‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 107 sur 227 · Rom. XII · texte numérisé non relu

Rom. XII

la part du Saint-Siège, qui ressemble aux visées de l'ambition ou aux calculs d'une politique jalouse. L'Eglise ne travaille qu'à assurer le bien des âmes, l'intégrité de sa doctrine, la pureté de sa morale, l'observation de sa discipline et le triomphe de ses droits, en un mot sa suprématie en matière religieuse.

Car si l'Etat, dans sa sphère propre, est souverain, s'il jouit d'une autonomie devant laquelle l'Eglise s'est toujours inclinée avec respect, l'Eglise de son côté n'a pas moins de titres à une réelle et souveraine indépendance dans les limites de ses attributions, c'est-à-dire en ce qui concerne les intérêts de Dieu et de la religion.

On sait que dans Rome païenne les empereurs étaient à la fois princes et pontifes. Lorsque donc, par la faveur du ciel plus encore que par la fortune des armes, Constantin se trouva maître de l'empire romain, le droit césarien lui permit de joindre à sa qualité d'empereur celle de pontife suprême ou de président du collège de Vesta ; et, malgré son changement de croyances religieuses, le prince n'hésita pas à conserver ce titre ^ D'où certains auteurs se sont crus en droit de conclure que le souverain pontificat donnait aux empereurs chrétiens, sur la religion du Christ, le même pouvoir qu'exerçaient les empereurs païens sur l'ancien culte. Opinion absurde, et qui n'a pu se former que par une conception fausse du pontificat païen, ainsi que de l'Eglise du Christ et de son gouvernement.

Déjà, en démontrant comment cette Eglise fondée par Dieu lui-même est juridiquement parfaite, nous avons eu l'occasion d'indiquer les principales raisons de droit et de fait qui en font une société indépendante et souveraine. L'excellence de sa nature, le caractère et l'élévation de sa fin s'unissent à la volonté expresse de son fondateur pour l'établir sur ce piédestal d'honneur. Qu'on nous permette d'insister sur cette doctrine vraiment capitale.

Dieu a voulu que l'Eglise soit une et universelle. Or, observe

t. Paul kW&rà, Julien l'Apostat, t. I, p. 42.

justemeut Tabbé Moulart, ^ "comment concevoir cette unité et cette universalité, si la religion relevait des Etats multiples qui se partaient la terre? En fractionnant l'Eglise en autant de parties qu'il y a de royaumes dans le monde, on la détruirait elle-même dans chacun d'eux. Chaque peuple, en se séparant du centre de l'unité, en se détachant de l'obéissance due à l'unique chef visible, le souverain Pontife, cesserait d'être catholique, conservât-il d'ailleurs tous les dogmes et toutes les pratiques de l'Eglise. On arriverait, par cette division, à l'établissement d'Eglises nationales, hérétiques ou schismatiques. Tout gouvernement qui, par ses lois, son enseignement et son administration, tend à soumettre l'Eglise à l'Etat, tend donc par cela même à jeter la nation hors du catholicisme ; et du moment où il aurait réussi à rendre populaire la croyance à la suprématie de l'Etat sur l'Eglise, le vrai christianisme aurait disparu de cette nation. Il est un fait bien douloureux qui nous le montre. Qu'est-ce qui rend le schisme de Russie si destructeur et si implacable? Qu'est-ce qui fait que la voix maternelle de l'Eglise passe, depuis tant de siècles, sur cet immense désert delà foi, sans trouver un écho, sans éveiller un remords, sinon la puissance de cette opinion universellement reçue que la religion dépend de la volonté du chef de l'Etat. "

L'empereur de Russie disait un jour à l'empereur des Français, Napoléon : " Chez moi je suis ^ à la fois empereur et pape ; c'est bien plus commode." Et Bonaparte, qui jetait alors des yeux de convoitise sur Rome, n'était pas loin de le croire. Mais Dieu n'a pas créé l'Eglise pour l'assujettir à l'orgueil el aux commodités des princes.

Il y a près de quinze siècles, le pape Gélase P' écrivait à l'empereur Anastase : ' " Il est deux choses, auguste empereur, par lesquelles le monde est gouverné d'une manière souveraine :

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