‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 105 sur 227 · I. Kraus, ouvr. et endr. cit · texte numérisé non relu

I. Kraus, ouvr. et endr. cit

cause. Du inoins, après avoir entrevu cette victoire à Canossa, il prépara les voies au concordat de Worms conclu plus tard entre Henri V et Calixte II. Ce traité, œuvre d'équité et de concorde, réservait au pouvoir religieux l'investiture par la crosse et l'anneau, tout en abandonnant l'investiture par le sceptre et l'épée à la puissance civile. Par là l'Eglise, désireuse de bien marquer les limites respectives des deux pouvoirs, gardait, d'une part, pour elle-même ce qui est comme essentiel à sa constitution, et, de l'autre, n'hésitait pas à laisser aux mains de l'Etat ce qui par privilège et immunité pouvait dépendre d'elle, mais d'après le droit commun relevait de l'autorité séculière.

Rien n'était plus en accord avec la doctrine catholique, respectueuse de tous les droits, et avec la pratique commune, pacifiante et ferme, des papes et des évêques.

En effet, tant qu'il ne s'est agi que d'intérêts matériels, de la fortune variable des formes politiques, de l'organisation des pouvoirs civils et militaires, de la levée des impôts, de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, l'autorité religieuse, sollicitée par les princes, a bien pu leur prêter le concours de ses lumières et de son crédit. Jamais d'elle-même, et sans y avoir été appelée, elle ne s'est immiscée dans ces sortes de questions; jamais surtout elle ne les a envahies comme son domaine propre.

L'histoire est là pour en faire foi : au fond de toutes les contestations survenues entre l'Eglise et l'Etat, dans l'ardeur des papes et des évêques à descendre sur le champ de bataille des plus graves conflits sociaux, ce que l'œil impartial découvre, ce ne sont pas les mesquines jalousies d'une politique terrestre ; ce sont des préoccupations d'un ordre supérieur, des raisons morales et religieuses auxquelles, en aucun temps ni pour aucun motif, l'Eglise ne saurait demeurer indifférente.

Ainsi vit-on, dès les premiers siècles, en face des empiétements dogmatiques des souverains, la papauté et l'épiscopat élever fièrement la voix. Rome eut à lutter longtemps, eut à lutter énergiquement contre les empereurs ariens de Byzance ; et c'est

un écho de ces luttes qui retentissait sur les lèvres d'Ambroise, lorsque l'évêque de Milan, aux prises avec les hérétiques dont Valentinien II avait épousé la cause, revendiquait courageusement du haut de la chaire les droits ecclésiastiques : " L'empereur, disait-il, est dans l'Eglise, et non au-dessus d'elle" ^

Au VHP siècle, dans une lettre qu'il écrivait à Léon l'Isaurique, surnommé le briseur d'images, Grégoire II s'exprimait avec la même liberté: "Vous savez, Prince, que la décision des dogmes de foi n'appartient pas aux empereurs, mais aux pontifes, qui veulent en conséquence les enseigner librement. C'est pourquoi, comme les pontifes, qui sont préposés au gouvernement de l'Eglise, ne se mêlent point des affaires de l'Etat, les empereurs doivent pareillement ne se point mêler des affaires ecclésiastiques et se borner à celles qui leur sont confiées" ^.

Ai-je besoin d'ajouter que l'attitude hostile de l'Eglise vis-à-vis des princes à qui Luther inocula son esprit de révolte et le poison de ses doctrines, n'eut, de même, pas d'autre mobile que le souci de la pureté et de l'intégrité de la foi ?

Ce qui fit souvent, entre pontifes et rois, l'objet des plus âpres débats, ce fut la primauté papale si intimement liée à l'essence du catholicisme ; ce furent ses droits, ses prérogatives, l'honnêteté et la liberté des élections ecclésiastiques, toutes choses auxquelles le Saint-Siège ne saurait renoncer sans déroger à sa dignité et sans abdiquer sa mission. Les démêlés de Grégoire VII avec l'empereur d'Allemagne n'eurent donc pas pour cause, comme l'a dit si ^légèrement Voltaire, " une cérémonie indifférente ", mais bien une question de principe et de juridiction religieuse. Pour soutenir cette juridiction qu'assaillait le roi d'Angleterre Henri II, l'archevêque de Cantorbéry fit au pied des autels le sacrifice de sa vie. "Je ne suis point traître au roi, s'écriait Thomas Becket, mais prêtre du Seigneur ; je suis prêt à mourir pour lui. Puisse mon sang donner à l'Eglise la

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