui effrayait les bêtes fauves de la montagne, va retentir dans toutes les plaines de notre vaste République, et porter l'épouvante parmi les monstres qui la dévorent.
LE PALATIN
Qu'on défonce ces tonneaux ! Distribuez les vivres, les cartouches. Soupez vite, chargez à balles forcées.
DE CHOISY
Comment! vous allez vous mettre en marche?
LÉ PALATIN
Oui.
DE CHOIST.
Dans la plaine? Avez-vous de la cavalerie?
LE PALATIN
Vous avez passé par la vallée des ossements tatars. Ces ossements couvrent l'espace de deux lieues. Nos ancêtres y détruisirent et enterrèrent tout un peuple de cavaliers tatars qui menaçaient la chrétienté.
DE CHOIST.
Pulawski...
PULAWSKI (au Palatin).
Monsieur de Choisy pense qu'il vaudrait mieux attendre jusqu'à ce qu'on eût organisé notre infanterie. Pendant ce temps on disciplinera...
LE PAIJLTIN.
Attendre ! Monsieur Pulawski^ l'opinion publique nous accuse déjà d'avoir traîné la guenre. Du reste^ je vous ai remis le commandement pour avoir les mains libres. (Il retrousse ses manches.) C'est à vous à consulter les intérêts de la patrie. Je ne consulte plus que ceux de mon honneur héréditaire : il me défend d'attendre. Je ne pourrais me résigner à ce délais même si je n'en mourrais pas. Mon ami, je suis trop vieux pour attendre.
PULAWSKI.
On m'accuse de traîner la guerre ? Qui? Les chefs jaloux! Oui^ vous avez raison^ le plus tôt sera le mieux. Ils verront.
DE CHOIST.
Comment ! Je ne parle même pas de la ville ; mais si l'on nous attaque dans la plaine? sans ordre? sans...
LE PALATIN
Tirez-moi cet épervier. {Quelques œups de fusil partent et roiseau tombe.) Montagnards^ coupez-moi ce chêne. (Une vingtaine de montagnards lancent de loin leurs haches et atteignent le chêne.) Axais, les Russes volent moins vite que l'épervier et ils sont moins durs à tailler que ce chêne.
DE CHOIST.
Vous êtes donc décidé?
LE PALATIN
Décidé.
PULAWSKI (à de Chcisy).
Que veux-tu? 11 est opiniâtre. Dès que nous serons à Cracovie^ on me proclamera maréchal^ et alors...
DK CHOIST.
Messieurs^ je ne comprends pas vos projets. Je ne peux pas sacrifier ces braves {en montrant son infanterie)» J'en suis responsable devant ma conscience^ devant mon gouvernement.
LE PALATIN
C'est juste; notre cause est à ce point que vous pouvez l'abandonner sans manquer à vos instructions^ à votre honneur. Au nom de la République, je vous décharge de vos obligations. — Vous voilà libre. Pour nous, c'est différent. {En lui prenant la main,) Je vous estime.
DE CHOISY
Voilà donc les derniers Polonais qui vont à la mort, la dernière goutte de sang polonais qui va couler ! — Eh bien, je ne suis plus employé de mon gouvernement. Je ne suis qu'un Français; il ne sera |^s dit que la France abandonne la Pologne. Soldats français ! me voici resté seul de vos officiers. Je ne vous commande plus. Vous êtes libres de me suivre ou non. Pulawski, j'irai avec vous.