SÉPARATION DE CES DEUX SCIENCES
Chez les auteurs mêmes qui considèrent l'éco- nomique et la sociologie comme deux sciences distinctes, ayant chacune son objet propre, le rapport entre elles est conçu de façons diverses. Oa bien on leur assigne des objets de nature différente, d'où il résulte logiquement une absence relative de rapports entre elles ; ou bien on leur donne pour objet les #1êmes phénomènes, ou des phénomènes analogues, chaque science ayant seulement pour fonction d'étudier, sur ces phénomènes, un ordre spécial de causes et d’effets.
Selon la première conception, le phénomène économique, serait, en tout ou en partie, non social, antérieur à la société et par suite indépendant d'elle. L’économique aurait ainsi une place tout à fait à part dans l’ensemble des sciences
morales : elle différerait profondément de la science du droit ; car il n’y a de droit que là où des hommes sont groupés en société. IL y a deux façons d'opérer cette séparation.
I. — Le phénomène économique, a-t-on dit, est beaucoup plus un phénomène physique qu'un phénomène social. Il l’est d'abord en lui-méme et dans ses caractères propres, puisqu il est constitué par la richesse, c'est-à-dire par des choses matérielles. « L’objet de l’économie politique, disait Cairnes (1), est à la fois physique et moral : car elle considère la richesse, c’est-à-dire des objets matériels, mais sous le rapport de leur aptitude à posséder une valeur, c'est-à-dire une qualité qui leur est attribuée par l'âme. » L’économique, science de la richesse, aurait ainsi un objet tout à fait sui generis (2) : elle étudierait, comme disait Walras (3), des rapports de personnes à choses, et non des rapports de personnes à personnes. Mais le phénomène économique se rattacherait surtout à la nature physique par ses causes. Pour les
1. Caractère et Méthode logique de l’Econ. pol., p. 46; Cf. p. 19-27.