‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 212 sur 227 · De reg. princ, 1. I, c · texte numérisé non relu

De reg. princ, 1. I, c

Nous mettrons fin à cette étude par deux ou trois remarques qui semblent découler, comme autant de corollaires, des principes établis plus haut.

Il appert tout d'abord que l'Eglise catholique, n'étant par sa doctrine et dans l'ordre théorique, opposée à aucune forme spéciale de gouvernement, ne saurait condamner le régime parlementaire pris en lui-même et dépouillé des principes qu'un trop grand nombre aiment à lui prêter. De modernes politiciens prétendent que ce régime a pour base nécessaire la souveraineté du peuple. Bien que de fait, et par une erreur pratique qui accuse leur ignorance, beaucoup d'hommes publics travaillent à élever sur ce fondement leurs constructions politiques, on aurait tort de croire que cette théorie soit liée inséparablement au vrai concept du régime constitutionnel. Distinguant, avec Léon XIII, l'autorité qui gouverne de la simple faculté de nommer les gouvernants, nous concevons très bien l'essence propre et les éléments fondamentaux du système parlementaire, sans que, nécessairement, cette notion renferme la souveraineté du peuple.

Mais, demandera-t-on, d'après cet enseignement, que faudra-t-il penser du gouvernement responsable ? Ce principe politique, pour lequel nos pères ont si vaillamment et .si glorieusement combattu, n'est-il pas en contradiction avec les doctrines soutenue." ici? — Nullement, pourvu qu'on l'explique en son sens convenable. Et ce sens nous paraît bien clair. Gouvernement responsable ne doit pas s'entendre d'une administration dont le peuple soit vraiment le juge, mais d'un pouvoir tellement contrôlé par la Législature que les hommes qui le possèdent n'en puissent remplir les fonctions qu'autant qu'ils aient la confiance de la majorité des membres du parlement. On comprend la différence. Autre chose est le peuple lui-même, autre chose sont les élus du peuple. Ceux-ci sont les gouvernants, celui-là est le gouverné. Rien n'empêche qu'en vertu de la constitut'on l'Exécutif soit tenu de répondre devant la Législature dûment formée d'après le vote populaire, de ses actes administratifs ; mais constituer le peuple juge suprême du gouvernement, l'ériger en censeur et en arbitre souverain, c'est renverser l'ordre naturel des choses, méconnaître et mépriser l'enseignement formel de Léon XIII.

Ceci nous fournit la clef d'une troisième et dernière question, éminemment pratique dans les conditions actuelles où se meut la politique.

Un membre du parlement, désigné par le peuple pour prendre part aux affaires publiques, est-il, comme tel, strictement obligé de n'agir que selon le voeu et l'opinion de ses commettants?

Certes, si le peuple tenait en ses mains le pouvoir, et si les hommes que son suffrage désigne, n'étaient en réalité quede simples mandataires, un député, selou nous, ne pourrait, sans violer le droit naturel, contrecarrer dans les débats et les décisions de la Législature ce qu'il sait être le vœu populaire. Son devoir serait, ou d'acquiescer à ce vœu, ou de résigner son mandat. Mais, g i aces à Dieu, il n'en est pas air.si ; et ce n'est ni aux caprices de la vogue, ni à l'arbitraire volonté des masses, que la nature a confié cette chose auguste qu'on nomme l'autorité. Le législateur, choisi pour préparer les lois qui doivent régir son pays, reçoit non des mains du peuple, mais de sources plus élevées, la puissance dont il dispose : il représente, non la créature, mais le Créateur. Aussi en acceptant la haute mission qui lui est dévolue, u'a-t-il pu honnêtement et raisonnablement s'engager qu'à suivre la ligne de conduite que lui dicteraient sa conscience et les intérêts du pays. C'est pourquoi, si, d'une part, il est sans doute tenu de consulter les besoins du peuple, d'entendre avec bienveillance l'expression de ses vœux, de l'autre, il ne lui e>t pas permis de faire aux foules aveugles des concessions que le droit réprouve, de fléchir lâchement sous d'ignobles pressions, de sacrifier au bien privé et aux désirs d'un petit nombre ce que réclament l'intérêt commun et le bonheur général.

Cette conclusion résulte, par une suite directe, de tout ce que nous avons dit jusqu'ici, et nous la croyons fondée, inattaquable comme les principes eux-mêmes d'où elle découle.

Puissent nos législateurs, et les chefs de tous les pays, en méditant souvent les grandes vérités sociales, ne jamais oublier que le pouvoir vient de Dieu, qu'eux-mêmes représentent aux yeux du peuple et aux yeux du ciel la majesté divine, et que l'art de bien gouverner n'est pas un talent vulgaire, étrangère la science, au dévouement et à la vertu !

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