CHAPITRE IX
P:inor;iraa de Meissen. — Les églises, la Fiirslcnsilnile. — La citadelle. — Le Dont, ses tombeaux, ses œuvres d'art. — UAlbrcchtsburg. — La porcelaine de Meissen, sa découverte et son histoire d'après la collection du Johanneum. — Sa décadence — Les originaux des « saxes ».
Au moyen âge, l'enceinte fortifiée de Meissen longeait le fleuve. Pendant des siècles, il y eul, au jjicil du cluUcau, un ])cinl en bois, couvert et défendu par deux tours. Du pont, la basse Elbgassc conduit à Vl/t/iiriclisplnt\. Une fontaine surmontée d'une statue, y rappelle le souvenir (lllenri \" l'Illustre, fondateur de Meissen. Derrière, se trouvait l'église des Franciscains, de 1250, brûlée en 1447. rebâtie en 1754. désaffectée au XIX'' siècle et convertie en Musée municipal. Sur l'un des côtés, subsiste un reste du cloître gothique, restauré en 1892. qui renferme des peintures murales, des pierres tombales, de vieilles sculptures.
Plus haut, sur la Place du Marché, on a devant soi l'Hôtel de ^'ille,
de la fin du xv' siècle, qui a peu de caractère et, à l'autre extrémité sur le côté, la Marienkirche. ou église de la Ville, qui existait déjà au xiii% mais qui a été rebâtie en 1447. Son clocher, couronné d'une calotte, se dresse sur la terrasse d'un ancien cimetière, surélevé de quelques marches, où l'on accède par un portail de 1614 en st3'le baroque. Cette petite place retirée s'appelle Liitherplat:;.
Hétable et du\.iui J auiLl jc la Mui un^ii^iie de Meissen (xv sictlc .
Musée des Antiquités de la Saxe.
(Extrait de Flechsig : Die Allcrtuinsiimnûting in Bresdtn).
En tournant à droite, on arrive à l'église Sainte-Afra, bâtie à la fin du xiii' siècle, mais transformée plus tard, et dont le clocher n'a c^u'un simple toit en bàtière. De l'église Sainte-Afra, on a transporté au Musée des Antiquités de la Saxe, à Dresde, un autel en bois sculpté du style baroque, à fond blanc, avec, au milieu, un Eccc Jionio gTimaçant. Le sculpteur a mis un fouet entre les mains du Christ. Cet autel n'a pas le mérite du rétable du XV^ siècle provenant de la Marienkirche : le Couronnement de la Vierge.
De l'église Sainte-Afra dépendait une école que les ducs favorisèrent au xvi° siècle. Connue sous le nom de Fùrstenschiile, elle est devenue
un centre inlellecluel important. Elle se fait gloire d'avoir instruit le sculpteur J.-J. Kandler. orgueil de la manufacture de Meissen. Le peintre belge Pauwels y a peint des fresques, au XIX' siècle.
En continuant par la rue qui monte au château, ou en errant çà et là dans d'autres rues, on distingue de nombreuses traces de l'art des xv' et xvr siècles. Les portails écussonnés, en pierre sculptée, témoignent du faste et du goût des personnages qui résidaient dans la capitale de la Misnie. Au n" 3 du Luthcrplat^, se voit un haut-relief de 1571, dans lequel Samson est figuré ouvrant de force la gueule d'un lion et qui fait penser à la splendide gravure sur bois d'A. Durer sur le même sujet. A l'entrée de la métairie franche de Jahna, s'ouvrent deux magnifiques portails armoriés de 1610. Ailleurs, il faut remarquer les délicats ornements Renaissance qui servent d'encadrement à l'écusson ou au sujet sculpté.
C'est du pont à cinq arches, couvert par deux portes fortifiées, qui mène à la citadelle ou du restaurant Bnrgkillcr. installé sur l'esplanade même, que la vue est le plus étendue sur les vallons verdoyants d'alentour, sur les jardins et les vignes dont se pare la ville elle-même. A la seconde porte, deux panneaux en mosa'ique représentant saint Georges et saint Jean l'Evangéliste, attirent le regard. En deçà de la porte, à gauche, un chemin d'accès au mur d'enceinte du moyen âge, puis l'ancien grenier à blé. Le palais épiscopal, situé sur la droite, est devenu le lril)unal du district. La cour intérieure est bornée au sud par des dépentlances de l'église. Au fond, le cloître et la Cathédrale. A sa gauche, VAlbrcchtsburg, qui forme retour sur le côté nord-ouest et que prolongent d'autres bâtiments appartenant au château.
Après la fondation de l'évèché en 968, s'écoulent trois siècles d'obscurité. Tout ce que l'on sait par des documents authentiques, c'est qu'un chanoine nommé Conrad de Boruz. fonda au 1269, une chapelle Saint- André qui est le plus ancien édifice de Meissen'. Dans le même temps, l'évèque Withego entreprit la construction |de la Cathédrale, en forme de croix latine. Il vit sortir de terre, l'abside, le chœur ; sa mort interrompit les travaux. ],a nef, portée i^ar 14 piliers cannelés, d'une allure élancée, élégante, avec clés de voûte sculptées, et séparée du chœur par un jubé, fut bâtie de 1312 à 1342, sous Withego II qui jeta les fondations des deux tours de la façade. Achevées au début du xv" siècle, celles-ci furent renversées en 1413 par un cyclone; reconstruites vers 1463,
I. Après 1.1 transformation du cloitre, elle a été rebâtie sous la tour du Nord. Sous l'autre tour se trouve la chapelle de l'Annonciation, l'une des plus anciennes du Dont.
SOUS le pontificat de l'évèque Gaspard de Schilnberg, un orage y mit le feu. Elles s'écroulèrent en 1547. entraînant la ruine de la tribune de l'orgue et la destruction de la toiture.
Photo Tamme
Intérieur de la Cathédrale de Meissen (xv siècle).
L'introduction de la Réforme entrava la reconstruction des tours. On les couvrit provisoirement d'un toit de tuiles; jusqu'en IQ02, elles restèrent rasées jusqu'à la hauteur de la nef. Une intelligente restauration, confiée à l'architecte Schafer, de Carlsruhe, les a réédifiées dans l'esprit du plan primitif. Des deux flèches qui devaient flanquer le chœur, une seule, celle du sud, avait été achevée.
La construction de l'église, du cloître situé à l'est et des chapelles annexes, s'échelonne donc du Xlll" au xV siècle. Mais, par suite des accidents survenus à l'édifice dans l'intervalle, c'est le style du xv" qui a imprimé
Chapelle luncraire et tombeau de Fré-déric le Belliqueux (xv*-' siècle).
sa marque à l'ensemble. De plus, l'érection len 1471'. deV Albrrchtsbiirg contiguë à la Cathédrale a entraîné certains remaniements. Ainsi la chapelle de Tous-les-.Saints. située du enté gau<-he de l'église et qui servait aux réunions du chapitre, fut transportée du côté opposé. La forme irrégulière actuelle de la sacristie, salle charmante d'élégance, à la voûte en réseau portée jiar un seul ])ilior. à la porte trilobée d'une originalité ravissante.
MEISSEX
a été déterminée par remplacement du château. Le corridor qui fait le tour du chevet et d'où Ton a une si jolie vue sur l'Elbe, est un raccordement du cloître à la Biirg ; dans le dessin des fenêtres, l'ogive est remplacée par une segmentation d'arcs contrariés d'une courbure gracieuse, analogue à l'ornementation persane, et qui est la caractéristique des fenêtres du château.
La construction de la chapelle funéraire par ordre de Frédéric le Belliqueux, au XV^ siècle, a eu pour résultat d enclore le portail entre les deux tours, d'en masquer le tympan à deux registres et à trois sujets : la Nativité, Y Adoration des Rois, le Couronnement de In Vierge.
les statues des patrons de l'église : saint Jean l'Evangéliste et saint Donat, et les 15 statuettes d'apôtres et de saints groupées autour du Christ bénissant, en pyramide sur le pignon. On n'entre donc pas dans le Dotn par la façade, mais par un portail latéral, au sud. qu'orne la statue de la Vierge.
Le maître-autel est dédié à saint Briccius. A côté, deux pierres tombales recouvraient les restes du margrave Wilhelm et de sa femme. Aux murs du chœur, sur des consoles, les statues colossales des patrons de l'église, de l'Empereur Othon et de sa femme Elisabeth. Ce qu'il y a de plus intéressant dans l'église même, sans parler de la sacristie et des chapelles annexesqui méritent toutes une visite, c'est l'élégant tabernacle du xv" siècle qui érige
au-dessus d'une cavité pratiquéedans l'épaisseurde la muraille les entrelacs en spirale de ses rinceaux délicats et la grâce de ses pinacles fleuronnés.
Partout d'ailleurs, que ce soit dans le chœur, dans le cloître, dans la chapelle octogone Saint-Jean et Saint-Paul, ou dans celle de Tous-les- Saints, les sculptures, surtout celles des chapiteaux de colonnes, d'une
Do>
Photo Slœiilner.
! de Meissen. — Tabernacle du xv« siècle.
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ornementation extrêmement variée, empruntée aux feuillages du lierre, du chêne, du frêne et du chîitaignier, attestent qu'il y avait alors à .Meissen une
colonie dhabiles sculpteurs.
Commencée en 1425, la chapelle édifiée devant le portail central par ordre du margrave Frédéric le Belliqueux 1381- 1428), parait n'avoir été achevée que vingt ans plus tard, c'est-à-dire dix-sept ans après la mort du fondateur. L'incendie de 1547 et l'introduction de la Réforme en ont détruit la décoration intérieure. Elle renferme les plaques tombales des margraves Frédéric le Débonnaire, Ernest et Albert le Brave et de plusieurs autres princes et princesses de leur famille.
Au milieu, le sarcophage sur lequel une effigie en bronze représente en relief le fondateur couché, avec deux lions à ses pieds, vêtu dune longue simarrc. en main le glaive électoral, récompense des services i|u'il avait rendus à l'empereur .Sigismond dans la guerre contre les I lussiles 1423).
l'dur sa sépulture et celle de sa femme Barbe, morte quel([ues années avant lui. le duc Georges fit bâtir en 1534, au sud du Deuil, une chapelle qui porte son nom, et dans laquelle l'influence de la Renaissance italienne s'est combinée avec l'architecture ogivale. Le relief en bronze, qui représente le duc Georges le Barbu, armé de pied en cap, couché dans une sorte de niche à coquille, avec un riche encadrement à sujets guerriers, du style Renaissance, est fort beau. Comme tableaux, le Doiii de .Meissen possède trois triptyques dont
Plaque tombale en bronze (xvi" siècle) du duc Georges le Barbu.
l'un a été autrefois attribué à Albert Durer. On admet aujourd'hui qu'ils sont tous les trois de Lucas Cranach. Les plus intéressants sont celui du maître-autel : V Adoration des Ro/s, encadrée de quatre fioures d'apôtres sur les volets, et la Descente de C/'oix peinte sur bois pour la chapelle Saint-Georges. Le donateur y est représenté à genoux sur l'un des volets, et sa femme Barbe sur l'autre, accompagnés chacun de deux apôtres. L'artiste a montré Jésus descendu de la croix vivant encore, soutenu
Cii.lw Uiiiiiv ft ^ijhn.
Silhouette extérieure du château, avec vue de l'Elbe.
dans la prostration de son agonie par sa -Mère et par saint Jean. Les figures, très expressives, rappellent celles de V Ecce lionio, du Musée de Dresde. Au-dessus, un vol d'anges tenant les instruments de la Passion. Le custode est logé dans une dépendance de l'ancien palais des évèques ; la salle des séances du chapitre est devenue celle du Consistoire protestant. Du même côté de la cour, on remarque l'original portail de la prévôté du chapitre, avec son fronton sculpté à mitres d'évèques et à écusson soutenu par deux iigures d'anges.
IS Atbreclitsbiirg doit son nom au duc Albert le Brave à qui une statue, modelée par Hultzche, de Dresde, a été élevée dans la cour. Commencée en réalité sous son prédécesseur Ernest, en 1471, la Biirg a eu pour architecte maître x\rnold de Westphalie. Au sommet des murailles
DRKSDE
abruf)tes de la forteres.se. le château dresse, du coté de l'Elbe, ses bâtiments irrégulièrement alignés et sa tourelle hexagone, ses combles aigus et ses hautes fenêtres à pignons fleuronnés. Le dessin des étages, que ce soit sur la façade intérieure nu sur l'autre, est d'une parfaite symétrie et rien n'est jjIus élégant que la forme des fenêtres et des meneaux qui les
divisent, si ce n'est la tour hexagone éclairant de ses baies ogivales sur ([uaLre étages l'escalier à vis surmonté d'une flèche. Les détails de sculpture des balustrades, le i)r()fil des gargouilles en saillie sur les arêtes des murs de refend, sont dignes d'attention.
Dégradé par un long abandcm et pour avoir servi ii différents usages, le château des margraves a été restauré en 1870. A l'intérieur, on peut admirer la variété d'invention de l'architecte dans le dessin des voûtes sur croisées d'ogives. On y parcourt, au premier étage, la salle de l'église, la chapelle Saint-Jean, deux salles de banquet, la grande et la petite salle des Électeurs ; au second, les deux salles de justice dont l'une, celle des Appels, est des plus remarquables par la segmentation des voussures, la salle des armoiries qui ne l'est pas moins, une charmante petite iiièce aux nervures délicates dans la tour extérieure.
L'intérieur de ces appartements, notamment dans les .salles d'apparat, décorées d'oriflammes, a été revêtu par les peintres officiels de fresques relatives à l'histoire de la .Misnie et de la .Saxe. Celles de deux
Photo Slœdtner.
V/Ubrechtshnrg, entrée sur la cour et tour d'escalier fxv*^ siècle)
chambres du second étage représentent des personnages vêtus à la mode du XVIII' siècle ; elles rappellent les expériences faites dans ces locaux par Bottger en 170g et qui l'ont conduit à la découverte de la porcelaine. De son côté, la ville a honoré d'une statue l'inventeur qui a rendu célèbre le nom de Meissen dans le monde entier.
Ce qu'il 3' a de singulier dans l'histoire de la porcelaine européenne.
Intérieur de V Alhechtshti g : salle des Appels.
c'est qu'elle a été inventée par des alchimistes : Bottger ou Tchirnhaus, peu importe! (on a discuté longuement sur la priorité de leurs trouvailles), qui cherchaient la pierre philosophale. Et c'est pour avoir été inquiété à Berlin, à raison de ses recherches suspectes d'alchimie, que Bottger, en 1701, se réfugia en Saxe.
Retenu prisonnier par Auguste II. à Kœnigstein, puis à Dresde, transféré à Meissen en 1705, Bottger ne trouvait toujours pas d'or. Mais il eut le bonheur de découvrir un procédé pour la fabrication d'un produit analogue au grès rouge chinois, dit Boccaro. Ses recherches furent encou-
ragées par Tchirnhaus, savant physicien, qui avait proposé à Auguste le fort de créer une porcelaine européenne similaire de la porcelaine blanche chinoise ; mais il n'avait obtenu qu'une ])àte tendre analogue à la porcelaine de Saint-Cloud. Ce qui constitue la porcelaine dure, c'est le kaolin. La découv'erte du gisement de terre d'Aue, en Saxe et la mainmise par l'Etat sur ce gisement, vinrent fournir à Bottger l'élément indispensable à la fabrication de la pâte dure. Tchirnhaus étant mort en 1708, Bottger resta seul à poursuivre ses recherches, à en recueillir l'honneur et le fruit. Dès 1709, les expériences avaient abouti à jiroduire des spécimens de porcelaine dure, blanche.
Le roi avait aperçu le parti qu'on pouvait tirer des découvertes du céramiste. Matériel et ouvriers furent transférés en 17 10, à V Albrcchtshiirg. de Meissen ; ceux-ci étaient astreints à n'en pas sortir et à garder le secret sur les procédés de fabrication.
Rien de plus passionnant pour un amateur de porcelaines, que de suivre, d'après le classement chronologique de la collection tlu Johannciim. l'histoire des tâtonnements de l'inventeur : d'abord, les ustensiles en terre d'Okrilla rouge, de nuance plus ou moins foncée et que l'e.xcès de la cuisson faisait tourner au noir ; la même pâte vernie et émaillée. avec ornements en relief rapportés, essais de couleur et de dorure ; vases à glaçure noire avec réserves de rouge. Puis, grâce à la terre d'Aue (kaolin), moulage et cuisson de porcelaine blanche, d'un blanc à la vérité encore bien défectueux, grenu, jaunâtre. Successivement, on produit des pièces ajourées, on ajoute de légers reliefs ; on procède aux premiers essais de peinture, en prenant pour modèle la porcelaine de Chine, avec un nombre de teintes fort limité : brun, bleu, vert pour les feuillages, à ceux de dorure ou d'argenture, très imparfaits à l'origine. Par accident, l'argenture déteint en noir. Les imitations des formes chinoises et japonaises, les débuts du modelage artistique, représentant des personnages, des nains, conduisent le visiteur jusqu'à la fin de la carrière tle Bottger. Celui-ci mourut le 13 mars 17 19.
Vient ensuite la période dite d'Hérold. Originaire d'iéna. J. Ci Hérold était fixé à \'icnne. d'où il fut appelé en 1720 à la direction de la fabrique de Meissen. Bon adniinisiralrur, peintre habile, il donna un grand essor à la décoration des plats, des assiettes, des services de table, augmenta le nombre des couleurs, introduisit l'emploi des rouges de cuivre et d'étain. du vert de mer. du jaune-citron, du violet et du bleu foncé ; il en aviva l'éclat jusqu'à rivaliser parfois avec le coloris des porcelaines d'Extrême- Orient. Il parvint à éclaircir la blancheur de l'émail, à trouver en 1734)
la formule du bleu sous-glaçure, si laborieusement cherchée dans la période précédente.
Placé sous la haute direction du comte Hoyni, qui aimait Paris pour 3' avoir résidé, la fabrique avait cherché des débouchés du côté de la France : elle s'était fait envoyer des dessins de Meissonnier et des modèles à exécuter. C'est ainsi que pénétra à 3leissen le t;oùt des masques, des
Soupière du Schicaïu-nsi'i vicf aux armes du comte Briihl
(Collection des Porcelaines au Johaniu-iiiii).
(Extrait de l'ouvrage Meissiiei Poi~elh»!. par Karl Berling, Brockhaus, éditeur'.
lambrequins, le style AVatteau. Les petites scènes peintes dans des cartouches ou sur le marli des plats et des assiettes, remplacèrent les simples décors primitifs de fleurs, de pampres. Hérold multiplia sur les services, pots à bière, saladiers, soupières, encriers, tabatières et pipes, les sujets champêtres ou galants, les tableaux de chasses, les cavaliers à la Wouwerman. non sans y mêler parfois des motifs, analogues aux motifs
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chinois ou japonais, emjjruntés à lu flore extra-européenne ou à la faune ailée : papillons, coqs de bruyère, oiseaux de paradis.
Plusieurs services de toilette, de table, à thé ou à café, exécutés pour le Roi ou pour d'autres personnages, entre 1730 et 17,34, en sont au Musée les spécimens caractéristiques et glorieux.
Tandis qullérold répugnait aux exagérations du style baroque, qui réduisaient le champ de la peinture, les modeleurs Lïicke. Kirchner, entrés à la fal)rique en 1727-28, cherchaient à innover dans le domaine de la forme, subissaient l'influence de ce style. Klle ]irévalut avec J.-Joachim Ivandler, sculpteur saxon, élève de Thoma^.
Dans la période de Kandler, c'est-à-dire de 1735 à 1776. le modelage l'emporta naturellement sur la décoration peinte. C'est la belle période des produits de Meissen. celle des tons chauds, francs, vigoureux ; la perfection du dessin n'enlève rien à la spontanéité du trait, à la liberté du modelé, à la vivacité des attitudes.
I)ci)uis l'avènement d'Auguste 111. son favori, le comte Brùlil. axait dans ses attributions la haute direction de la manufacture. C'est pour lui que fut exécuté le nidifnifique Schwûnciisrrvice. Les c\'gnes n'en sont ])as les seuls motifs d'ornement ; les dauphins, tritons et néréides, un festonnage de coquilles, concourent à la décoration. Ce service, timbré aux armes des familles liriihl cl Kulourat. a été en partie détruit ', mais les pièces capitales sont demeurées soit à Dresde, soit au château de Pforten, ancienne résidence du comte Briihl.
La mission principale confiée à Kandler par Auguste II. était de diriger la confection des grandes pièces : plats, vases, animaux, oiseaux, destinés à la décoration du Palais Japonais. Mais la plupart de celles qui, sous le règne de ce roi. ont été exécutées dans ce but, ne sont pas de Kandler. Kirchner serait l'auteur de ces animaux. Pour la vérité de l'observation, ils n'égalent pas ceux que Kandler modela plus tard d'après nature et qui suffiraient à la gloire d'un sculpteur animalier
Après avoir su[)planté Kirchner, Kandler devint, à partir de 1733, seul modeleur à Meissen. En dehors des oiseaux de toute espèce et des animaux, l'artiste a moulé des apôtres en porcelaine pour la chapelle du Palais Japonais ou pour l'impératrice Amélie ; des groupes à personnages comme celui du Calvaire, celui de Stunt-Hubcrt, le Martyre de saint François-Xavier, que l'on peut admirer au fohaniuujii et dans lesquels
I. Une partie d<- ce .service se trouve à lierliii. au .\hisi-r des Arts décoratifs. Plusieurs pièces appartenant au fidéicommis de la succession Briihl (1763I ont été prêtées en 189g au Musée des .-\rts industriels de Dresde dont elles font l'ornenu-nt.
le manque de naturel propre au style baroque n'exclut pas l'observation.
On j'peut voir aussi le modèle réduit de la statue équestre d'Auguste III
dont toutes les pièces : socle et monument, attributs, figures allégoriques,
arbustes et jusqu'aux bornes, devaient être en porcelaine. En 1755. après
Projet du monument équestre d'Auguste III (modèle réduit), par J-j. Kàudhr [Johaiineiim] (Extrait de l'ouvrage : Mvissner Poixellan. par Karl Berling. Brockhaus, éditeur).
de longues études préliminaires. Kandler fit un modèle en plâtre de dix mètres de haut, que Ion exposa sur un échafaudage, dans la cour de V Albrechtsb it rg . .Mais d'une part, l'invasion prussienne qui. pendant la Guerre de Sept ans. occupa Meissen et son château et interrompit les travaux de la manufacture, la pénurie du Trésor causée par les désastres de la Saxe, la mort d'Auguste III ; d'autre part, les obstacles matériels à la coulée d'objets de pareilles dimensions, firent renoncer à l'accomplis-
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sèment d'un projet aussi téméraire que grandiuse. J-e modèle en plâtre même fut détruit en 1779.
En T740, l'influence française, un moment contrariée, avait reparu à Meissen. introduisant les formes rocaille, le style Louis XV, si merveilleusement approprié à la préciosité de la matière. Concurremment avec les grandes pièces de collection, tels les grands cadres de miroirs envoyés en présent par Auguste III à Louis XV, en 1750, la fabrique produisait abondamment de ces petites figurines hautes de (|uelques pouces, habillées il la mode de Paris, bavardant, caquetant, minaudant, qui devinrent bientôt la coqueluche des salons et des boudoirs. On débuta par des personnages de la Comédie italienne. ]iuis on représenta des scènes de mœurs, des .scènes d'amour, jouées en costumes du temps. Mais à côté des galants marquis à jabots de dentelles et des « belles écouteuses », Kandier produisait aussi des types nationaux : Turcs, Chinois, Polonais, Tcherkesses, nègres, façonnait des artisans de tous métiers, .Saxons, Italiens ou même Français, d'après les estampes de Callot ou de Délia Bella, équipait des soldats : trabanls, pandours et timbaliers, d'une couleur toujours franche, vive, brillante, d'un émail éclatant.
Kandier se laissait aussi guider par le goût français pour les sujets allégoriques, les niythologies tirées des Métamorphoses d'Ovide, lorsque les Quatre Saisons, les Quatre Jiléiuents, les Cinq Sens lui servaient de motifs d'ornement, lorsqu'il modelaitpourlepalais Brùhl où périrent plusieurs de ses œuvres, une Fontaine de Neptune, diminutif de celle de .Mattielli.
La porcelaine de .Saxe avait bientôt fait nailre l'engouement. Le succès même suscita la concurrence ; Meissen eut à se défendre contre les fabriques de Vienne, de Ba3'reuth. de llœchst. de Mannheim. A la mort d'Auguste m, la .situation de la fabrique était déjà compromise, la faveur déclinait, la peinture y était en décadence. On chercha à la perfectionner en confiant la direction artistique à Dietrich On envoj-a des émissaires à Vienne, à Paris, en MoUande, s'enquérir des variations du goût, chercher de nouveaux collaborateurs. A Paris, ils s'attachèrent le sculpteur Michel-Victor Acier, préalablement examiné sous le rapport de la capacité par le graveur J. G. Wille, ami et corresjjondani de Dietrich.
Arrivé à Meis.sen à la fin de 1764. Acier contrilsua à introduire dans la fabrication des petits « saxes » d'étagère les caractères du goût français. S'inspirant des dessins de Iluet. il imprima aux formes plus de légèreté et d'élégance, plus de mignardise; il se complut aux sujets gracieux tels que jardiniers, musiciens, amours et bergerades.
Les grandes pièces de la vieillesse de Kandler montrent l'évolution du « baroque » vers le « classicisme », préconisé par Winckelmann; mais Acier lui-même, parfait représentant de l'art Louis XV, transforma sa manière selon l'évolution qui se produisait alors dans le style français. Meissen tourna à l'imitation des formes antiques que Sèvres et Wedo-wood avaient mises à la mode. Cette transformation coïncide avec la mort de Kandler et la nomination comme directeur du peintre Schenau. élève de Louis Silvestre (1775). Dans les sujets à personnages, les frivolités Louis XV sont remplacées par des sentimentalités à la CJreuze : le Pont rompu, les Œufs cassés, le Miroir brise, le Bon père, la Bonne mère. Aux formes tarabiscotées se substituent les lignes droites, la symétrie, les motifs classiques : guirlandes, thyrses . torches, médaillons couronnés de lauriers. Cette évolution affecta d'abord les socles (et l'on eut ainsi un art de transition , puis les petites pièces, enfin se manifesta, comme à Sèvres, dans la composition de groupes florianesques en biscuit : V Exhortation de l'Amour. ï Amour apprivoisé, la Marchamli- d' amours, les Trois Grâces Le modeleur Jùchzer y excella. En même temps, les tonalités naguère si franches, si éclatantes, s'affadirent, tournèrent aux nuances tendres, tourterelle ; le rose pompadour dégénéra en saumon ; le bleu perdit de sa pureté, on essaya de copier le « bleu de roi « de Sèvres et le bleu de lin de Wedgwood. mais les amateurs préféraient les produits français et lorsque le style Empire succéda au Louis XVL ceux de la manufacture de Vienne.
La plus intéressante pièce cuite à Meissen dans cette période est le « Groupe d'hommage à l'Electeur Frédéric-Auguste III » ; il date de 1776 et la grâce n'y est pas encore devenue de la fadeur. Quatre ans après, la fabrique, sur les plans de Neubert. orfèvre de la Cour, d'après les dessins de Schenau et avec la collaboration du sculpteur Mathaei, exécutait la cheminée en porcelaine que l'on voit au Grimes Gewôlbe.
Peu sensible aux arts, Frédéric-Auguste III ne s'occupa guère d'abord de la manufacture. Quand il y songea, ce fut pour en abandonner la direction au comte Marcolini, amateur éclairé. Marcolini mourut en 1814. Après lui, dans le premier tiers du XIX" siècle, la fabrique saxonne ne fit plus que décliner ; elle se traîna dans l'imitation des sujets antiques, puis après 1833. revint au style « rococo » qui avait fait son succès au XViii'. En dehors de quelques circonstances où elle dut exécuter des vases d'apparat, des surtouts. des groupes, d'après un dessin demandé à un peintre, un architecte ou un sculpteur illustre : Schwind, Semper ou Thorwaldsen. elle s'est bornée à rééditer indéfiniment les modèles qui avaient fait sa gloire
et même à reproduire les marques anciennes, contrefaçon d'ailleurs peu redoutable aux connaisseurs, car l'aspect de l'objet suffit à la dénoncer. La visite, au Johaiintiiiu. des travées réservées à la période moderne, celle du dépôt de Dresde ou des magasins de vente à la manufacture de Meissen, — qui. depuis 1864, a évacué le château qu'elle avait dégradé et parfois même incendié, et qui a été installée par la ville, dans la vallée de la Triebisch. — produit une impression attristante. Les formes n'ont pas sensiblement dégénéré, — c'est une question de moule, — mais le rose s'est mué en café au lait, les teintes sont devenues fausses, décolorées, la dorure est laide et criarde. 11 n'y a d'intéressant à signaler que la tentative de rénovation dans le sens de l'imitation de la porcelaine danoise, qui remonte déjà à une dizaine d'années. Ajoutons que rini;ontestée décadence de la porcelaine de Meissen n"a pas nui à son succès auprès des classes moj-ennes.
Je m'étais souvcmu demandé d'où les porcelainiers saxons, au XVlir siècle, avaient pu tirer les modèles de leurs figurines frivoles, légères, aux grâces désinvoltes, au pelit nez retroussé, et j'en attribuais la création à l'imitation des dessins de Watteau, de Pater, de Lancret. Depuis que, jjour la préparation de ce livre, j'ai dû passer (juelques semaines à Dresde, il m'a suffi, pour comprendre, de regarder autour de moi. Les artistes et les ouvriers de Meissen n'ont certes pas échappé à l'influence du goiit français, mais, avant tout, ils ont naturellement copié ce qu'ils avaient sous les yeux.
Rien ne ressembh- moins à un Poméranien qu'un .Saxon de Misnie. à une lourde « Germania » qu'une de ces jeunes ouvrières gaies, vives, lestes, à la bouche menue, aux j-eux rieurs, à la taille fluette, qui, à la sortie des ateliers, des magasins, se répandent dans la Pragcrstrassc, dans la Scestrasse, comme nos « midinettes » dans la rue de la Paix. Les allures, le caquet féminin, la vivacité de la race, mont fait sentir tout ce qu'il y a d'observé et de naturel dans les attitudes des figurines en « vieux Saxe ». Habillez par la pensée ces fillettes de Dresde en falbalas Louis X\'. coiffez-les d'un œil de poudre, et vous apercevrez dans le « rococo » de Meissen la floraison colorée de l'art saxon du xviii" siècle.
l'hato Tanuiie.
Suisse saxonne : ville et citadelle de Kœnigstein.