DE LA BELGIQUE
§ A. — Le pays situé entre la Seine, la Marne et le Rhin, fut longtemps le champ de bataille des tribus celtiques et teutoniques, mais devint, après les conquêtes de Jules- César, la province dite Belgium. Cette province était habitée par des peuplades diverses, les unes d'origine celtique, les autres d'origine germanique.
Le pays des Médiomatriciens, que César (liv. IV, n° 1) représente comme traversé par le Rhin, était très-étendu. 11 était soumis à Yimperium des Romains, qui en firent la première Belgique, et était administré par les curies et les décurions. Les villes de ce ressort jouissaient, comme
magnas fréquentes, divites et opulentas urbes paulatim conversis. Rhenensis ejus ora, mansionibus, mutationibus, tabernis, arcibus, castellis, urbibus et viis stratis instructa et munita. Unde factum ut non littoris tantum sed et Vogesi accolœ incolsa que divitiis, opibus, commerciis, numeroque in dies augerentur et crescerent (Scileff., AU i'tf., t. I, p. 317.)
villes alliées, du droit de se gouverner par leurs lois (1). Elles avaient des revenus, qui provenaient en grande partie des biens dont elles étaient propriétaires. Elles prélevaient, en outre, des impôts sur les denrées, et en laissaient la libre disposition à leurs magistrats (2). César usait envers elles de ménagements, et il n'y avait d'autre soin, dit-il lui-même, que de retenir les peuples dans le devoir, en leur ôtant tout sujet de mécontentement. Il caressait donc les villes, traitait avec honneur leurs députés, faisait des faveurs aux grands et ne chargeait la province d'aucun impôt.
La cité des Rémois, à l'arrivée des Romains dans la Gaule, y tenait le second rang après les Eduens, selon le témoignage de César (3). Les Rémois restèrent fidèles après la conquête à leur alliance avec les Romains, et lorsque Constantin divisa la province en deux Belgiques, Reims devint la capitale de la seconde Belgique. Cette ville est célèbre par les États de la Gaule que César y tint, et par les études des arts et des sciences, qui lui méritèrent le glorieux titre d'Athènes que lui donne Cornélius Fronton.
Des peuplades diverses se groupaient autour de cette cité : les Bello vaques, peuple belliqueux selon César (A) , le pagus Belvacensis (Beauvoisis) , le pagus Vindoilisus (Vindelois) , le pagus Cambiacensis (Chambliois) , le pagus Sylvanectensis (Senlissois) , les deux pagi devenus depuis le Laonnais et la Thiérarche.
Les Suessones (Soissonnais) , unis autrefois aux Rémois par des liens que Jules-César rompit, entrèrent dans l'alliance des Belges et sont appelés par Pline (5) Suessones.
(1) L. 37, ff., de legibus. — (2) L. 2, Cod. de vectigal.
(3) De Bell. Ga//.,lib. VI, XII. — (4) De Bell. Gall. lib. II c. 55.
(5) Pline, liv. IV, c. vu.
liberu Soissons {N oviodunum) était leur ville principale. Noyon était une ville peu considérable au temps des Romains, contre lesquels elle ne put promettre aux Belges que dix mille hommes.
Divodurum, qui prit ensuite le nom de Metz, jouissait de toutes les prérogatives des villes alliées, puisque, après avoir raconté la défaite de Tutor et des Trévirois, et après avoir dit que les troupes se donnèrent à Vespasien, Tacite ajoute que Valentin, en l'absence duquel les choses s'étaient passées, étant arrivé furieux, et voulant susciter de nouveaux troubles, legiones in Mediomatricos sor.iam civitatem abcessere. Meurisse, qui indique ce passage dans la préface de son Histoire des èvêquei de Metz, y joint d'autres autorités qui le confirment. Metz avait un amphithéâtre, une naumachie, des bains publics. Plusieurs voies romaines y aboutissaient, et des écoles fameuses y étaient établies. Les guerriers messins composaient une légion qui prit son rang avec les légions romaines.
Les autres villes importantes des médiomatriciens paraissent avoir été villes libres. C'étaient Trêves [Augusta T rêver orum) , Verdun (cité des Viranectes) , Toul (cité des Leuquois) (1), dont le territoire s'étendait jusqu'à celui des peuples de Langres. Les terres riveraines de la Moselle, de la Meurthe, de la Seille et de la Sarre, étaient couvertes de bois où les Germains, encore sauvages, cherchaient l'ombrage et la chasse, et où la civilisation romaine n'avait pas pénétré.
Saint-Quentin [Augusta Viromaneluorum Senquitinopolis) était une ville municipale : In municipium e/uod anliquo nomine Augusta Viromaneluorum nuncupelur, disait, en 302, son évêque martyr.
(1) Naudet, De C administration de C empire romain, Ire part., ch. i, art. 6.
La capitale des Ambiant (Amiens) est appelée par Ammien Marcellin une ville éminente entre les autres villes gallo-romaines (1).
La' cité d'Arras, nommée Atrebatœ dans la notice de l'empire, se soumit à César après avoir combattu contre lui et devint un municipe romain.
Les autres peuples de la Flandre, du Cambrésis et du Hainaut étaient d'origine germanique, et Aulugelle (2) et Pline (3) leur attribuent des franchises antérieures aux conquêtes de Jules-César et qui furent réservées dans les traités faits avec Rome. Quelques-unes de leurs cités furent achevées ou peut-être réédifiées pendant l'occupation romaine. Elles avaient été généralement placées auprès des grandes voies militaires construites par les Romains, et qu'on appelle aujourd'hui en Belgique Chaussées Brunehaut.
On distinguait parmi ces peuples, au temps de l'occupation romaine, les Nerviens, peuple libre, qui habitaient le pays appelé actuellement le Hainaut et le Cambrésis, et les Adualiques, reste d'une troupe de Cimbres et de Teutons qui, pendant la grande invasion, s'étaient fixés dans la contrée. L'histoire a conservé le souvenir de la résistance énergique qu'opposèrent les Morùu, ceux de Montreuil et de Boulogne, à l'invasion des Romains.
De toutes les provinces de l'empire romain, la Belgique paraît avoir été la plus malheureuse. Théâtre de guerres ncessantes, elle n'a pas conservé les traces d'une administration régulière et bienfaisante. On y trouve à la vérité des débris de voies romaines dont la plus belle, qui partait de
(1) Ambiani, urbs inter alias cminens. Ammian Marcell., lib. XV, Apud script, rer. Gallic. et Franc, t. I, p. 346.
(2) Liv. XVI, ch. xiïl— (3) Liv. IV.
Gésoriac, et traversait Amiens et Beauvais pour se prolonger jusqu à Lyon, fut construite par les ordres d' Agrippa, favori d'Auguste et gouverneur de la guerre. On remarque sur plusieurs collines des retranchements auxquels les traditions populaires ont conservé le nom de Camps de César. La présence des soldats romains s'y révèle par des inscriptions, des tombeaux, des médailles, des armes antiques ; mais à côté de ces marques de la domination militaire, on ne voit pas, comme dans les provinces méridionales, et dans quelques villes des deux Germanies, des vestiges d'aqueducs, de cirques, de temples, d'écoles, témoins muets d'une civilisation paisible et féconde. A des révoltes toujours comprimées finit cependant par succéder une obéissance tranquille, et, dès l'an douze avant Jésus-Christ, on voit ces populations voter avec le reste des Gaulois un autel au Divin Auguste, et les Morins eux-mêmes aller y sacrifier; en même temps toutes les cités se parent à l'envi du nom d'Auguste, et Vermandois devient Augusta Vermandorum, Soissons^z^/sta Sucssionum, Senlis Auguslo magus. En même temps la Belgique est chargée d'énormes impôts, et ne reçoit pas même comme dédommagement le droit de cité romaine, que Tibère et Galigula confèrent à des provinces entières; mais Claude revendique enfin avec succès devant le Sénat la prétention des Gaulois chevelus à ce droit de cité que Caracalla devait bientôt étendre à tous les sujets de l'Empire, et dès lors, le Belgium est régi, comme toutes les provinces romaines, par ce mélange d'autonomie locale et d'obéissance à Cimperium, qui constituait l'essence du jus provinciale.